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L’ère du plastique recyclé a-t-elle sonné ?

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pollution plastique chimique luoman istock

Publié le 07 mars 2022

Le recyclage chimique du plastique suscite un véritable engouement de la part des industriels. Des initiatives émergent pour permettre à des matériaux jusqu’ici impossibles à recycler de le devenir, des usines s’implantent sur le territoire pour passer à l’échelle supérieure, la réglementation évolue, 175 pays ont voté une résolution ouvrant la voie à un traité mondial de lutte contre la pollution plastique… Les planètes semblent s’aligner pour favoriser le recyclage du plastique. Pourtant ces techniques ne sont pas toujours ni nouvelles, ni rentables et encore moins sans risques. 

C’est un sujet qui prend de l’ampleur. Alors que les dirigeants mondiaux ont voté le 3 mars une résolution ouvrant la voie à un traité mondial de lutte contre la pollution plastique,  le monde de la plasturgie se saisit du sujet. “Il y a de nombreuses initiatives dans le domaine du recyclage chimique du plastique et un bond en avant de la technologie“, constate Stéphane Bruzaud, professeur spécialiste des bioplastiques à l’Université Bretagne sud.

Une filière française de recyclage des emballages en polystyrène, un matériau jusqu’à présent non recyclable, s’est en effet récemment constituée. Elle a dévoilé “plusieurs annonces de créations d’unités de recyclage chimique en France“. Ainsi, Michelin associé à la start-up canadienne Pyrowave, s’est engagé à transformer chimiquement 15 à 20 000 tonnes de polystyrène dès 2023/2024. Cette résine est notamment utilisée pour fabriquer des emballages ménagers dont les pots de yaourt ou certains isolants, qui ne pouvaient pas être valorisés jusqu’à présent. 

Des investissements importants 

Le secteur va également être stimulé par les investissements records des américains Eastman et du Canadien Loop. L’américain Eastman mobilise en effet 850 millions d’euros pour construire “la plus grande usine de recyclage moléculaire de plastiques du monde“. L’objectif est de recycler 160 000 tonnes par an de déchets, y compris du textile. Quant au québécois Loop, il s’associe à Suez pour développer des projets de recyclage du plastique à hauteur de 250 millions d’euros.

Ces investissements sont une très bonne nouvelle, ils vont permettre à la France de passer d’élève moyen à bon élève“, indique Eric Berger, chef de projet industrie au Shift Project. Le pays affiche aujourd’hui un taux de recyclage du plastique inférieur à 30% alors que la France veut devenir exemplaire dans ce domaine avec l’ambition d’atteindre 100% de plastique recyclé en 2025.

Les initiatives sont grandement incitées par les nouvelles réglementations. Ainsi, la loi Climat et résilience interdit les plastiques si une solution n’est pas trouvée pour les déchets d’emballages d’ici à 2025. La directive européenne sur le plastique à usage unique oblige quant à elle certains produits, comme les bouteilles d’eau (en polyéthylène téréphtalate, PET), à intégrer 25% de plastique recyclé. Les industriels misent en outre sur des lois plus contraignantes dans ce domaine. 

Un modèle industriel et économique sous le feu des critiques

Cette anticipation contribue à faire pression sur les cours du plastique recyclé. Ils sont aussi alimentés par un rebond de la demande pour ces matériaux. La pénurie et la hausse des coûts des polymères vierges, en raison de la forte demande depuis la pandémie, se répercutent également sur les cours du plastique recyclé. Côté collecte également les choses bougent puisque l’Etat prévoit que l’éco-organisme Citeo devienne propriétaire d’une partie des déchets plastiques d’emballages ménagers à la place des collectivités locales qui les collectent. Cette petite révolution vise aussi à accroitre le gisement de plastiques pour le recyclage chimique.

Toutefois, les projets soulèvent aussi des réserves. Même si tous les experts reconnaissent qu’un plastique recyclé est préférable à un plastique enfoui, “il n’y a pas de traitement sans impact, tout processus industriel consomme au moins de l’eau et de l’énergie et rejette des flux“, alerte Stéphane Bruzaud. “Malgré les nouvelles technologies, le plastique recyclé n’est toujours pas rentable“, ajoute le spécialiste puisque la tonne de plastique recyclée coûte plus cher que celle de plastique vierge. Par ailleurs, “il y a eu énormément d’annonces et d’investissements pour le recyclage du plastique et peu de mobilisation pour la réduction et le réemploi“, fulmine Moira Tourneur de l’association Zéro Waste. “Ces projets légitiment une filière qui ne devrait même pas exister“, ajoute la responsable du plaidoyer. “On crée de l’effervescence sur des mauvais sujets, l’Etat devrait aussi investir dans des filières de réemploi“, ajoute-t-elle.

Mathilde Golla @Mathgolla

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