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Les défaillances de sécurité pour la finale de la Ligue des Champions handicapent l’image de la France dans le sport business

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Fan de Liverpool Stade de France Ligue des Champions Football Thomas Coex AFP

Publié le 30 mai 2022

La gestion des foules internationales qui affluent par dizaines de milliers dans les stades où sont organisés des événements planétaires comme la Ligue des Champions est un enjeu clef du sport business. Ces événements sont regardés par des centaines de millions de spectateurs, ce qui justifie les montants des droits de retransmission, devenus avec le sponsoring les premières sources de revenus des organisateurs. Si la fête est gâchée, c’est l’image du pays hôte qui est abimée.

Difficile de renouer avec la gestion de foules de supporters enthousiastes après des mois de stades vides où le scan des QR codes du pass vaccinal servait de sésame ! La France l’a appris samedi soir à ses dépens avec la gestion calamiteuse de passionnés de football venus en masse assister à la Ligue des Champions. Qu’ils soient venus d’Espagne pour soutenir le Real Madrid, vainqueur final, ou du Royaume-Uni pour soutenir Liverpool, le perdant, ils ont partagé les conséquences d’une grande désorganisation, très bien décrite sur Twitter par le journaliste britannique Matt Pearson.

Même si plusieurs enquêtes sont diligentées et que le gouvernement a organisé une réunion au sommet au ministère des Sports lundi matin, le mal est fait. À un an de la Coupe du Monde de Rugby et à deux ans des Jeux Olympiques, la France semble en très grande difficulté pour accueillir des foules de supporters venus du monde entier. Pire quand elle est débordée, c’est à eux qu’elle s’en prend puisque le ministre de l’Intérieur, Gerald Darmanin, a expliqué que c’était les 40 000 supporters britanniques de trop qui étaient la cause de tous les problèmes.

Nombreuses défaillances

Le comptage dans les transports (+40 % de fréquentation), la grève dans le RER B qui a conduit bon nombre de supporters à choisir une autre ligne et donc à aboutir à une autre entrée en suivant un parcours mal indiqué, étaient autant de signaux d’alerte auxquels les forces de l’ordre auraient dû prêter attention. Une veille cyber sur les réseaux sociaux permet aussi détecter un volume important de faux billets et de prévoir un dispositif d’accueil adapté à la disparité des billets tendus. Le personnel doit être suffisamment nombreux, formé, et ne pas parler que français. Le journaliste britannique, par exemple, s’est vu d’abord refusé l’entrée parce que son billet spécial était faux alors qu’il était adapté aux détenteurs d’une carte de presse.

Pour être sponsor de la Ligue des champions, événement sportif qui rivalise avec la Coupe du monde de football, chaque grande entreprise paye jusqu’à 120 millions d’euros par an, qui lui assurent une visibilité planétaire. Samedi, la France où était organisée la finale parce que la Russie est interdite d’évènements sportifs majeurs depuis son entrée en guerre, a perdu gros. Elle a montré au monde que les deux années de gestion du Covid avaient affaibli ses capacités à gérer des stades pleins et un afflux de population. Dans la mesure où elle a déjà décroché la coupe du monde de rugby et les JO, elle ne risque pas de les perdre. En revanche cette grande panique accentue les interrogations sur l’avenir de ces manifestations de masse. Après les JO 2022 en Chine dans des installations vides, la Coupe du Monde au Qatar devrait elle aussi limiter l’accès des populations de supporters entre les appels au boycott pour les droits humains, le prix exorbitant des places et les très faibles capacités hôtelières.

Mutation du sport business

Tout cela contribue à acter la mutation du sport business où les droits de retransmission deviennent la clef de voute de son économie. Ils passent bien avant les recettes des stades, largement entamées par la pandémie. Les matches deviennent ainsi un programme attractif pour vendre les abonnements aux plateformes. Amazon l’a bien compris. C’est elle qui, après avoir racheté les droits de diffusion du tournoi de tennis de Roland Garros, a acquis ceux de la Ligue 1 française, en 2021, pour 259 millions d’euros par an.

Un très bon moyen d’attirer les supporters vers le e-commerce comme l’a expliqué à Ouest France Nikos Smyrnaios, enseignant-chercheur spécialiste des Gafam. “Que vous regardiez un match de foot, de tennis ou une série sur Prime, Amazon s’en fiche, contrairement à Netflix, explique-t-il. Son but est encore et toujours d’attirer, puis fidéliser les clients sur son site de commerce, là où les données personnelles sont les plus stratégiques : type de rasoirs, de livres ou de vêtements achetés… Ces données font l’efficacité commerciale du groupe et de ses algorithmes. La diffusion d’événements sportifs sert juste de produit d’appel.

Les stades seront-ils un jour au football ce que les salles de cinéma sont en passe de devenir pour le cinéma, des écrins souvent vides ? Le triste spectacle de la finale de la Ligue des Champions y contribue en tous cas.

Anne-Catherine Husson Traore, directrice générale de Novethic, @AC_HT_

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