fbpx

Les espèces invasives : un fléau exponentiel qui coûte des milliards

Longicorne asiatique, fourmi de feu, grenouille coqui, moule zébrée, jussie rampante, jacinthe d’eau… De jolis noms pour quelques unes des pires espèces exotiques envahissantes, la seconde cause d’extinction des espèces autochtones dans le monde.

Le coût économique de ces espèces invasives est aujourd’hui chiffré, sur les quarante dernières années : 1 288 milliards de dollars, dont 162,7 milliards pour la seule année 2017 (l’équivalent du PIB de 50 des 54 pays africains), selon la synthèse publiée dans la revue Nature le 31 mars 2021, réalisée par une équipe internationale dirigée par les scientifiques d’un laboratoire du CNRS/Université Paris-Saclay/AgroParisTech. Des résultats obtenus grâce à la base de données Invacost. 

Il s’agit de communiquer l’ampleur du problème aux non-scientifiques avec une métrique qui leur parle“, commente Franck Courchamp, un des directeurs de recherche. “Et ces coûts sont largement sous-estimés, car seules les données les plus fiables [celles qui ont fait l’objet d’études scientifiques ou de rapports gouvernementaux, par exemple] ont été retenues. On pourrait donc multiplier ce coût par quatre !”, estime-t-il.

À LIRE AUSSI : Mangeons des espèces invasives ! Recette d’écrevisses à la betterave et combawa

Une hausse liée au commerce mondial et au réchauffement

Les espèces exotiques envahissantes sont “des espèces végétales ou animales, introduites par l’humain, volontairement ou non, dans une nouvelle partie du monde et devenues nuisibles pour leur nouvel habitat”, explique Franck Courchamp.

Elles ont engendré des pertes estimées à 892,2 milliards de dollars pour les quatre dernières décennies dans de multiples secteurs d’activité, comme l’agriculture, la pêche, l’aquaculture, l’exploitation forestière, l’immobilier ou le tourisme, et des coûts de gestion de 878 milliards de dollars.

Elles provoquent des millions d’hospitalisation tous les ans, et des dizaines de milliers de morts. Les coûts annuels liés à ces invasions doublent tous les six ans, et on constate une augmentation exponentielle des espèces introduites, à cause d’un commerce mondial toujours plus important. Le réchauffement climatique développe aussi leur implantation.

Des espèces invasives destructrices

En tête du classement, dans la banque de données, le serpent arboricole brun, introduit par mégarde à la fin des années 1940 sur l’île tropicale de Guam : il y a détruit définitivement les trois quarts des oiseaux, plusieurs espèces de lézards et de chauves-souris, prédateurs naturels d’insectes dont la prolifération met en péril les ressources agricoles.

En Amérique du Nord, en Australie et en Polynésie française, les piqûres de la fourmi de feu, originaire d’Amérique du Sud, provoquent également des pertes agricoles élevées, des centaines de morts et des centaines de milliers d’hospitalisations.

La moule zébrée a causé plus de 9 milliards de dollars de perte dans les grands lacs américains. La longicorne asiatique, 40 milliards de perte aux Etats-Unis et en Europe : ses larves détruisent les arbres des forêts et des villes. La jussie rampante ou la jacinthe d’eau, vendues comme plantes ornementales en Europe, bouchent les passages d’eau, occultent la lumière du soleil, et empêchent plantes de pousser et animaux de se nourrir.

Plus tôt on interviendra, moins cher ce sera

Paradoxalement, bien qu’elles causent d’énormes problèmes biologiques, énergétiques, sanitaires et économiques, les invasions biologiques sont peu connues du grand public et des décideurs européens, souligne le rapport.

En Nouvelle-Zélande, tout le monde est au courant du problème : vous interpelez quelqu’un dans la rue, vous lui demandez de vous citer dix espèces invasives et il vous les citera. Le pays mène un programme pour s’en prémunir : toute espèce exotique est interdite à moins qu’on n’ait prouvé son caractère non invasif”, précise Franck Courchamp.

Comment prévenir la catastrophe en Europe ? “Grâce à un investissement financier plus important pour mettre en place des stratégies de contrôle d’entrée, par les ports notamment, avant que l’espèce ne puisse s’établir durablement sur le territoire et si établissement il y a, prévenir et atténuer l’invasion. Plus tôt on interviendra, moins cher ce sera”.

Pour en savoir plus ou lire la suite : Source | Lien vers l'article