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Les étudiants d’AgroParisTech refusent la privatisation de leur campus et sa bétonisation

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Publié le 24 mars 2021

Depuis plus d’une semaine, les étudiants d’AgroParisTech bloquent leur campus situé sur le domaine de Grignon dans les Yvelines. Ce dernier, inscrit dans le patrimoine agronomique français depuis 1826, s’étendant sur des hectares de forêts et de terres agricoles, va être vendu. Les étudiants craignent qu’il soit cédé à des promoteurs immobiliers, détruisant la biodiversité et leur terrain d’études. 

C’est un “lieu d’étude absolument incroyable”, s’émerveille Nora Dollet, étudiante en première année à AgroParisTech sur le domaine de Grignon à l’ouest de Paris. Avec ses centaines d’hectares de forêts et de terres agricoles, son château de XVIIème siècle, le domaine est un monument historique qui porte l’ADN de l’apprentissage agronomique. En 1826, Charles X en avait fait le siège de la Société anonyme de l’Institution Royale Agronomique dans le but de créer une ferme chargée “d’enseigner et donner l’exemple de la pratique des bonnes méthodes agricoles”. Mais près de deux siècles plus tard, le domaine pourrait bien passer dans les mains de promoteurs immobiliers.

L’État souhaite en effet vendre le domaine de Grignon mais les étudiants refusent sa privatisation. Depuis le 16 mars, plusieurs centaines d’entre eux organisent ainsi un blocus du campus. Le principal point de friction est l’absence totale “de la mention d’enseignement, de recherche, d’agronomie ou encore de transition écologique” dans l’appel d’offres. Ce dernier reposerait ainsi sur trois critères : les capacités de financement, les capacités techniques et “l’organisation, les intentions et la motivation du candidat au regard notamment des enjeux urbains, patrimoniaux et économiques”.

Rencontre avec le ministère de l’Agriculture

“Je suis dévastée à l’idée de privatiser un domaine public depuis des générations. La valeur écologique du Parc est énorme, il permet non seulement de pratiquer directement sur le terrain mais sert également d’objet d’étude dans les autres écoles agronomiques de France”, se désole Nora Dollet. “La bétonisation met en péril un écosystème et une biodiversité unique. J’ai très peur d’imaginer des lotissements se construire là où nous étudions aujourd’hui”, explique-t-elle.

Face à cette situation, les étudiants, qui bloquent toujours le campus, ont reçu le soutien d’habitants, de membres du parti EELV mais aussi d’experts comme Jean-Marc Jancovici, président du think tank Shift Project pour qui le site devrait se tourner vers les défis de l’agriculture de demain. “Dans le pays qui veut “make the planet great again”, la question ne devrait même pas se poser”, écrit-il sur Linkedin. Les étudiants d’AgroParisTech ont rencontré le 20 mars le cabinet du ministre de l’Agriculture. Contacté par Novethic, ce dernier n’a pour l’instant par répondu à nos sollicitations. Le gouvernement reste très discret quant au potentiel futur acheteur.

Le couac du rachat par le PSG

Sans doute ne veut-il pas renouveler le couac du rachat du domaine par le Paris-Saint-Germain. En 2016, les propriétaires qatariens ont en effet envisagé de reprendre Grignon pour y développer un centre d’entraînement dernier cri avec des dizaines de terrains de football, des parkings, des hôtels… Un projet “ravageur” qui avait créé une vraie polémique. Si le PSG avait finalement préféré les terrasses de Poncy à Poissy pour son projet pharaonique, l’avenir de Grignon est donc toujours incertain. La sélection de l’acheteur final devrait être connue le 26 mars prochain date à laquelle les étudiants ont prévu d’organiser une manifestation. Ils demandent d’ici là, la suspension du processus de vente et la révision des critères de l’appel d’offres.

D’ici l’année prochaine, les étudiants d’AgroParisTech devraient en tout cas rejoindre le plateau de Saclay, en banlieue parisienne. La France ambitionne d’y créer un “cluster scientifique et technologique inspiré de la Silicon Valley“. Mais là aussi, la polémique enfle. Des militants écologistes dénoncent la destruction de terres agricoles sur le plateau de Saclay pour y faire pousser des universités, entreprises, parkings… allant ainsi à l’encontre de la lutte contre l’artificialisation des terres agricoles et la bétonisation.

Marina Fabre, @fabre_marina

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