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“Les géants d’Internet entretiennent notre ignorance sur l'enfer de la pollution numérique”, alerte Guillaume Pitron

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Publié le 23 septembre 2021

ENVIRONNEMENT

Trois ans après La Guerre des métaux rares, le journaliste Guillaume Pitron s’attaque à un nouveau sujet avec “L’enfer numérique, Voyage au bout d’un like”*. Il dévoile le coût environnemental d’un secteur dématérialisé. Entre les stratégies des géants qui nous maintiennent dans l’illusion d’un Internet propre et la difficulté de ressentir une pollution qui n’a ni goût, ni odeur, l’enquêteur dévoile les dessous d’Internet.

Dans votre livre, vous comparez l’acidification des océans à la pollution numérique, quel rapport ?  

Je ne rentre pas dans la mer en me disant : “la mer est acide”. De même, l’aggravation de la pollution numérique échappe à nos sens. On peut la décrire avec des mots, avec des chiffres mais il est difficile sensoriellement de prendre la mesure de cette pollution. Et je pense que c’est le grand défi de la pollution numérique. Or en retraçant le parcours d’un simple like à travers le monde, je me suis rendu compte que mes cinq sens avaient été convoqués. J’ai découvert qu’Internet avait une couleur, en général vert pale, correspondant aux câbles sous-marins qui glissent au fond des océans ; un son avec tous ses serveurs qui sifflent étrangement comme une ruche ; un goût, celui de l’eau des mers ; une texture, celle de la roche rugueuse de laquelle on extrait le graphite qui permet de faire des téléphones portables. 

Qu’est-ce qui freine aujourd’hui la prise de conscience de la pollution numérique par les citoyens ?

On a l’impression qu’un like, un mail ou une vidéo de chat, va littéralement d’un téléphone à l’autre, surtout si on est à deux mètres l’un de l’autre. Que ce like passe par les ondes internes de nos téléphones portables, ce qui n’est pas du tout le cas. Il va parcourir toute l’infrastructure d’Internet qui est composée d’antennes relais, de box wifi, de réseaux de câbles sous-marins, de satellites, de data centers et donc de réseaux énergétiques, qui ont besoin de centrales nucléaires, de centrales à charbon, à gaz, à pétrole. Tout cela est indispensable pour une action aussi simple, aussi basique que celle d’envoyer un like. Nous sommes ignorants de cela. Et les géants du numérique, les GAFAM, veulent entretenir l’ignorance de cet enfer. En Suède par exemple, Facebook a installé des data centers en toute discrétion en se cachant sous le nom d’une autre société. Amazon agit également sous paravent d’entreprises. Apple cherche aussi à invisibiliser ses data centers. Cette industrie est partout mais ne se voit nulle part. Ce qui n’est pas entendu, pas vu, ne peut pas être critiqué. 

Pensez-vous que la “génération climat” puisse changer la donne ?

Cette génération est aussi victime que nous de cette pollution que nous ne comprenons pas. Nous sommes embrumés par le mirage du cloud présenté par les publicitaires comme étant immatériel. Nous sommes mal informés parce que nous ne voyons pas l’infrastructure physique. La génération climat est frappée par cette non-éducation, cette méconnaissance absolument abyssale. Elle peut se revendiquer légitimement non responsable compte tenu de cette stratégie d’invisibilisation. Mais d’un autre côté elle a un minium de conscience de l’impact d’un téléphone portable. C’est une génération paradoxale. Elle veut sincèrement agir sur la limitation de la consommation de viande, la réduction des déchets plastique, les déplacements en avion, mais d’un autre côté elle accélère, droguée au numérique qu’elle est, sur la pollution numérique.

L’émergence d’un numérique durable est-elle possible ? 

On va vers une consommation toujours plus compulsive, toujours plus forte du numérique. On ne prend pas le chemin vers un numérique responsable mais il y a des solutions à mettre en place. Comme rallonger la durée de vie de nos équipements ou les réparer plus systématiquement. Ce serait des effets très concrets qui pourraient diminuer la pollution numérique des interfaces, qui, je vous le rappelle est responsable de la moitié de la pollution numérique. 

Propos recueillis par Marina Fabre, @fabre_marina 

* Voyage au bout d’un like… ou l’enfer numérique – Guillaume Pitron – éd. Les Liens Qui Libèrent – 21€

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