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Les nouvelles alliances militaires qui se cachent derrière l’affaire des sous-marins australiens

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Publié le 21 septembre 2021

Aukus et Quad, voici deux nouveaux acronymes auxquels il va falloir s’habituer. Ces deux alliances militaires visent à unir des puissances indopacifiques face à l’expansionnisme chinois. Une nouvelle guerre froide dans laquelle les Européens n’ont pas encore leur place. L’une des premières victimes a été la France, qui a vu le fructueux contrat des sous-marins à destination de l’Australie lui passer sous le nez à la faveur des États-Unis et du Royaume-Uni.

Depuis plusieurs jours, l’affront subit par la France alimente la presse nationale et internationale. L’Australie, qui avait signé un contrat de 31 milliards de dollars pour des sous-marins conventionnels, a rompu cet accord commercial pour se tourner vers des technologies américaines et britanniques. En France, ce revirement est jugé comme une trahison diplomatique et une catastrophe industrielle pour Naval group. L’entreprise, qui était déjà en difficulté avant l’annulation du contrat, va devoir licencier et repenser son dimensionnement. La colère de Paris qui a rappelé ses ambassadeurs de Cambera et Washington n’y changera rien.

Mais au-delà de la France et de son industrie militaire, c’est un enjeu bien plus large qui se joue. Presque une nouvelle guerre froide qui est en train de se mettre en place dans la zone Indopacifique, avec dans le rôle de l’URSS, la Chine de plus en plus conquérante économiquement et de plus en plus dangereuse militairement. C’est pourquoi les États-Unis sont en train de monter des barrières pour contenir les routes de la soie chinoises. Un nom bien romantique qui cache une volonté de conquête de Pékin. La réponse de Washington se fait à travers deux initiatives : l’Aukus et le Quad.

OTAN de l’Indopacifique

L’Aukus est un acronyme formé par les noms en anglais de trois pays : Australia, United Kingdom et United States. Cette nouvelle alliance militaire a été révélée le 15 septembre dernier. Son premier acte a été de faire l’impasse sur les sous-marins diesel français pour fournir à l’Australie des sous-marins à propulsions nucléaires d’ici 18 mois, de quoi tenir un peu tête aux forces armées chinoises. Outre le matériel, les trois pays entendent collaborer en matière de cybersécurité, d’intelligence artificielle, de spatial. C’est aussi un appui pour l’Australie afin de mettre les intérêts chinois en dehors de ses terres, ses ports et ses eaux territoriales.

La deuxième initiative activée par les États-Unis est le QUAD pour Quadrilateral Security Dialogue (Dialogue quadrilatéral sur la sécurité). Joe Biden en accueillera une réunion dans les prochains jours. Il s’agit d’une sorte d’OTAN de la région indopacifique, réunissant Inde, Japon, Australie et États-Unis. Cette fois-ci il s’agit d’organiser les grandes puissances de la région pour résister aux ambitions chinoises en matière de souveraineté sur les eaux territoriales entre autres. L’Alliance est aussi économique puisque la prochaine réunion aura pour objet la sécurisation des chaînes d’approvisionnement des quatre nations en matières en semi-conducteurs.

L’Europe mise de côté

Du côté de la Chine, on s’agace de cette résistance et on dénonce un esprit de guerre froide. “La coopération entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie en matière de sous-marins nucléaires sape gravement la paix et la stabilité régionale (et) compromet les efforts internationaux de non-prolifération nucléaire“, lance ainsi Zhao Lijian, porte-parole de la diplomatie chinoise. Plus menaçant, un responsable militaire chinois juge, dans le journal national Global Times, que l’Aukus fait de l’Australie “une cible potentielle pour une frappe nucléaire“.

Dans ces affrontements, la France, puissance mineure de la région malgré la Nouvelle Calédonie, et l’Europe sont laissées de côté. Au point que des questions se posent sur l’avenir de l’Otan. “Cette décision (sur les sous-marins) sape certainement la confiance des Français dans l’Otan (…) et renforce donc leur sentiment qu’ils devraient se battre pour l’autonomie stratégique européenne“, juge Peter Ricketts, ancien ambassadeur britannique à Paris. Aussi, les Européens entendent créer leurs propres alliances. Le patron de la diplomatie européenne, Josep Borrel, parle de “nécessité pour nous de porter haut la réflexion de l’autonomie stratégique de l’Europe“. De son côté, le Président du Conseil Charles Michel a tweeté : “Le partenariat de sécurité Aukus démontre la nécessité d’une approche commune de l’UE dans une région d’intérêt stratégique“.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin

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