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Les réseaux pour sauver la planète


Dans ce cadre, il ne s’agit pas d’opposer l’écologie à l’économie, ou le social au marché, mais il s’agit au contraire de les réconcilier dans de nouveaux modèles de société, plus horizontaux que verticaux, plus collaboratifs qu’antagonistes. 
 
Pour atteindre l’objectif du développement durable, il faut donc sortir du cloisonnement idéologique entre les secteurs public et privé, qui sont incapables de résoudre à eux seuls, la complexité des problèmes contemporains. Il convient d’envisager de façon pragmatique la coopération public-privé, pour répondre à des défis d’envergure mondiale, comme l’autosuffisance alimentaire.
 
Sur ce sujet, l’humanité est soumise à un défi sans précédent, celui qui consiste à nourrir une population mondiale en expansion croissante (9 milliards d’individus en 2050) avec des ressources naturelles en diminution en raison du réchauffement climatique. Ainsi à l’horizon 2050, les projections mettent en évidence le besoin d’augmenter la production mondiale d’aliments : de 70 % en moyenne à travers le globe selon la FAO – Food and Agriculture Organization, et jusqu’à 100 % dans les pays en voie de développement.


Comment est-il possible de nourrir davantage de population avec moins de terres agricoles fertiles, compte tenu de l’aridité des sols et de la montée du niveau des mers ? Pour atteindre cet objectif, il faut augmenter les rendements agricoles. Néanmoins lorsqu’on utilise massivement des pesticides ou des OGM – organismes génétiquement modifiés –, cela améliore les rendements agricoles à court terme. Par contre sur le long terme, les produits phytosanitaires ou les OGM font diminuer les rendements, en raison d’une perte de la biodiversité avec l’extinction d’espèces animales et végétales.
 
Dans ces conditions, la réponse au développement durable ne peut pas être prise en charge par le marché de manière globale et standard, mais doit faire l’objet d’une solution locale, en faisant travailler en réseau tous les maillons de la chaîne agroalimentaire. À ce sujet, nous allons présenter un exemple de réussite, qui n’est ni lié à une invention technologique révolutionnaire, ni à une réglementation géniale, ou à une soudaine prise de conscience citoyenne, mais à la solidarité ancestrale dans les réseaux de paysans.
 
En Chine, les terrasses de YuanYang dans la province de Yunnan sont le siège de la culture du « riz éternel ». Dans ce lieu exotique situé entre 300 et 1800 mètres d’altitude, des chercheurs de l’INRAE, Élisabeth Fournier et François Coleno, ont étudié l’efficacité d’un système ancestral pour cultiver le riz en vase clos sur une surface totale de 6500 hectares, au sein d’une communauté d’agriculteurs, qui par convention s’échangent régulièrement leurs variétés de semences. Cette fertilisation croisée renforce la biodiversité et produit des rendements de production élevés (5 à 7 tonnes à l’hectare), sans utilisation de pesticide en raison d’une forte diversité microbienne dans le sol, provenant de la diversité des 40 à 100 variétés cultivées par cette communauté paysanne. Dès lors, les maladies du riz ne sont pas éradiquées, mais elles ne causent pas d’épidémie, à cause de la résistance naturelle renforcée des sols. L’échange par convention tacite de semences de riz entre les agriculteurs chinois se déroule sur des bases non marchandes, dans un périmètre géographique restreint à l’échelle d’un village, avec pour seule règle de ne jamais refuser un don ! En s’appuyant sur cette tradition ancestrale, le réseau de paysans chinois parvient ainsi à maintenir des rendements élevés sans dénaturer l’environnement, de manière à répondre au défi de l’agriculture durable, à l’échelle locale.


À travers cet exemple, nous percevons l’intérêt de porter notre attention sur les réseaux, placés au cœur d’une transformation profonde de la société. Ils sont utiles pour comprendre le déroulement des collaborations publics-privés face au défi du développement durable. Ils révèlent les changements de mode de vie lorsqu’il s’agit de communiquer et d’accéder au savoir à la place des experts. Ils sont mobilisés pour contester la verticalité du pouvoir, lorsqu’il s’agit de contourner les blocages administratifs ou de dépasser les postures d’autorité. Ils peuvent aussi être utiles pour défendre l’intérêt général, lorsqu’il s’agit d’innover en cassant les codes institutionnels ou d’être réactif face à une crise. Ils sont mobilisés pour créer et répartir des richesses à la place du marché, lorsque le lien de confiance devient une ressource plus stratégique que les compétences professionnelles ou les investissements financiers. 
 
Pour réconcilier dans la durée, les équilibres économiques, sociaux et environnementaux il est nécessaire d’imaginer des réponses nouvelles à la croisée des chemins entre les pouvoirs publics, les associations de protection de la planète, et les entreprises sur les marchés, en privilégiant des partenariats en réseau dans les domaines de l’alimentation, l’énergie, l’eau, les déchets, etc. En effet, le réseau est l’organisation la plus efficace pour trouver une solution locale face à un problème global, lors de la crise du développement durable.


Les réseaux pour sauver la planète

Christophe Assens est codirecteur du laboratoire LAREQUOI et professeur à l’ISM-IAE dans l’Université de Versailles SQY. Il publie « Réseaux : les nouvelles règles du jeu » (VA Editions, 2021). 
 

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