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Les soldes, apanage des grands groupes, fragilisent les petits commerces

Publié le 12 janvier 2022

La période des soldes débute ce 12 janvier et avec elle son lot de controverses. Symbole de la société de consommation, elles sont boycottées par certaines enseignes et boutiques indépendantes. Elles incarnent par ailleurs les dérives d’une économie basée sur le tout jetable, incompatible avec l’artisanat et le commerce de proximité.

Un non-événement pour certains, un rendez-vous encore incontournable pour d’autres : les soldes divisent. Elles mettent surtout la survie des petits commerces en danger alors que les fermetures de boutiques se multiplient dans les centres-villes. “De grandes enseignes s’organisent pour pratiquer des soldes très agressives, ce qui met en danger les petits commerces indépendants qui ne peuvent pas s’aligner“, alerte ainsi Jessica Nguyen, porte-parole de FlipNpik, application dédiée aux commerces indépendants.

Des grandes enseignes font fabriquer des produits spécifiquement pour les soldes, et pratiquent de fausses soldes“, confirme Francis Palombi, président de la Confédération des commerçants de France. “Ce phénomène est très important et représente 35 à 40% des stocks de produits écoulés pendant les soldes par les grands groupes”, s’insurge le représentant du petit commerce qui appelle à d’avantage de régulation “pour combattre cette pratique interdite et cette concurrence déloyale pour les petits commerces“.

Des prix cassés intenables

Par ailleurs, les grands groupes ont la capacité de constituer des stocks importants qu’ils écoulent ensuite pendant les soldes à prix cassés, s’ils n’ont pas trouvé preneurs. “Mais un petit commerçant ne peut pas se permettre de jouer à ce jeu. Si pendant les soldes, il propose des réductions de 40% c’est déjà un effort considérable pour lui”, précise Jessica Nguyen. Selon la spécialiste, les marges des commerçants indépendants “font, en moyenne, fois quatre, autrement dit un habit qui coûte 10 euros au commerçant est revendu 40 euros”, souligne-t-elle. De plus, les indépendants sont propriétaires de leur stock donc ils ne peuvent pas se permettre de les accumuler et de risquer de ne pas les vendre.

Pour les grandes enseignes, le rapport est tout autre. “Un tee-shirt acheté par lot en grande quantité en Asie peut couter 1 euro puis être revendu 10 à 15 euros en magasin”, précise Jessica Nguyen. Les surplus de marchandises sont écoulés à prix cassés pendant les soldes et habituent les consommateurs à des remises astronomiques. “Le volume d’achat des grandes enseignes est très important avec des produits fabriqués à bas coûts en Asie, ce qui leur permet de rester bénéficiaires même avec des réductions de 70%“, selon Francis Palombi. Ce modèle est “préjudiciable aux enseignes indépendantes qui pratiquent un juste prix à l’année“, fustige celui qui milite pour plus d’encadrement des promotions.

Des modèles alternatifs 

Ce phénomène de surstock provoque une accumulation de vêtements avec plus de 600 000 tonnes de textiles mises chaque année sur le marché en France. La quantité de vêtements serait ainsi suffisante pour habiller plusieurs fois l’humanité ! Mais cette surproduction est de plus en plus contestée dans un contexte de prise de conscience des dégâts environnementaux et humains causés par la fast-fashion. Toutes les grands enseignes de mode ne se livrent toutefois pas ces pratiques de surstocks. “On a peu de marchandises à vendre pendant les soldes car nous n’accumulons pas de stocks. Nous ne sommes pas dans une logique de production de masse, contrairement à d’autres enseignes”, indique ainsi Jean-Jacques Salaün, directeur général en France de Zara. 

Par ailleurs, certaines enseignes prennent le contre-pied de ce modèle comme 1083, Jules & Jenn ou Le Slip Français. Ces petites marques ne pratiquent pas, ou peu, les soldes. “Nous nous efforçons de ne pas sur-produire, ne pas sur-stocker, et de proposer des produits de qualité au bon prix“, indique Le Slip Français. Des modèles vont encore plus loin et propose la production à la demande. Cette production de proximité offre de nombreux avantages mais les biens coûtent plus cher. Ainsi, en juillet dernier, une tribune signée par 150 responsables d’entreprises du textile français constatait que l’engagement environnemental volontaire les défavorise et demandait plus de régulation pour supprimer la “prime au vice”.

Mathilde Golla @Mathgolla

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