La COBEL Academy propose différentes dates et formats de Webinaires & Master Class

LES TRANSPORTS GRATUITS VEULENT S’ÉTENDRE

aub

Mis en place depuis 13 ans à Aubagne, le libre accès aux transports publics est aujourd’hui menacé par la nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence. Des militant·es se battent pour sauver cette gratuité et l’étendre à tout le territoire.

« Quand je monte dans le bus, avec la gratuité, il y a quelque chose de magique : je me sens chez moi ! Et comme personne ne paye, on est tous égaux, ça crée une ambiance très conviviale. » Ce jeudi 15 décembre, Clémentine est venue manifester à quelques pas du Vieux-Port de la cité phocéenne, devant le siège de la Métropole Aix-Marseille-Provence, où doit se tenir le dernier conseil de l’année.
Comme elle, ils étaient une centaine à avoir fait le déplacement pour faire passer le message suivant aux élu·es : il faut préserver la gratuité des transports mise en place en 2009 à Aubagne, aujourd’hui menacée par la réorganisation administrative. C’est en effet la métropole qui a récupéré la compétence des transports, et la présidente Martine Vassal souhaite une « uniformisation » du fonctionnement sur tout le territoire. Autrement dit, l’exception aubagnaise pourrait disparaître pour se fondre dans le grand tout des transports payants.

5 000 bagnoles de moins !

Les manifestant·es présents ce jour-là proposent un autre plan : d ’abord, préserver le libre accès aux transports sur leur territoire, puis l’étendre progressivement à l’ensemble de la métropole.
Une utopie ? Non pas ! Depuis 13 ans qu’ils l’expérimentent, les 110.000 habitant·es de l’agglomération d’Aubagne et de sa région ont non seulement fait la démonstration que c’était possible, mais aussi souhaitable. À l’heure où le litre de gazole frôle les 2 euros, où la pollution de l’air exige de réduire les déplacements en bagnole, et où le pouvoir d’achat des ménages est en berne, il semblerait même qu’il soit urgent de diffuser cette gratuité le plus largement possible.
« Depuis que les transports en commun sont gratuits, on a pratiquement multiplié par trois la fréquentation des lignes de bus et de tramway : on est passé d’un peu moins de 2 millions de voyages par an à presque 6 millions, explique Maurice Marsiglia, porte-parole du collectif pour la gratuité des transports publics. Et il y a un impact direct sur l’utilisation de la bagnole, puisque nous comptons environ 5 000 véhicules/jour en moins. »

D’autres effets, plus inattendus, ont été constatés. « Par exemple, il n’y a quasiment plus aucune incivilité. Sur les années 2017 et 2018, on en a compté une par an ! Parce que les gens se sont approprié les transports publics, et qu’on a éliminé des éléments susceptibles de déclencher des confits, notamment le contrôle des tickets.»

Les contrôleurs au volant…

Alors que Marseille v a progressivement mettre en place sa Zone à faibles émissions
(ZFE), se pose aussi une question de justice sociale : une partie des habitant·es ne pourra plus se rendre dans le centre en voiture. La gratuité des transports publics pourrait, sans la faire disparaître, amoindrir cette injustice qui frappera uniquement les personnes à faibles revenus, en leur proposant une alternative.
Mais pour y parvenir, se pose évidemment la question du financement. Qui paye, si les usagers ne le font pas ? Un problème moins insurmontable qu ’il n’y paraît, puisque ces derniers ne financent en réalité qu’une petite partie des transports publics : à Aubagne, la billetterie ne représentait que 7 à 8 % du budget.

Sur l’ensemble de la métropole, ce chiffre tourne plutôt autour de 20%, ce qui représente environ 125 millions d’euros. Le reste est financé par une contribution des entreprises de plus de 10 salariés à travers le « versement mobilité ».
On vous passe son mode de calcul, mais le taux de ce versement est fixé à 2% dans la métropole Aix-Marseille. En l’alignant sur celui de Paris (2,95 %), cela rapporterait 150 millions, soit 25 millions de plus que les recettes de billetterie. De quoi faire la gratuité ? Pas tout à fait, car sa mise en place s’accompagne d’une forte hausse de l’utilisation des transports publics, et donc d’une nécessité de les développer : il faut plus de lignes et des passages plus fréquents. Là encore, le collectif propose des pistes de financement, « sans oublier que le libre accès aux transports publics est aussi une source d’économies, rappelle Maurice Casteglia. Par exemple, il n’y a plus besoin de toute la machinerie relative à la distribution des billets ou des portiques d’accès aux quais. Et il n’y a plus besoin de rémunérer des contrôleurs… Mais je précise que quand la gratuité a été instaurée à Aubagne, tous les contrôleurs ont été recasés. Certains sont par exemple devenus chauffeurs, dont le nombre a automatiquement augmenté puisqu’il fallait plus de bus…»
Leur discours a, pour l’instant, du mal à être entendu par la présidente de la métropole. La ville de Marseille, en revanche, y semble très sensible, et étudie l’installation progressive de la gratuité, en commençant par un développement très fort des tarifs sociaux.

Nicolas Bérard

Pour en savoir plus ou lire la suite : Source | Lien vers l'article

Les dernières publications :