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L’Europe pourrait bientôt réautoriser le glyphosate alors que Bayer lui-même fait machine arrière

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Publié le 18 juin 2021

ENVIRONNEMENT

La licence du glyphosate dans l’Union européenne arrive à échéance en décembre 2022. Les quatre pays rapporteurs, parmi lesquels la France, chargés de la pré-évaluation viennent de conclure que le glyphosate n’est ni cancérogène, ni reprotoxique, ni mutagène. Ces conclusions, très critiquées, ravivent les débats. En attendant, Bayer qui a racheté Monsanto, croule tellement sous les poursuites judiciaires qu’il envisage de ne plus commercialiser le Roundup pour les particuliers. 

C’est reparti pour un tour. En 2017, les 27 États membres s’étaient écharpés pendant des mois sur le renouvellement du glyphosate, cet agent actif utilisé dans plusieurs désherbants dont le Roundup, produit phare de Monsanto, racheté par l’allemand Bayer. À l’issue d’une longue bataille, la licence du glyphosate avait été ainsi renouvelée pour cinq années dans l’Union européenne, contre l’avis de la France qui militait pour une prolongation de trois ans. Alors que l’approbation du glyphosate dans l’UE expire fin 2022, nous revoilà au point de départ. Et c’est un nouveau rapport qui vient de déclencher les hostilités. 

Les quatre États membres rapporteurs que sont la France, la Hongrie, les Pays-Bas et la Suède viennent en effet de réévaluer le glyphosate en termes de risques pour l’Homme et l’environnement comme le prévoit la législation européenne. Preuve que le sujet est sensible, habituellement un seul pays se charge de la réévaluation du produit. Cette fois les quatre agences nationales de santé, dont l’Anses, l’organisme français, ont planché sur une potentielle nouvelle homologation.

Dans ce rapport de 11 000 pages, les agences concluent que le glyphosate n’est ni cancérogène, ni reprotoxique, ni mutagène, c’est-à-dire qu’il ne favorise pas l’apparition d’un cancer, qu’il n’altère pas la fertilité et qu’il n’est pas source de mutations. Les quatre agences donnent donc leur approbation pour utiliser le glyphosate dans l’UE. 

Glyphosate : des conclusions opposées

Cette conclusion va à l’encontre de la position du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), branche de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui avait classé, en 2015, le glyphosate comme cancérogène probable pour l’Homme. Comment ces organismes peuvent-ils avoir des résultats si éloignés ? La réponse tient dans les supports d’analyse.

Alors que le CIRC appuie son expertise sur toute la littérature scientifique publiée sur le sujet, les Agences de santé fondent essentiellement leur avis sur les études des industriels qui commercialisent les produits analysés. En 2016, lors des débats sur le renouvellement du glyphosate dans l’Union européenne, un rapport avait mis en évident que l’institut fédéral d’évaluation des risques allemand (Bfr) – l’Allemagne était alors l’état rapporteur – avait plagié, parfois mot pour mot le dossier d’homologation rendu par Monsanto et ses alliés aux autorités européennes. 

Bayer dans la tourmente

“Il est vraiment décevant de voir aujourd’hui le groupe de pays en charge de la ré-évaluation du glyphosate – dont la France – reprendre la même litanie de l’innocuité du glyphosate alors que le poids des preuves scientifiques est accablant pour cette molécule”, regrette le porte-parole de Générations futures, François Veillerette. En attendant que les débats reprennent, Bayer, lui, pourrait être contraint de faire machine arrière sur la commercialisation du Roundup, non pas à cause de la réglementation européenne, mais des plaignants qui le poursuivent en justice.

Le groupe allemand croule littéralement sous les menaces judiciaires avec plus 125 000 plaintes aux États-Unis concernant l’utilisation du Roundup. Face à ces poursuites, qui lui coûtent cher, Bayer a proposé un marché aux plaignants mais ce dernier vient d’être refusé par un juge californien, le jugeant trop “déraisonnable”. Alors que le groupe a perdu la moitié de sa valeur en Bourse depuis le rachat de Monsanto en 2018, la descente aux enfers continue. À l’annonce du refus du compromis avec les plaignants, le cours a chuté de 5 % poussant Werner Baumann, le PDG du groupe, a évoqué une possible suspension à venir des ventes du désherbant aux particuliers. Bayer se prépare en effet à être de nouveau assailli par les poursuites. Le groupe a provisionné deux milliards de dollars pour y faire face. 

Marina Fabre, @fabre_marina

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