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L’impossible adaptation de la Guadeloupe aux catastrophes climatiques à répétition

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Guadeloupe tempete Fiona septembre 2022 LaraBalais AFP

Publié le 19 septembre 2022

ENVIRONNEMENT

La tempête Fiona a ravagé une fois de plus la Guadeloupe. Elle a fait au moins un mort et des dommages considérables : routes, ponts, voitures… La brusque montée des eaux n’a occupé que quelques heures les médias de la métropole, renforçant le sentiment d’abandon d’une île qui essuie, pour la seconde fois en six mois, une catastrophe climatique qui détruit ses infrastructures.

Les images du passage dévastateur de la tempête Fiona sur la Guadeloupe dans la nuit du 17 au 18 septembre ressemblent à celle d’une catastrophe climatique du même type survenue en avril dernier.

Une montée des eaux très rapides associée à des vents violents qui arrachent routes, ponts et maisons et balaient bitume et infrastructures. La Guadeloupe, département français le plus pauvre après Mayotte et la Guyane, est une nouvelle fois déclarée en état de catastrophe naturelle. L’île qui a voté à plus de 70 % Marine Le Pen aux élections présidentielles pour protester contre l’abandon dont elle est l’objet, peut-elle espérer pouvoir reconstruire pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques qui l’enfoncent un peu plus dans le rouge ?

Les infrastructures guadeloupéennes sont en piteux état et le passage de la tempête Fiona contribue à aggraver la situation. C’est particulièrement vrai pour l’eau potable. Depuis 15 ans, l’île est confrontée à des problèmes structurels. Selon l’Office de l’eau du département, il faut produire 60 millions de m3 pour servir les 25 millions de m3 nécessaires pour les 400 000 habitants et les 500 000 touristes qui y font des séjours moyens de deux semaines. Cela signifie que plus de 60 % de l’eau potable est perdue, essentiellement à cause de la mauvaise qualité du réseau de distribution mais aussi des installations de traitement des eaux usées dont 72 % ne sont pas aux normes.

De nombreux problèmes de gouvernance

Cette situation calamiteuse, identifiée depuis les années 2000, est causée par de nombreux problèmes de gouvernance concernant les collectivités locales ainsi que le concessionnaire (Générale des Eaux, devenue Veolia), dont le contrat a pris fin en 2016. Une loi, adoptée en janvier 2020, pour rénover la gouvernance du service de l’eau en Guadeloupe, a mis en place une nouvelle structure, le Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe (Smgeag). Lancé en septembre 2021, il serait déjà au bord de la faillite à cause du “mur de dettes” dont il a hérité : officiellement 70 millions d’euros, plus probablement 200 millions d’euros. Quant au montant nécessaire pour rénover l’ensemble du système d’eau de l’ile, il est estimé à un milliard d’euros.

Pour toutes ces infrastructures (eau, route, ponts, bâtiments…), la Guadeloupe a des besoins considérables et constitue un territoire qu’il est indispensable de commencer à adapter au changement climatique. Théoriquement elle pourrait bénéficier pour cela d’investissements publics, mais un rapport de la Cour des Comptes de mai 2022 sur “Les financements de l’État en outre-Mer” montrait l’impasse dans lequel se trouve l’Outre-mer. Sur les 27,3 milliards d’euros votés chaque année pour les DROM COM (Ex DOM-TOM) dans le budget de l’État français, pas plus de 50 % sont réellement investis puisqu’il manquerait aux collectivités locales “les compétences humaines et techniques permettant de monter les dossiers pour obtenir ces fonds“.    

La gouvernance des collectivités locales, la qualité des projets et les relations de plus en plus tendues entre la Métropole et l’île expliquent cette situation désastreuse, aggravée par le passage à répétition de tempêtes comme Fiona. Cet énième épisode sera-t-il le déclencheur d’une politique permettant de mettre fin à l’inextricable situation de la Guadeloupe, territoire français particulièrement vulnérable aux conséquences du changement climatique et trésor de biodiversité français ? Pour mémoire, les écosystèmes ultramarins concentrent 80 % de la biodiversité française sur 22 % de son territoire.

Anne-Catherine Husson Traore, @AC_HT_, directrice générale de Novethic

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