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Lucifer, Sheitan, Belzébuth… Pourquoi il faut donner un nom à nos vagues de chaleur

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canicule vague de chaleur istock

Publié le 15 juin 2022

ENVIRONNEMENT

37°C à Toulouse, 34°C à Bordeaux… alors qu’une vague de chaleur précoce et exceptionnelle s’abat sur la France, des climatologues appellent à donner un nom à ces canicules. Le but : marquer les esprits et sensibiliser le grand public, comme c’est aujourd’hui le cas pour les dépressions telles l’ouragan Katrina ou la tempête Irma. Le spécialiste Serge Zaka a ainsi lancé un sondage pour trouver un nom à la canicule qui frappe l’Hexagone en ce moment. 

Katrina, Irma, Sandy, Mitch… Les tempêtes et les cyclones portent depuis des années des prénoms. Nommer les dépressions à un double objectif : faciliter leur identification dans les messages d’alerte, explique l’Organisation météorologique mondiale mais également permettre “aux médias de présenter plus facilement des comptes-rendus, susciter un plus grand intérêt pour les alertes et améliorer l’état de préparation des communautés”. Si cette pratique est désormais courante pour ces phénomènes extrêmes, les vagues de chaleur, elles, sont encore anonymes. 

“Si je vous dis Katrina, vous identifiez de suite l’ouragan qui a dévasté le sud est des Etats-Unis. Par contre si je vous parle d’une canicule, je dois préciser la date, le lieu… Ce n’est pas impactant pour le grand public, ça ne “parle” pas”, analyse pour Novethic Serge Zaka, Docteur en agrométéorologie. Le spécialiste, très actif sur Twitter, a d’ailleurs lancé un sondage pour nommer la vague de chaleur qui s’abat actuellement sur la France. 

En Italie, la canicule Lucifer

“Comment souhaitez-vous nommer la vague de chaleur, potentiellement historique, prévue la semaine prochaine”, a-t-il demandé aux internautes le 12 juin. Aux choix : Balrog, le serpent de feu issu du livre de J.R.R Tolkien Le Seigneur des Anneaux, Sheitan le diable, Belzébuth le démon d’enfer ou encore Cerbère le gardien d’enfer. Des noms qui marquent, comme Lucifer par exemple.

C’est avec ce nom que les Italiens ont surnommé la canicule qui les a frappés en août dernier. Résultat : des articles de presse dans le monde entier pour évoquer les “flammes de Lucifer” ou la “chaleur diabolique” qui brûlait Rome. Mais ici, rien d’officiel. Ce sont les citoyens qui ont eux-mêmes baptisé cette vague de chaleur Lucifer. Le nom, repris dans une dépêche AFP, a marqué les esprits. En Grèce, ce sont les scientifiques qui ont mis la question sur la table. 

Alors qu’en août 2021, le pays a été confronté à des températures extrêmes, attisant des incendies de forêt et renforçant la sécheresse, les chercheurs de l’Observatoire national d’Athènes ont eux aussi demandé à donner un nom à ces phénomènes. “Nous pensons que les gens seront mieux préparés à faire face à un évènement météorologique à venir si cet évènement a un nom”, expliquait en septembre dernier au Guardian le directeur de l’Observatoire, Kostas Lagouvardos. “Cela aiderait les gens à comprendre le danger qui se profile tout en permettant aux décideurs de déclencher des politiques qui les protégeraient mieux”

Les vagues de chaleur s’intensifient et se multiplient

Quant à la France, pour l’instant, la question n’est pas à l’ordre du jour selon des sources internes à Météo France. C’est en effet cet établissement public qui nomme aujourd’hui les tempêtes. Déjà en juin 2020, le climatologue Christophe Cassou avait lancé cette idée. Il écrivait sur Twitter : “La France s’apprête à subir cette semaine sa première vague de chaleur. (…) Comme on nomme les tempêtes hivernales, ne pourrait-on pas baisser les canicules plus récurrentes, afin de les différencier ?”. L’idée fait en tout cas son chemin. L’économiste Maxime Combes vient ainsi de rebaptiser sur Twitter la vague de chaleur actuelle “canicule TotalEnergies n°1”.

“Parce qu’elle est l’une des principales multinationales françaises, qu’elle continue à investir massivement dans les énergies fossiles et qu’elle est un acteur majeur du lobbying anti-climatique en France et en Europe, TotalEnergies incarne parfaitement une part conséquente de la responsabilité des catastrophes climatiques”, écrit-il. Un choix qui ne fait pas l’unanimité, notamment auprès de Serge Zaka qui entrevoit déjà des problèmes juridiques. Les occasions ne devraient en tout cas pas manquer. Avec le réchauffement climatique, les vagues de chaleur se multiplient et s’intensifient. Depuis les années 90, elles ont déjà été multipliées par 3 voire 4. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina

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