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Lula, réélu à la tête d’un Brésil divisé sur tout : l’Amazonie, l’agro-industrie et les inégalités de richesse

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election lula bresil 301022 CARL DE SOUZA AFP

Publié le 31 octobre 2022

Lula, l’ancien métallo, est redevenu à 77 ans le président du Brésil. Cet homme de gauche à la tête d’une large coalition, a battu d’une courte tête Jaïr Bolsonaro, le Trump tropical. Cette élection cruciale pour la protection de l’Amazonie, poumon mondial menacé, est aussi un coup d’arrêt à un mouvement d’extrême droite qui monte partout avec son cocktail de climato-scepticisme et de racisme. Très réactionnaire sur les mœurs et ultra-libéral sur l’économie, l’ancien président Bolsonaro a tout mis en œuvre pour rester au pouvoir, à grand coup de vérités alternatives sur les réseaux sociaux.

Il a été président du Brésil de 2003 à 2011 mais Lula vient sans doute d’obtenir sa plus belle victoire, la plus difficile aussi. Il a chassé du pouvoir Jaïr Bolsonaro avec moins de 51 % des voix et doit tenter de rassembler un pays d’autant plus divisé qu’en restant silencieux, le président sortant menace de laisser ses supporter fanatisés douter de sa défaite.

Comme Trump, son modèle, il laisse son pays en piteux état sur le plan environnemental, économique et social mais une grande partie des 57 millions de personnes qui ont voté pour lui croit à l’avalanche de mensonges qu’il a déversé sur les réseaux sociaux. Le soutien des évangélistes, à commencer par celui de la star brésilienne du football, Neymar, a réussi à faire mentir les sondages qui lui prédisaient une défaite au premier tour.

Jair Bolsonaro, une rock star pour les exploitants de soja

La victoire de Lula a eu un écho planétaire qui dépasse largement le Brésil. Elle était cruciale pour l’Amazonie, toujours plus menacée par la déforestation et Lula s’est engagé à protéger le poumon de la planète. Il va devoir aussi tenter de limiter les dégâts de l’agro-industrie, qui déforeste à tour de bras pour ses élevages intensifs et ses plantations de soja.

La région du Mato Grosso au sud de l’Amazonie en est devenue l’eldorado : 38 millions d’hectares de plantation (la surface de l’Allemagne), 135 milliards de tonnes récoltées en 2021, ce qui rapporte 35 milliards de dollars au Brésil par an alors que le pays est dans une situation piteuse. Il a particulièrement souffert de la crise COVID gérée de façon erratique par Bolsonaro mais les producteurs de soja ont été protégés.

Dans son reportage réalisé en septembre dans la capitale du Mato Grosso, Sinop, où près de 80 % de la population soutient Bolsonaro, le journaliste du Monde, Bruno Meyerfeld décrivait une population prête à en découdre pour protéger cette agriculture destructrice de l’environnement. Il écrit : “Démantèlement des agences environnementales, flexibilisation de l’achat d’armes à feu, mise sur le marché de 1 700 nouveaux pesticides, asphaltage de la BR-163… Jair Bolsonaro a choyé sa base, qui l’acclame telle une rock star à sa descente d’avion, lors de ses visites à Sinop. Mieux vaut ne pas prononcer les mots OGM, monoculture et déforestation”. “Si vous, les Européens, n’aimez pas notre soja, vous n’avez qu’à ne pas l’acheter ! lance Ilson Redivo, belliqueux exploitant. Ce qui protège l’Amazonie, ce ne sont pas les ONG. C’est moi, et mon calibre 12 ! OK ?”

Surmonter toutes ces fractures

Cela donne une idée des profonds clivages au Brésil où le Bolsonarisme n’a pas dit son dernier mot puisque l’un de ses partisans vient de remporter la région de Sao Paulo, la plus riche du Brésil, pays profondément inégalitaire où la crise du COVID a ramené faim et pauvreté que Lula avait activement combattues lors de ses premiers mandats.

Le pays est aussi profondément divisé sur les populations autochtones. Jaïr Bolsonaro conteste leur droit à la terre depuis qu’il a été élu député dans les années 70. Il est même ciblé par une plainte déposée au tribunal pénal international à l’été 2021 pour génocide et écocide. Pour rétablir la paix et la démocratie comme il l’a promis, Lula va devoir tenter de surmonter toutes ces fractures. Il pourra compter sur le soutien de sa coalition élargie et des chefs d’état du monde entier qui, à la veille de la COP 27 sur le climat, ont globalement poussé un ouf de soulagement.

Anne-Catherine Husson-Traore @AC_HT_

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