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Lyon-Turin : « une accumulation inégalée de mensonges »

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Quinze ans après sa Déclaration d’utilité publique, les travaux de la ligne Lyon-Turin n’ont jamais réellement commencé.Tout a été démontré sur l’inutilité de cet énorme projet nuisible et imposé, et pourtant, ses promoteurs entendent bien le mener à bout. Daniel Ibanez, infatigable opposant, fait le point avec nous sur ce serpent de mer ferroviaire.

L’âge de faire : Première question, simple : le Lyon-Turin, on en est où ?
Daniel Ibanez : La déclaration d’utilité publique (DUP), prononcée en décembre 2007, devrait être déclarée caduque après 15 ans puisque seuls des travaux d’études et de reconnaissance ont été réellement réalisés. Par ailleurs, la disponibilité du financement prévue dans les accords franco-italiens n’est pas effective. J’entends des gens qui me disent que les Italiens ont déjà creusé leur partie de tunnel, c’est faux : il ont juste creusé une galerie de reconnaissance, mais pas encore 1 centimètre du tunnel en lui-même. En France, 10 km d’un tube du tunnel ont été creusés à titre exploratoire, il faut encore en creuser 110, puisque le tunnel a 2 tubes de 57,5 km ! Les lobbyistes se répandent actuellement pour dire qu’ils ont attaqué les travaux, afin que la DUP reste valable. Mais là encore, c’est faux, ils viennent seulement d’attaquer une entrée au marteau piqueur. Or je rappelle qu’on parle d’un projet de 30 milliards d’euros pour lequel toutes les prévisions se sont révélées fausses ! C’est un projet qui constitue une accumulation inégalée de mensonges. Mais ça avance, notamment parce qu’on a un problème réel de médiatisation et de mobilisation autour de notre lutte.

Ces mensonges, tu en as fait état dans ton livre Trafics en tous genres, sorti en 2014.Tu y expliquais notamment la parfaite inutilité de ces gigantesques travaux : il existe déjà une ligne ferroviaire entre Lyon et Turin et celle-ci est parfaitement suffisante, moyennant quelques aménagements. Les faits t’ont donné raison…
La justification de ce projet était de supporter des échanges de marchandises de plus en plus nombreux entre la France et l’Italie, par le rail plutôt que par camions. En 2000, il circulait entre la France et l’Italie 100 trains de fret par jour et environ 1,5 million de poids lourds entre le tunnel de Fréjus et le tunnel du Mont-Blanc. Si les échanges étaient toujours plus importants et que la ligne actuelle ne pouvait pas les supporter, on aurait de plus en plus de camions sur les routes. Or aujourd’hui, il ne circule plus que 20 trains de marchandises par jour, et toujours environ 1,5 million de poids lourds. Pourtant, en 2000, on a ouvert l’autoroute ! Ce qu’on constate, donc, c’est qu’alors qu’on a créé une voie de circulation beaucoup plus pratique que la nationale, non seulement il n’y a pas eu d ’augmentation du nombre de camions, mais il y a une diminution de 80 trains par jour.
En fait, il y a une diminution des échanges de marchandises. À quoi bon créer une ligne destinée à supporter l’augmentation des échanges de marchandises alors que la crise actuelle climatique et géopolitique démontre la nécessité d’assurer l’indépendance du pays par la relocalisation des productions ?!
Même le gouvernement actuel n’est pas pour le projet, et ça fait 30ans que tous les services de l’État écrivent que ce projet est trop cher, et qu’il ne faut pas le faire parce que l’argent investi est démesuré par rapport aux services qu’on peut attendre et que toutes les prévisions n’ont servi qu’à justifier un projet inutile.

Avec la sécheresse estivale qu’on a connue, s’est posée la question essentielle de l’eau. Et sur ce point aussi, le Lyon-Turin pose de sérieux problèmes. Quels sont-ils ?
Nous avons découvert, à la faveur d’une expertise d’un hydrogéologue, que la DUP sur les creusements du tunnel viole les déclarations d’utilité publique de protection des captages d’eau à consommation humaine. Tous les points de captage d’eau pour la consommation humaine sont en général protégés par un périmètre de protection, où il n’est pas possible d’installer une station d’épuration, un établissement polluant, etc.
Les déclarations d’utilité publique pour les périmètres de protection précisent que toute excavation à l’aplomb de ces périmètres est interdite. Et il se trouve qu’il y a 19 points de captage qui sont à l’aplomb du creusement prévu par le Lyon Turin, ce qui nous a conduits à alerter la Commission de recueil d’alerte (CNDASPE), qui a validé notre alerte.
On savait qu’il y avait un danger qui était que, suite à des drainages, on aurait des tarissements de sources. Ce qu’on n’avait pas compris, c’est qu’il y avait un risque de tarissement de l’eau potable et d’assèchement de la zone des creusements. Le creusement drainerait entre 60 et 75 millions de mètres cubes à l’année ! La nature est incapable de recharger un tel volume en eaux souterraines, potable ou non.
Quand tu creuses un tunnel, tu peux creuser dans une veine résurgente ou tomber sur des poches d’eau coincée là depuis des milliers d’années, et à ce moment là tu les vides. E t tu peux aussi avoir un drainage par gravité : l’eau s’écoule par gravité. Toute cette eau qui s’est infiltrée en humidifiant la terre assurait une hydrométrie à peu près stable de la zone. Si cette eau disparaît, la nature ne pourra pas la recharger. Tout simplement, si la décharge est supérieure à la recharge que peut apporter la nature, sur les zones en amont des versements, tu as un assèchement général.

Rassure-nous : ils n’ont pas encore gagné ?
Bien sûr qu’on va continuer à se battre. Oui, sur le projet, tous les chifres qui ont été donnés il y a 15 ans sont faux. Oui, tous les services de l’État ont dit qu’il ne fallait pas faire ce projet. Le gouvernement le sait. Et une poignée de lobbyistes, qui sont d’ailleurs à peu près les mêmes formations que celles qui défendaient l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ont réussi à maintenir le projet. On me dit « oui mais les lobbyistes c’est un bulldozer ». Non, ce n’est pas un bulldozer, c’est juste une poignée de personnes avec un tapis rouge. À nous de nous mobiliser pour les empêcher de le dérouler. Beaucoup de gens nous disent qu’ils nous soutiennent. C’est bien, mais nous, pour continuer la lutte, on a besoin d’acteurs !

Recueilli par Nicolas Bérard

Photo : Wikimedia Commons

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