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Malgré la déception, la COP26 a propulsé la question des pertes et dommages en haut de l'agenda climatique

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Publié le 16 novembre 2021

ENVIRONNEMENT

Jamais il n’aura autant été question des pertes et dommages dans une COP. Si aucun nouveau financement n’a été acté, au grand dam des pays vulnérables, le sujet a toutefois été mis en haut de l’agenda. Et les pays développés ne pourront plus trouver d’issue de secours pour éviter d’y faire face. Le président égyptien, qui accueillera la COP27, a déjà fait savoir qu’il le placerait en haut de ses priorités. 

De façon tout à fait inédite, le sujet des pertes et dommages a tenu le haut de l’affiche à la COP26 avec une journée thématique et des témoignages quotidiens des pays les plus vulnérables subissant déjà les impacts du changement climatique. Il a même été au cœur des toutes dernières négociations, menaçant un moment de les faire capoter. Le résultat est certes un échec, puisqu’aucun nouveau financement dédié n’a été acté mais, paradoxalement, jamais nous n’avions autant avancé sur le dossier. “Les pertes et dommages sont désormais à l’ordre du jour politique comme jamais auparavant et la seule issue est qu’elles aboutissent à un soutien significatif ” a réagi Mohamed Adow, directeur du Power Shift Africa.

Largement méconnues (du grand public) et ignorées (des pays riches) avant le sommet, les pertes et dommages, jusqu’alors simplement reconnues par l’Accord de Paris, sont désormais inscrites dans le Pacte de Glasgow. Elles complètent les deux piliers de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques de 1992, à savoir la réduction des émissions de gaz à effet de serre (atténuation) et l’adaptation notamment des plus vulnérables aux impacts à venir. “Quand les émissions ne sont pas réduites suffisamment, vous entrez dans le territoire de l’adaptation, et quand l’adaptation n’est pas suffisante, vous devez faire face aux pertes et dommages“, résume Aiyaz Sayed-Khaiyum, le ministre de l’Économie et du Changement climatique des Fidji.

Jusqu’à 1 700 milliards de dollars en 2050

Selon une étude publiée le 8 novembre par l’ONG Christian Aid, les pays vulnérables les plus affectés par les conséquences du réchauffement climatique, situés notamment en Afrique, pourraient voir leur PIB par habitant s’effondrer de plus de 80 % à la fin du siècle dans le pire des scénarios. Les besoins pour faire face à ces pertes et dommages sont évaluées entre 290 et 580 milliards de dollars par an d’ici 2030 et jusqu’à 1 700 milliards de dollars en 2050. C’est pourquoi, les pays vulnérables demandent un troisième flux de financement, en plus des 100 milliards promis par les pays riches pour l’atténuation et l’adaptation.

À Glasgow, ils avaient reçu un soutien massif pour la création d’un mécanisme de facilité sur le sujet. Mais la proposition a été bloquée, notamment par l’Union européenne et les États-Unis, et remplacée par la mise en place d’un dialogue de deux ans. Les pays développés refusent un quelconque accord qui pourrait leur faire porter juridiquement et financièrement la charge de leur responsabilité dans la crise climatique. Face à cet immobilisme, Antigua-et-Barbuda et Tuvalu avaient lancé en début de COP une commission des petits États insulaires pour obtenir des dédommagements devant des juridictions internationales.

“Une question de survie” pour les Maldives

Pendant le sommet, seules l’Écosse – pionnière sur le sujet -, la Wallonie et l’Allemagne se sont engagées à mobiliser plus de dix millions d’euros pour les pertes et dommages. Un groupe de fondations philanthropiques (Fondation européenne pour le climat, Hewlett Foundation, Open Society Foudations, Global Green Grants, Children’s Investment Fund Foundation) avait également mis sur la table trois millions de dollars afin de motiver les délégations à trouver un accord sur le mécanisme de facilité. En vain.

En plénière informelle samedi 13 novembre, les pays vulnérables ont cédé un à un sur le sujet, reconnaissant que la décision finale était insuffisante, mais qu’ils l’acceptaient dans un “souci de compromis“. “Pour certains, les pertes et les dommages constituent le début d’un dialogue, mais pour nous c’est une question de survie” a déclaré Shauna Aminath, la ministre de l’Environnement des Maldives. “Nous ne sommes qu’au début de ce que nous devons faire sur les pertes et dommages”, a promis Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne. L’Égypte, qui accueillera la COP27, a déjà fait savoir que le sujet serait prioritaire.

Concepcion Alvarez @conce1

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