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Maud Sarda, directrice de Label Emmaüs : “La seconde main des grandes marques ne répond pas forcément à la transition écologique et sociale”

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Publié le 23 octobre 2021

ENVIRONNEMENT

Emmaüs, acteur historique de l’économie circulaire, fait face à une baisse de la qualité des dons qu’il reçoit depuis que des géants de la mode et de l’e-commerce se lancent dans les produits d’occasion. Si Maud Sarda, la directrice de Label Emmaüs, se félicite de cette nouvelle tendance, elle questionne la portée écologique et sociale de ces nouvelles offres qui poussent à la consommation de produits neufs via des bons d’achat notamment. 

On voit de plus en plus de marques de mode lancer des offres de produits de seconde main. Est-ce une bonne nouvelle que cette pratique se généralise ?

A priori, on peut dire que c’est une bonne nouvelle que des citoyens aient moins de barrières à acheter des produits de seconde main. C’est une tendance importante qui va dans le bon sens. Mais il faut bien comprendre que la seconde main proposée par des géants comme Zalando par exemple n’est pas forcément bonne pour l’environnement comme on tente de nous le faire croire. Quand on propose aux consommateurs de recevoir des bons d’achat en échange de leurs produits usagés pour acheter du neuf, est-ce vraiment de la transition écologique ? On continue à pousser à la consommation en proposant des livraisons express et des retours gratuits à perte. Or si on veut respecter l’Accord de Paris, il faut drastiquement baisser notre consommation de produits neufs. Cette tendance est surtout une opportunité de croissance pour les géants de la fast-fashion.

Cette nouvelle tendance peut entrer en concurrence avec Emmaüs, qui récupère les dons des usagers. Constatez-vous une baisse des dons et de leur qualité ?

Sur la quantité, on n’assiste pas à une baisse des dons. On est dans une société de consommation telle que tout se déverse, dégorge. Par contre, on constate effectivement des dons moins qualitatifs. On doit vendre beaucoup plus pour arriver au même bénéfice qu’avant. Il y a clairement eu un tournant avec Vinted ou Le Bon Coin qui sont montés sur ce marché et qui occupent désormais une place majeure. C’est surtout vrai pour le textile mais dans quelques années, ce sera aussi vrai pour les smartphones par exemple avec l’ascension d’entreprises de reconditionnement. C’est une situation compliquée qui nous pousse à nous adapter. Surtout, il faut rappeler aux usagers que la seconde main n’a pas qu’une valeur pécuniaire mais aussi et surtout un impact social fort chez nous.

Justement, cette ascension des produits d’occasion chez des géants du e-commerce, n’est-ce pas le symbole de l’oubli des enjeux sociaux dans la lutte contre le changement climatique ?

Emmaüs est un des derniers remparts de la lutte contre l’exclusion. On emploie plus de 10 000 compagnes et compagnons dont beaucoup de personnes migrantes et sans papier, d’anciens prisonniers, des personnes qui ont des parcours de vie compliqués. Aujourd’hui on ne peut pas dire que la seconde main va “sauver la planète” si en même temps on emploie des personnes dans des entrepôts en leur imposant des cadences infernales pour un salaire de misère. L’économie circulaire ce n’est pas ça ! Lutter contre le changement climatique en le dissociant des enjeux sociaux, c’est une erreur. Il faut penser la lutte dans sa globalité, en prenant à la fois en compte l’impact environnemental, social et sociétal.

À court terme, que met en place Emmaüs pour résister à cette tendance ?

On a créé le Label Emmaüs qui est un site d’e-commerce solidaire dont le catalogue est exclusivement alimenté par les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS). On a également lancé la nouvelle plateforme Trëmma qui permet de donner ou d’acheter des vêtements sur une application. Le but est de proposer une alternative aux sites de vente entre particuliers, la totalité des recettes de la vente des produits servant à financer le projet solidaire choisi par le vendeur. Parallèlement, le mouvement Emmaüs développe aussi de plus en plus d’ateliers de couture, de réparation, de reconditionnement et de création design pour former les personnes en insertion à de nouveaux métiers.

Propos recueillis par Marina Fabre, @fabre_marina

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