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“Médicaments : les profits de la pénurie” sur Arte : le documentaire choc qui dénonce le modèle de l’industrie pharmaceutique

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Publié le 26 avril 2022

Organisation de la pénurie, chantage, délocalisation, pollution… les géants pharmaceutiques sont prêts à tout pour accumuler les bénéfices. Dans une enquête menée sur trois continents et solidement documentée, le film “Médicaments : les profits de la pénurie”, diffusé le mardi 26 avril sur Arte, révèle les méandres de la production et la commercialisation des médicaments, où des vies sont sacrifiées sur l’autel des profits.

En pleine pandémie, l’Europe a manqué de masques, de gants mais aussi de médicaments. La crise sanitaire a révélé au grand jour une situation qui s’aggrave : “ces deux dernières décennies, les pénuries de médicaments et de produits sanitaires ont été multipliées par vingt en Europe”, alerte ainsi l’enquête de Xavier Deleu et Rozenn Le Saint dans le documentaire “Médicaments : les profits de la pénurie” diffusé le 26 avril sur Arte.

De plus en plus de médicaments font défaut dans les hôpitaux, comme à Rennes où les pharmaciens se mobilisent pour s’approvisionner en anti-inflammatoires injectables, anticoagulants, anti-infectieux, anticancéreux et même en boules de coton. Ces pénuries sont mondiales et résultent des choix des laboratoires “qui abandonnent des médicaments anciens et moins rentables même lorsque la vie des patients est en jeu”, déplore le documentaire, preuves à l’appui. Il cite l’exemple du BCG où la molécule centenaire manque, depuis que Sanofi a quitté le marché. Le choix du laboratoire de ne plus fabriquer ce médicament a provoqué une pénurie alors que ce traitement est utile contre le cancer de la vessie, notamment.

Des pratiques de guerre pour juguler des pénuries

Mis devant le fait accompli, les praticiens cherchent des solutions. Certains organisent un “contingentement médical” pour pallier les insuffisances. Cette pratique de guerre revient à trier les patients en termes de gravité pour assurer l’égalité des chances face aux médicaments. Aux Pays-Bas, des pharmacies hospitalières se sont résignées à fabriquer elles-mêmes les molécules. En Espagne, les autorités ont dû ruser pour importer des stylos injecteurs d’adrénaline pourtant fabriqués sur le territoire car le laboratoire avait choisi d’arrêter la distribution. “Certains produits très courants sont retirés du marché puis réintroduits plus tard à un prix plus élevé. Certains labos font aussi du chantage pour exiger des prix plus élevés“, déplore Yannis Natsis, responsable pour l’accès universel aux médicaments de l’Alliance publique européenne de santé (EPHA).

Les grands laboratoires privilégient les molécules innovantes et délaissent les anciennes, moins lucratives. Le documentaire pointe le lobbying exercé par les industriels auprès des gouvernements et des autorités sanitaires pour conforter leurs marges, mais aussi les délocalisations de leurs usines dans des pays à bas coûts, comme la Chine et l’Inde, où les exigences environnementales sont moindres. 

“Les laboratoires sont devenus des titans”

Le documentaire recueille la parole de patients et de leurs proches, confrontés à ces calculs. Aux Pays-Bas, un nourrisson risquait de mourir alors qu’un médicament au coût exorbitant de 2,2 millions d’euros (le plus cher au monde) pouvait la sauver, le laboratoire refusait de lui accorder. La famille a réussi à réunir la somme grâce à des dons. “Il faut que les politiques publiques se basent sur les besoins des populations et ne répondent pas uniquement aux enjeux industriels et commerciaux des firmes”, avance Pauline Londeix, observatoire de la transparence dans les politiques des médicaments.

Cette logique marchande atteint son paroxysme pendant le Covid où les laboratoires ont refusé de céder leurs brevets. Résultat, les capacités de production n’ont pas pu être calibrées et les morts se sont multipliés alors qu’un remède existait, constate le documentaire. Là encore, l’Europe a cédé. Olivier Hoedeman, coordinateur du corporate Europe observatory, évoque la “très forte influence de l’industrie pharmaceutique et le poids des lobby”, dans la gestion de la pandémie. Les laboratoires “étaient des géants maintenant ce sont des titans devenus des interlocuteurs politiques clés”, note le documentaire. 

Mathilde Golla @mathgolla 

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