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Métaux stratégiques : La guerre en Ukraine pourrait freiner la transition écologique de l’Union européenne

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Publié le 02 mars 2022

Derrière la très grande dépendance de l’Union européenne au gaz russe, se cache également celle de plusieurs métaux indispensables à la transition écologique comme le nickel, le palladium ou encore l’aluminium. Un enjeu stratégique qui pourrait freiner le développement des batteries électriques, des pales d’éoliennes ou des panneaux solaires. Une situation qui rappelle l’urgence pour le continent de diversifier ses sources d’approvisionnement alors que la demande ne cesse d’augmenter. 

C’est une menace qui pèse sur les Européens. Alors que les sanctions des Occidentaux se multiplient contre la Russie après son invasion en Ukraine, l’extrême dépendance de l’Europe au gaz Russe fait craindre un risque de rupture. Derrière cette crise énergétique, largement chroniquée dans la presse, se cache un autre conflit sous-jacent : l’approvisionnement en métaux stratégiques. Aujourd’hui, la Russie fournit près de 40 % du palladium mondial, un métal très utilisé par les constructeurs automobiles dans les pots catalytiques pour, entre autres, limiter les émissions nocives. Mais sa demande devrait croître avec le développement de la pile à combustible pour les voitures électriques. 

Le pays est également un des plus gros producteurs de nickel au monde, le troisième derrière l’Indonésie et les Philippines. Le “métal du diable” comme le surnomment les experts, est l’un des ingrédients essentiels des batteries électriques. Côté aluminium, les Russes pèsent 6 % de l’approvisionnement mondial, une part faible mais assez importante pour faire flamber les prix, dépassant même des niveaux jamais atteints jusqu’ici. “Les prix de l’aluminium et du nickel ont fortement augmenté dans le contexte de l’escalade du conflit entre la Russie et l’Ukraine”, commente pour l’AFP Daniel Briesemann, analyste chez Commerzbank. “Les acteurs du marché craignent clairement que l’approvisionnement en aluminium de la Russie ne soit affecté en cas de sanctions sévères de l’Occident et – probablement – de mesures de représailles de la part de la Russie.” 

“Chaque gramme compte”

Pour l’instant, European Aluminium se veut rassurante. Bien que la Russie représente 15 à 20 % des importations annuelles d’aluminium, métal très utilisé dans les technologies de la transition bas carbone comme les batteries, les panneaux photovoltaïques ou encore les pales d’éoliennes, l’association industrielle se dit “bien placée” pour répondre à la demande européenne. Elle ajoute : “Néanmoins, la crise actuelle et les autres crises récentes ont démontré une chose : de l’énergie aux matières premières, l’UE ne peut pas fonder ses ambitions économiques et de développement durable sur la dépendance aux importations”.

Et de fait ces métaux, qui sont le pétrole du XXIème siècle, sont de plus en plus prisés. L’Agence internationale de l’énergie estime que d’ici 2040, avec le développement des énergies renouvelables et de la voiture électrique, le monde consommera 40 fois plus de lithium, 20 fois plus de nickel et sept fois plus de manganèse. “Étant donné les quantités astronomiques dont l’Union européenne va avoir besoin pour réaliser sa transition, chaque tonne, chaque kilo, chaque gramme compte”, explique Benjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI AM.

Repenser notre diplomatie

L’Union européenne a bien conscience de sa forte dépendance à la Chine notamment sur les terres rares, mais également au Chili, à l’Australie ou à la Russie sur ces métaux stratégiques. Justement, l’Ukraine possède un riche dépôt de lithium qui devait être exploité par European Lithium. “Ce gisement se trouve dans le Donbass”, précise le journaliste indépendant Guillaume Pitron, auteur de “La guerre des métaux rares”. Une région particulièrement convoitée par la Russie en ce moment. “Il n’y a pas de date d’exploitation prévue mais c’est un gisement de classe mondiale qui aurait pu, à plus ou moins long terme, participer à la politique européenne de souveraineté de cette ressource critique“, explique le spécialiste. 

L’Europe n’a d’autres choix que de diversifier ses sources d’approvisionnement. Si la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a évoqué fin février la possibilité d’ouvrir des mines de lithium en France, l’enjeu est surtout de “repenser nos relations diplomatiques”, affirme Benjamin Louvet. “Notre diplomatie a été orientée vers les pays producteurs d’énergie fossile mais quid aujourd’hui du Chili et du Pérou, grands producteurs de cuivre ou de la RDC grande exportatrice de cobalt ?”. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina

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