fbpx

Méthanisation : à plein gaz vers l’agriculture industrielle

Il est vrai que les industriels du secteur agricole sont à la pointe. Près de Reims, le centre de test pionnier pour la méthanisation Terrasolis a ouvert ses portes à Bétheny. Entre deux partenaires publics, on retrouve quelques noms bien connus : le Crédit agricole, Groupama, le géant sucrier Cristal Union ou encore la multinationale Bayer.

« De nombreux groupes industriels, souvent en Allemagne et parfois en France, n’hésitent pas à cultiver d’immenses surfaces de maïs dans le seul but d’alimenter les digesteurs de biogaz. En faisant cela, le coût des denrées alimentaires augmente : elles sont produites plus loin, voire très loin. Cela implique des pollutions engendrées par le transport de ces denrées, sans parler des déforestations induites par leur production », écrit Jean-Philippe Valla dans un livre sur la question.

Mais une fois les investissements engagés, l’unité doit tourner pour être rentable. Or, personne n’a vraiment le recul nécessaire sur l’espérance de vie d’une unité de méthanisation. « Elle est très courte. Entre 15 et 20 ans, car les intrants sont très corrosifs pour le béton du méthaniseur », estime Sébastien Almagro.

Mystère sur le digestat

Après être passé dans le post-digesteur surmonté d’un dôme en bâche plastique, le biogaz chargé de méthane est transformé en électricité grâce à un générateur qui émet un perpétuel vrombissement. Il reste alors une quantité de déchets liquides et solides appelés « digestats », qui sont ensuite épandus dans les champs et les prairies. « On met des déchets à l’intérieur. Et par un coup de baguette magique, le digestat n’est plus considéré comme un déchet une fois passé dans le méthaniseur. C’est devenu un fertilisant. » Les cultures poussent mieux en déversant ce digestat, selon Maximilien Didier. Et cela lui permet de réduire l’épandage de produits phytosanitaires dans le sol.

Pourtant, le digestat est trop riche en azote ammoniacal, qui empêche le retour du carbone dans le sol. Mais aussi en oxyde d’azote, un gaz très polluant. Épandus dans le sol, ce déchet est accusé de polluer les nappes phréatiques. En août dernier, le préfet du Finistère a pris un arrêté de restriction d’usage de l’eau pour 50 communes, en raison d’une pollution à l’ammoniaque liée à la méthanisation. Compte tenu de la grande quantité de digestat, certains agriculteurs commencent même à épandre à plus de 100 kilomètres de chez eux. Pour l’écologie, on repassera. « Et puis, c’est tout simplement dangereux. Si la bâche qui recouvre le digesteur s’ouvre devant vous, vous êtes foutus. »

Pour nous faire avaler la pilule, l’État et les boîtes privées ont brandi l’argument écologique. « Si on produit du méthane, c’est pour économiser du CO2 normalement. Mais avec les petites fuites des méthaniseurs, on annule tous les bénéfices environnementaux. Fabriquer du biogaz nécessite de brûler beaucoup de CO2 avec les camions, les tracteurs, etc. » Une molécule de méthane pollue autant que 72 molécules de CO2. Aujourd’hui, nous avons le taux de méthane dans l’atmosphère le plus important depuis le début de l’humanité.

Pour en savoir plus ou lire la suite : Source | Lien vers l'article