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Océans : la France est-elle vraiment la championne de la protection des aires marines ?

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Publié le 29 juin 2022

ENVIRONNEMENT

La conférence de l’ONU sur les océans s’est ouverte à Lisbonne lundi 27 juin et Emmanuel Macron est attendu dans la capitale portugaise jeudi 30 juin. Aucune nouvelle annonce n’est prévue, mais le président de la République va rappeler que plus de 30 % des surfaces terrestres et marines françaises sont d’ores et déjà “protégées”. Or, selon plusieurs études, ces chiffres ne correspondent pas aux standards internationaux et pourraient baisser le niveau d’ambition des négociations internationales sur le sujet.

Après le One Ocean Summit, organisé à Brest en février dernier, c’est à Lisbonne qu’Emmanuel Macron va défendre son bilan, lors du Sommet mondial des Nations Unies sur les océans qui se tient jusqu’à la fin de la semaine. Le Président de la République, qui se veut exemplaire sur le sujet, devrait ainsi rappeler à la communauté internationale que la France a d’ores et déjà dépassé les 30 % de terres et mers protégés. C’est l’un des objectifs phares de la prochaine COP15 Biodiversité à l’horizon 2030. La France paraît donc bien en avance…

“Mais ce n’est que de la protection de papier”, s’insurge Elodie Martinie-Cousty, spécialiste Océans, mers et littoraux pour France nature environnement (FNE). “Sur les 34 % d’aires protégées annoncées par Emmanuel Macron, seules 4 % sont intégralement protégées. Et parmi ces 4 %, 2,5 % sont situées en terres australes et antarctiques françaises où l’activité humaine est moins forte. Les 30 % restants, c’est faux”, affirme-t-elle sans détour, préférant parler d’aires “gérées” plutôt que “protégées”. “Ce sont des zones où on peut par exemple avoir du chalutage profond très néfaste pour la biodiversité ou de l’extraction de granulats”, assure-t-elle.

“Privilégier la qualité à la quantité”

Selon une étude publiée en janvier 2021 par l’association, “rien qu’en 2018, on évalue à plus de 174 000 le nombre d’heures de pêches destructrices dans ces aires protégées, contre 235 000 en dehors”“Pour mettre fin à l’érosion de la biodiversité marine et accroître la résilience des océans face au changement climatique, les pressions engendrées par les activités humaines doivent être supprimées ou réduites au minimum dans au moins 10 % de chaque façade maritime et bassin ultramarin”, calcule Elodie Martinie-Cousty.

Or on en est très très loin, en particulier en métropole. À titre d’exemples, selon le CNRS, si 59 % des eaux françaises méditerranéennes sont dans des aires marines protégées (AMP), seules 0,1 % sont en protection haute ou intégrale ; de même, presque 40 % de la façade Atlantique-Manche-Mer du Nord est sous un statut d’AMP tandis que seulement 0,01 % reçoit une protection haute ou intégrale.

Couverture des differents niveaux de protections eaux francaises @CNRS

Couverture des différents niveaux de protection dans les eaux françaises © Joachim Claudet et Charles Loiseau

“Pourtant, toutes les études montrent que seules des protections intégrale ou haute apportent des bénéfices réels sur la biodiversité mais aussi sur l’économie. Les autres niveaux de protection plus faibles n’en apportent que très rarement, voire jamais. C’est pourquoi j’alerte depuis plus de dix ans sur le fait qu’il faut davantage pousser pour avoir des aires protégées de qualité plutôt qu’en quantité, mais ce n’est pas l’approche retenue“, explique Joachim Claudet, chercheur spécialisé dans les évaluations des AMP au CNRS, et co-auteur d’un guide des classifications des aires marines protégées.

“Risque de faire disparaître le concept de protection intégrale”

La France s’appuie sur la définition des aires protégées de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) reconnue au niveau international. “Mais elle n’applique pas forcément les normes mondiales de l’UICN”, pointe Jean-François Sys, chargé de mission biodiversité marine au Comité français de l’UICN. Ainsi, mi-avril, le gouvernement a publié un décret définissant les AMP sous “protection forte”, qui doit concerner 10 % du territoire français d’ici 2030.

Mais cette classification, inventée par la France, ne correspond à aucun standard et n’est pas du tout l’équivalent d’une protection intégrale ou haute. “C’est une définition qui est entièrement propre à la France et qui n’est reprise par aucun autre pays. Elle est ainsi assez éloignée de la “protection stricte” défendue par l’Union européenne qui correspond plus à une approche non interventionniste et vise à laisser les processus naturels non perturbés par les activités humaines”, précise Jean-François Sys.

L’association Bloom est immédiatement montée au créneau et a déposé un recours pour faire retirer ce décret. “Ce texte détruit la notion d’AMP et risque de faire disparaître le concept de protection intégrale, les zones dites de ‘no-take’ où l’ensemble des activités industrielles sont interdites et qui sont celles qui permettent le rétablissement le plus spectaculaire de la biodiversité et des habitats marins. Or, la France en tant que 2e puissance maritime mondiale a une influence majeure au niveau international“, explique Claire Nouvian, la fondatrice de Bloom.

Concepcion Alvarez @conce1

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