La COBEL Academy propose des Webinaires & Master Class

Orpea : Après le scandale, poursuite juridique sans que les rapports à charge soient rendus publics

https://www.novethic.fr/fileadmin/Ephad-personnes-agees-orpea-CCO.jpg
Ephad personnes agees orpea CCO

Publié le 28 mars 2022

La controverse spectaculaire autour des méthodes Orpea, entreprise cotée qui s’est spécialisée dans l’accueil des personnes âgées, rebondit avec la saisine du procureur pour “dysfonctionnements graves” par le gouvernement. Celui-ci ouvre ainsi la possibilité d’une suite judiciaire pour les deux inspections générales menées par des services spécialisées, mais refuse de publier leurs rapports au nom du secret des affaires.

La maltraitance des personnes âgées résidant dans ses Ehpad est à l’origine de la controverse qui a dynamité la réputation et les performances boursières d’Orpea. Mais c’est plutôt pour des raisons financières que le groupe pourrait être condamné. Les deux missions d’inspection menées par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l’Inspection générale de la justice (IGJ) ont abouti à deux rapports à charge dont Le Monde a pu consulter une synthèse. Détaillé en six chapitres, de l’organisation aux contrôles internes et externes du groupe, en passant par l’accompagnement des résidents et l’utilisation de l’argent public, il confirme le contenu du livre de Victor Castanet “Les Fossoyeurs”. Les deux services d’inspection considèrent qu’Orpea “poursuit en priorité un objectif de performance budgétaire qui contribue à la mauvaise qualité de vie des résidents et des soins qui leur sont prodigués“.

Mais c’est le volet financier des rapports qu’a mis en avant Brigitte Bourguignon, la ministre déléguée chargée de l’Autonomie, samedi 26 mars. Elle a expliqué sur France Inter que le gouvernement allait demander le remboursement des dotations publiques accordées au groupe parce qu’elles auraient été détournées de leur destination. Cela concernerait des dizaines de millions d’euros liés à l’instauration de “vases communicants” entre les dotations publiques d’Orpea, qui financent les parties soins et dépendance de l’activité, et son activité hôtelière sur laquelle elle devait réaliser les bénéfices qui faisaient d’elle une entreprise financièrement attractive. Enfin cela c’était avant 2022.

Tentative de défense

Orpea a bien tenté début février de publier des informations rassurantes sur sa santé financière, en soulignant que son “taux d’occupation” avait progressé en 2021. Celui-ci doit dépasser 85 % pour qu’un Ehpad soit rentable. Or la très mauvaise réputation d’Orpea risque de faire fuir non seulement les résidents et leurs familles, mais aussi les banquiers et les investisseurs. Une condamnation pour détournement de fonds publics achèverait de fragiliser un groupe déjà très ébranlé dont on ne voit pas très bien comment il va pouvoir reconstruire sa réputation.

Dimanche 27 mars, le PDG d’Orpea Philippe Charrier a tenté dans une interview au Figaro de défendre son groupe. Il a présenté ses excuses aux résidents et à leurs familles, reconnu certains dysfonctionnements, mais nié certaines accusations des rapports. Il soutient qu’Orpea n’a pas enfreint la loi. Cela suffira-t-il à calmer la nouvelle polémique ouverte par le choix du gouvernement de ne pas publier les rapports, ce qu’il avait initialement promis, au nom du secret des affaires ? Victor Castanet, le journaliste auteur du livre “Les Fossoyeurs”, rappelait à la suite de cette décision gouvernementale que l’argument du secret des affaires lui a été opposé tout au long de ses trois années d’enquêtes. “De nouveau, cette notion floue protège un groupe privé au détriment de l’intérêt général. De quel droit on cacherait des informations sur une utilisation contestable de l’argent des Français ?“, ajoute-t-il.

Anne-Catherine Husson Traore, @AC_HT, directrice générale de Novethic

Pour en savoir plus ou lire la suite : Source | Lien vers l'article

Les dernières publications :