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Ouïghours : Pourquoi la France ne boycotte pas les Jeux Olympiques de Pékin

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Publié le 10 décembre 2021

Alors que plusieurs grandes puissances comme les États-Unis et le Royaume-Uni ont décidé de boycotter diplomatiquement les Jeux olympiques d’hiver de Pékin en raison de la persécution de la minorité musulmane ouïghoure, Emmanuel Macron juge ce geste “petit et symbolique” et préfère se coordonner avec l’Union européenne. Or une décision unanime des 27 paraît utopique tant les positions diffèrent. 

C’est une question qui était en suspens depuis des mois et les États-Unis viennent de trancher : la Maison Blanche a annoncé le 6 décembre n’envoyer aucun représentant diplomatique aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de Pékin en raison du “génocide et des crimes contre l’humanité en cours au Xinjiang”. Les Américains font ici allusion au sort de la minorité musulmane ouïghoure persécutée en Chine. Plus d’un million d’entre eux seraient internés dans des camps de travail forcé, subissant des humiliations quotidiennes. Une étude de la Jamestown Foundation révèle également une politique de stérilisation forcée visant cette communauté, confirmant les témoignages des rescapées. 

En étant présente, “la représentation diplomatique, traiterait ces Jeux comme si de rien n’était, malgré les violations flagrantes des droits humains et les atrocités de la Chine au Xinjiang. Et nous ne pouvons tout simplement pas faire cela”, a expliqué la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki. Depuis cette annonce, de nombreux pays ont rejoint la position des États-Unis. Les Australiens, les Britanniques, les Canadiens participent désormais au boycott diplomatique. La France, très attendue sur ce sujet, est restée muette jusqu’au 9 décembre. Lors d’une conférence de presse destinée à exposer le programme de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, le président Emmanuel Macron a qualifié de “toute petite et symbolique” cette décision. 

“Les Jeux de la honte”

“Il faut être clair, soit on fait un boycott complet, on n’envoie pas d’athlètes, soit on essaie de réengager les choses et d’avoir une action utile”, ajoutant que la France “appréciera l’évolution de la situation en lien avec les autres Européens, avec le CIO (Comité international Olympique, NDLR)” explique le Président. Une décision décriée par l’eurodéputé Raphael Glucksmann qui porte ce sujet sur la scène internationale depuis des mois. “Les millions de Ouïghours déportés, parqués dans des camps, réduits en esclavage apprécieront la solidarité… Évidemment que les officiels français et européens doivent boycotter les Jeux de la honte. Quand on est démocrate, on ne fait pas la fête à l’ombre des camps”, a-t-il écrit sur Twitter.

La France n’a donc pas encore de position définie sur le sujet, attendant d’en discuter avec les 27 chefs d’États de l’UE qui se réuniront lors du Conseil européen des 16 et 17 décembre prochains. Mais les discussions s’annoncent tendues, tant les positions entre les pays diffèrent. Une position unanime paraît impossible alors que la Hongrie par exemple entretient des liens très étroits avec la Chine. La situation est d’autant plus compliquée que Pékin a déjà annoncé des représailles pour tout pays boycottant ses JO.

Les sponsors sous pression

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Wenbin a expliqué que les pays réfractaires “paieront le prix” de leur décision. Or la force de frappe chinoise est importante. Les géants de la mode ont pu le constater. En avril, poussées à bout par les ONG et la société civile, plusieurs marques décident ne plus s’approvisionner en coton du Xinjiang. Alors qu’en août 2020, 180 ONG calculaient qu’un vêtement en coton sur cinq vendus dans le monde était lié au travail forcé des Ouighours, Nike, H&M, Zara… font le ménage dans leur chaîne d’approvisionnement. Résultat : la Chine dégaine l’arme du boycott, les ventes plongent, H&M perd 40 % de ses revenus dans le pays

L’enjeu est donc de taille, notamment pour les sponsors privés des JO. Human Rights Watch les a déjà appelés à faire pression sur le respect des droits humains. Intel, Samsung, ou encore Airbnb se sont engagés à travailler dans le respect des droits humains et à faire preuve de transparence en la matière. L’assureur Allianz aurait, lui, décidé de réduire considérablement sa communication autour des JO. “Être visible, précisément en ce moment, n’a guère de sens”, a expliqué un responsable de l’assureur allemand au quotidien Frankfurter Allegemeine Zeitung.

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