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Ouïghours : une enquête ouverte contre quatre géants de l’habillement pour “recel de crimes contre l’humanité”

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Publié le 02 juillet 2021

GOUVERNANCE D’ENTREPRISE

Zara, Uniqlo, Sandro, Maje… Ces marques ont-elles profité du travail forcé des Ouïghours pour la production de leurs vêtements ? C’est ce que va essayer de déterminer le Parquet national antiterroriste qui mène une enquête pour “recel de crise contre l’humanité” visant quatre géants du textile en France. Une enquête qui fait suite à la plainte de plusieurs ONG, en avril dernier.

Ce sont des poids lourds de l’habillement. Inditex, qui détient les marques Zara, Bershka ou encore Massimo Duti, Uniqlo France, le chausseur de sport Skechers et SMCP dont Sandro, Maje ou encore De Fursac font partie, sont au cœur d’une enquête pour “recel de crimes contre l’humanité” ouverte par le Parquet national antiterroriste. Cette enquête fait suite à une plainte, déposée en avril dernier par trois ONG, l’association Sherpa, le collectif Éthique sur l’étiquette, l’Institut ouïghour d’Europe ainsi qu’une femme ouïghoure ayant été internée dans la province du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine.

Depuis plus de deux ans maintenant, les défenseurs des droits humains accusent la Chine de persécuter la minorité musulmane ouighoure. Plus d’un million d’entre eux seraient internés dans des camps de travail forcé. Il y a un an, 180 ONG avaient publié un rapport dans lequel elles évaluaient qu’environ un vêtement en coton sur cinq vendus dans le monde contenait du coton ou du fil venu du Xinjiang qui serait lié au travail forcé des Ouïghours. Pour les plaignants, la question est de savoir si les grands noms de l’habillement ont profité du travail forcé de cette communauté persécutée. 

“Depuis 2019 au moins, journalistes et chercheurs ont mis au jour l’existence d’un travail forcé systématisé dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang par le gouvernement chinois, dans laquelle est produit près de 20 % du coton mondial”, écrivent les associations plaignantes. “Pourtant, d’après les informations publiques disponibles à ce jour, les sociétés Inditex, Uniqlo, SMCP et Skechers ainsi que de nombreuses autres sociétés transnationales, continueraient d’y sous-traiter une partie de leur production ou de commercialiser des biens utilisant du coton produit dans la région, se rendant complices des graves crimes qui y sont perpétrés”, ajoutent-elles. 

“Les multinationales ont longtemps été au-dessus des lois”

Les associations ont reçu le soutien de l’eurodéputé Raphael Gluksmann qui se mobilise depuis des années sur cette question. Selon lui les marques accusées risquent “des amendes records et des poursuites pénales”. “Les multinationales ont longtemps été au-dessus des lois, nous devons leur montrer que le droit s’applique à tous, même aux plus puissants et aux plus riches. Cette enquête est un moment clé d’un combat plus vaste. Une étape cet automne : le devoir de vigilance européen”, écrit l’eurodéputé sur Twitter.

Le Parlement a en effet adopté le 10 mars un texte ambitieux sur le devoir de vigilance, sous l’inspiration de la France qui est le premier pays à avoir adopté une loi obligeant les entreprises à prévenir les risques sociaux, environnementaux et de gouvernance liée à leurs chaînes de sous-traitance. La Commission européenne devrait proposer de nouvelles règles en ce sens d’ici la fin de l’année mais les entreprises mènent une campagne de lobbying intense pour faire obstacle au projet.

C’est ce que rapporte une coalition d’ONG dont les Amis de la Terre et deux organisations européennes, l’ EECJ (European Coalition for Corporate Justice) et l’Observatoire européen des entreprises, qui ont publié une enquête montrant comment les entreprises luttent pour la judiciarisation de leur responsabilité et poussent vers des démarches volontaires pour mieux choisir leur mode d’action. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP

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