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Pénurie de carburant : pourquoi le partage de la valeur est au cœur du conflit

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station essence total vide fermee hauts de seine 051022 ACHT

Publié le 11 octobre 2022

Alors que l’approvisionnement des stations-services est très perturbé, la CGT de TotalEnergies a annoncé la poursuite de la grève et l’extension du mouvement. Les salariés mécontents réclament une hausse de 10% des salaires après les profits records réalisés par le secteur. De son côté, la direction de TotalEnergies propose d’avancer les négociations, à condition que les grévistes lèvent les piquets de grève. Dans le contexte actuel de tensions sociales, le bras de fer n’est pas une fatalité : d’autres grands groupes ont opté pour une meilleure répartition des richesses.

Des automobilistes désemparés forment des files d’attente interminables devant des stations-services pour espérer obtenir le précieux carburant. En effet, près d’un tiers des pompes à essences rencontrent des problèmes d’approvisionnement en France avec des perturbations importantes dans le Pas-de-Calais où 60% des stations-services sont touchées, dans le Nord (56%), et l’Île-de-France (45%), selon le ministère de la Transition énergétique à 15h dimanche 9 octobre 2022. La situation va continuer à se détériorer puisque la CGT et la direction de TotalEnergies n’ont pas ouvert les négociations, et qu’elles ont échoué dans les deux raffineries françaises du groupe Esso-ExxonMobil. Le mouvement a été reconduit pour au moins 24 heures et étendu à une quinzaine de stations-service.

Les salariés entament ainsi leur deuxième semaine de mobilisation pour réclamer des hausses de salaires de 10%. Ils estiment que 7% de hausse servirait à compenser l’inflation, mesurée en France à 5,6% sur un an en septembre, et que les 3% supplémentaires permettraient de mieux partager la richesse. Les partenaires sociaux rappellent que le géant de l’énergie a engrangé 10,6 milliards de dollars de bénéfice au premier semestre 2022 et 15 milliards de profits en 2021. TotalEnergies a par ailleurs versé près de 8 milliards de dividendes, contre 9 milliards de salaires. “Il doit y avoir un partage de la valeur pour les salariés“, affirme Emmanuel Lépine, secrétaire général FNIC-CGT, sur RTL.

TotalEnergies a accordé une hausse moyenne de 3,5%

D’autant que sur l’année 2022, les mesures salariales ont permis une hausse moyenne de 3,5%. “Depuis le mois de mars, il y a eu des demandes de renégociation avec TotalEnergies et ExxonMobil. Il y a eu des grèves préventives, en juin, de 24 heures, et en juillet de 48 heures. Mais [depuis] septembre on est obligés de se mettre en grève compte tenu de l’immobilisme de la direction”, explique Emmanuel Lépine. “TotalEnergies essaie d’imposer une suspension de la grève avant toute réunion de négociation et donc avant toute proposition d’augmentation salariale. Cette tentative est perçue comme un chantage par la CGT et ne garantit en rien la satisfaction des revendications exprimées et donc la reprise du travail“, a estimé le syndicat.

De son côté, le groupe propose d’avancer d’un mois, soit en octobre, les négociations annuelles sur les salaires, à condition que les grèves dans plusieurs raffineries et dépôts de carburants prennent fin. Le groupe a par ailleurs dévoilé les rémunérations moyennes de l’entreprise, rappelant que les salariés français du Socle Social Commun de TotalEnergies avaient “bénéficié en 2022 d’un Intéressement-Participation moyen aux résultats de l’entreprise de 9 108 euros”. Le groupe ajoute dans un communiqué que “la rémunération mensuelle moyenne d’un opérateur de raffinerie de TotalEnergies en France en 2022 est de 5 000 euros par mois, Intéressement-Participation compris (4 300 euros par mois hors intéressement)“.

Un conflit social alimenté par la hausse du salaire du patron

Emmanuel Lépine s’étonne de ces déclarations. Au micro de RTL, il avoue “ne pas savoir d’où sortent ces chiffres. Ça ne correspond absolument pas aux feuilles de paye qu’on a chez Total et ExxonMobil”, proteste-t-il. Il déplore le fait que la direction évoque uniquement le salaire moyen qui est nécessairement tiré par les rémunérations des dirigeants dont celle de “Mr Pouyanné qui est supérieure à 10 millions d’euros par an” après une augmentation de… 52% en un an, rappelle le représentant syndical. Une hausse qui motive les salariés mobilisés.

D’autres groupes ont fait des choix différents. Ainsi, Michelin a décidé de procéder à deux augmentations cette année 2022, en mai et en juillet, ce qui représente plus de 5% de hausse en moyenne. Air France a de son côté accordé une hausse de salaire de 5% à tous ses salariés, assortie d’une prime de 1 000 euros. Par ailleurs, LVMH a annoncé le versement d’une prime comprise entre 1 000 et 1 500 euros tout comme la Macif, La Poste ou encore Bouygues. Reste à savoir si les gestes de ces entreprises seront suffisants dans un climat social très tendu.

Mathilde Golla @Mathgolla

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