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Poète à roulettes

À bord de son fidèle triporteur, l’artiste cycliste Philippe Séranne arpente la campagne avec son piano-vélo. Une tournée sans gaz à effet de serre, pour rencontrer de nouveaux mélomanes dans de nouveaux lieux alternatifs. Récit de quelques coups de pédales partagés dans la Drôme.

Si vous croisez un jour sur un coin de route paumée, un escargot qui pédale avec son piano sur le dos, n’appelez pas la police et allez lui causer. Il pourrait bien s’agir de l’artiste Philippe Séranne. L’hurluberlu promène en journée son instrument sur le bitume. Et chaque soir, il déclame ses chansons politiques devant une nouvelle assistance. « Grâce au vélo, on crée tout de suite une performance poétique et technique. L’idée déclenche une sympathie énorme chez les gens », explique-t-il. En juin dernier, il a entamé sa troisième tournée en biclou avec pas moins de 23 dates saupoudrées dans le sud-est de la France. Séranne s’est déjà baladé dans le Dévoluy, le Champsaur, le Vercors et le Royans. « Le Tour de France, j’y suis pas encore, mais j’ai déjà fait plus de 1000 bornes. »
Après avoir « joué quelques conneries sur le piano » pendant le repas à Aouste-sur-Sye dans la Drôme, il enfourche son triporteur pour rejoindre sa prochaine étape. Ce soir, il joue dans une chèvrerie à Saoû, vingt kilomètres plus loin. Avant de voguer vers les contreforts du Diois. Toujours à la force des mollets… et de ses deux batteries électriques. « Une tournée pour un saltimbanque, ce n’est pas le plus passionnant, quand tu prends l’autoroute, que tu te tapes les bouchons… Mais là, à vélo, c’est de la poésie continue. On peut se déplacer et jouer du piano en dépendant très peu d’argent et d’énergie. Bon, il y a quand même quelques kilowatts. Je bouffe un peu de plutonium et de soleil, mais c’est quand même à contrepied du système dominant ! »

« Lent, léger et local »

Le pianiste Séranne a très vite pris les chemins de traverse par rapport au circuit musical classique. Ses chansons de révolté ne passent pas à la radio. Et il était évident pour lui d’aller jouer ailleurs que dans les théâtres. L’idée lui vient alors de battre la campagne dans d’autres lieux, sans être tributaire des salles conventionnelles de spectacle. « Si on recrée nos propres filières en allant tout droit vers les mélomanes et les amateurs de poésie, on supprime les intermédiaires. On fait de la vente directe. Comme les paysans qui ont repris la main sur ce que l’on bouffe. En fait, je suis comme eux : un petit producteur de poésie, s’amuse-t-il. Avec le vélo, c’est lent, léger et local. »
Dans la forêt de Saoû, il pose le pied à terre et s’installe derrière lestouches. Avec le voyage, les notes se dérèglent. Il faut régulièrement accorder le piano. Et vérifier la monture.

140 kilos de piano

Ce triporteur chinois lui a été offert par un ami du camping de Veynes, son village des Hautes-Alpes. « Au début, il ne m’a causé que des emmerdements. J’avais des problèmes dans les côtes pour grimper et dans les descentes pour freiner. » Après avoir cramé les contrôleurs électriques, l’artiste a rajouté un moteur de renfort pour les côtes. « Mais au-delà de 10 % de pente, je galère à nouveau. Balader son piano sur un triporteur, c’est pas si facile. » Après ces quelques péripéties pleines de cambouis, Séranne a lancé un financement participatif pour s’acheter un nouveau tricycle cargo électrique d’occasion, fabriqué dans les Vosges. Pour éviter de finir dans le décor, l’artiste a besoin de 7 000 euros (1) et en a déjà récolté la moitié. Alors : sauvez un pianiste, achetez un tripoteur.

Avec le poète sur la selle, l’engin ne pèse pas loin de 400 kilos. Sur le plateau en métal situé à l’arrière de la bicyclette, un vrai petit piano avec 6 octaves au lieu de sept, « mais c’est quand même un vrai avec tout ce qu’il faut à l’intérieur ». La bête de 140  kilos est un piano Klein vert, avec la table d’harmonie salement amochée, des autocollants et des slogans comme « Rien n’arrête un peuple qui pense » ou « Un autre moment est possible ». Et même un croc de brebis, lors d’un concert en bergerie. Pour jouer debout, Séranne a même prolongé la pédale du piano avec de la ficelle destinée à lier les bottes de paille. « Comme ça, on reste paysans », sourit-t-il.

Bœuf dans les gorges

Le plus clair de son temps, Séranne pédale tout seul. Parfois, le poète s’arrête près d’un bois ou dans un café pour jouer quelques morceaux. « Je suis bien plus disponible aux autres. À Herbouilly dans le Vercors, deux cyclistes se sont arrêtés, intrigués par le machin, ça permet les rencontres. » À Barles dans les Alpes-de-Haute-Provence, Séranne a vécu « son plus beau moment poétique à vélo » en collectif.

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