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Polytechnique, Sciences Po, AgroParisTech : comment la remise des diplômes, vitrine des grandes écoles, est devenue politique

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Publié le 27 juin 2022

ENVIRONNEMENT

Plus aucune remise de diplômes ne se déroule désormais sans un appel fort des jeunes à répondre à l’urgence climatique. Ce week-end, les étudiants de Sciences Po et Polytechnique n’ont pas manqué cette opportunité. Un “processus de politisation” de plus en plus présent dans les grandes écoles où la remise de diplômes est un vrai symbole, une vitrine des établissements. Et le “soufflet n’est pas prêt de retomber”, affirme le doctorant en sociologie Antoine Bouzin.

C’est devenu un rituel désormais incontournable dans les grandes écoles. Après AgroParisTech et HEC il y a quelques semaines, c’est au tour des nouveaux diplômés de Polytechnique et Sciences Po de prendre position. Le vendredi 24 et le samedi 25 juin, les promotions de l’X des années 2015, 2016, 2017 dont la remise de diplômes a été décalée à cause du Covid-19, ont appelé à rompre avec “l’immobilisme climatique”. “Même si nous, polytechniciens, sommes bercés dans une foi en la rationalité en la science et la technique, nous voyons bien qu’il n’y aura pas de solution miracle, que la technologie ne va pas nous sauver“, a déclaré une polytechnicienne montée sur l’estrade. 

Pour la promotion 2015, parrainée par TotalEnergies, le symbole est encore plus puissant. Lorsque la vidéo de félicitations du directeur général de la major pétrolière, Patrick Pouyanné, a été diffusée dans l’amphithéâtre, une partie des élèves ont tourné le dos et sifflé leur parrain. Une rébellion de taille pour celles et ceux qui constituent les futures élites du pays. “Nous appelons la communauté polytechnicienne, et surtout les anciens élèves de l’X, qui sont aujourd’hui en poste, à prendre conscience de l’urgence écologique et à agir”, demande Angel Prieto, de la promotion 2016.

Le directeur de Sciences Po prend les devants

Le même jour, c’était à Sciences Po que se déroulait la remise des diplômes. Et là aussi, les appels à “sortir du déni” n’ont pas manqué. “Alors que nous devons changer radicalement de système politique, économique et culturel, nos formations aussi doivent s’adapter, au risque de contribuer elles-mêmes au problème”, a déclaré à la tribune Marine Le Gloan, diplômée de l’école urbaine. 

Évènement rare, Mathias Vicherat, directeur de l’Institut, a lui-même cité le rapport du Giec et appelé les nouveaux diplômés à se “saisir” de leur “avenir”. “Chacun dans vos domaines, si vous êtes journalistes pour contrer les vérités alternatives et redonner à la science sa place dans le débat public, que vous soyez dans une entreprise pour faire de la RSE non pas un ornement de communication mais une vraie matrice du changement. Que vous soyez chercheur, enseignant, pour repousser les limites de la connaissance et nous apprendre à regarder le monde autrement” a-t-il lancé. 

Si Mathias Vicherat a pris les devants, c’est qu’il ne pouvait pas éviter la lame de fond qui traverse l’ensemble des grandes écoles. “On observe un processus de politisation. Les remises de diplômes deviennent un lieu d’expression, c’est le seul moment où les diplômés ont un relais médiatique et publique”, explique Antoine Bouzin, doctorant en sociologie à l’université de Bordeaux.

“Les remises de diplômes deviennent un lieu d’expression”

Depuis le début de l’année, les prises de parole publique des étudiants se sont multipliées. Début mai, les étudiants d’AgroParisTech ont lancé un appel à la “désertion”. “Nous ne nous considérons pas comme les talents d’une planète soutenable”, déclaraient les “ingénieurs qui bifurquent“. Mi-juin, c’était au tour des “rebelles” de la grande école de commerce HEC de faire leur révolution.

“Il y une vraie repolitisation du travail même si les mises en langage sont différentes. Certains évoquent la désertion quand d’autres préfèrent changer les entreprises de l’intérieur”, décrypte Antoine Bouzin. Reste le risque d’une banalisation de ces discours de plus en plus présents et critiqués dans l’espace médiatique. “Je ne pense pas que le soufflet retombera. Il y a une vraie dynamique d’accompagnement des collectifs qui soutiennent ces prises de parole“, affirme Antoine Bouzin.

Et de fait, entre La Bascule, Pour un réveil écologique, Les Ingénieurs engagés, Alumni for the planet… les collectifs se sont multipliés ces dernières années et leur influence s’est accrue. “Toutes les occasions d’avoir une attention médiatique sont bonnes. Plus aucune remise de diplômes ne se déroule sans prise de position forte sur l’urgence écologique, c’est un vrai mouvement de fond”, estime Angel Prieto, de la promotion 2016 de l’X.

Marina Fabre Soundron @fabre_marina

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