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Pour améliorer la performance de votre entreprise, maîtrisez vos données ESG

Chroniques d’experts

Chaire Capgemini, Stratégie

Le 07/12/2022

ESG

© Getty Images


Temps de lecture : 7 minutes

La réduction des émissions de carbone est encore trop souvent perçue comme une contrainte, alors qu’elle est aussi une source d’amélioration de la performance et de la compétitivité. Pour chaque entreprise, cela passe par une meilleure connaissance de ses données ESG sur l’ensemble de sa chaîne de valeur et par la capacité d’aller au-delà du reporting de données. En résumé, vous devez créer une « intelligence net zéro » au cœur de votre organisation.

Comment faire d’un défi une opportunité ? Si la grande majorité des organisations ont conscience de la valeur que représentent les données sur les émissions carbone (85%), la moitié ne se considère pas suffisamment bien équipées pour exploiter ces données et orienter à dessein la prise de décision, comme le relève le rapport du Capgemini Research Institute. Les organisations utilisent principalement les données sur les émissions carbone pour leur reporting annuel, et rarement pour améliorer leur performance. Or, selon cette même étude, celles qui ont intégrées les données sur leurs émissions de CO2 dans leurs processus décisionnels ont réduit leurs émissions de 4,6% par an.

De la nécessité d’une démarche transverse

1 300x122 1“L’intelligence net zéro” ne doit pas se limiter à du reporting, elle doit être capable de construire une vision globale du cycle de vie d’un produit, des premiers fournisseurs aux clients finaux et au-delà, jusqu’au recyclage. Cette gestion des données, au-delà du périmètre de l’entreprise, va produire un nouvel avantage compétitif. Comment l’analyse de ces données peut-elle concrètement contribuer à améliorer les performances ? Plusieurs exemples permettent de s’en rendre compte. A l’heure où les coûts énergétiques augmentent fortement, connaître les données liées aux coûts de transport induits (nombre de kilomètres, type de transport, capacité de chargement et de carburant utilisés…) permet d’optimiser tant les circuits d’approvisionnement, le remplissage de vos tournées que les circuits de distribution, et d’être ainsi plus compétitif. Autre illustration : un produit ayant un coût inférieur peut avoir une fiabilité moindre, nécessitant un remplacement plus fréquent, entraînant un impact négatif en aval. Analyser simplement l’amont ne permet donc pas d’optimiser réellement les coûts. Comprendre comment un produit est utilisé sur le terrain relève également de l’approche “net zéro” : combien de temps reste-t-il en rayon, comment parvient-il jusqu’à l’utilisateur, de quelle manière s’en sert-il, qu’advient-il de lui lorsqu’il arrive en fin de vie ?

Mettre en place une organisation ESG et des solutions adaptées

Afin de tirer parti de ce gisement de valeur, il convient de mettre en place une organisation et des moyens adaptés. Aujourd’hui, les entreprises continuent, en majorité, à gérer leurs données en silo : fournisseurs, production, clients… En outre, dans beaucoup d’organisations, les services en charge de la RSE entretiennent encore assez peu de relations avec la direction informatique et les responsables de la data. Ils réalisent leurs propres reportings, avec des outils spécifiques (le plus souvent de façon manuelle) et des processus lents et coûteux. Or l’intelligence net zéro est un domaine transverse, elle nécessite de consolider et de concilier l’ensemble de ces données. S’appuyer sur une architecture de données et de solutions pour permettre d’assurer le reporting et l’amélioration de la performance demeurent des éléments clé de succès. Intégrer dans la gouvernance ESG les équipes en charge des données et s’appuyer sur les plateformes existantes de l’organisation va permettre la mise en place d’entrepôts de données environnementales. Celle-ci doit se faire en respectant des normes de qualité et des formes d’industrialisation afin de permettre à la fois de créer un climat de confiance et d’assurer une diffusion multiple aux décideurs au sein des différentes fonctions de l’entreprise. Aujourd’hui, seules 11% des entreprises ont une approche pilotée par les données ou sont outillées pour être en mesure de le faire. Et lorsque c’est le cas, très souvent les solutions techniques existantes ne sont pas transverses et ne concernent que certaines fonctions de l’entreprise.

Mettre en place cet entrepôt central de données net zéro est une démarche progressive. La première étape consiste à automatiser la saisie et le traitement des données pour améliorer la qualité et la pertinence des reportings. Cette maîtrise des données permettra ensuite de mieux les diffuser au sein de l’entreprise et de développer une culture de prise en compte de ces informations dans le processus de décision. Les organisations doivent s’assurer que les salariés, à tous les niveaux, sont à même de jouer leur rôle pour atteindre les objectifs de neutralité carbone qui ont été fixés, ce qui nécessite un investissement en termes de sensibilisation et de formation. Actuellement, les entreprises ne sont malheureusement que 7% à consentir cet investissement.

On peut citer plusieurs exemples d’initiatives qui ont abouti à des résultats concrets. Comme celui de L’Oréal qui évalue l’empreinte carbone et les autres impacts environnementaux et sociaux de ses produits, tout au long de leur cycle de vie, pour améliorer la phase de conception au niveau des fonctions R&D. Bosch, pour sa part, collecte près de 10 000 points de données à partir des machines connectées dans son usine de Hambourg, ce qui lui permet d’améliorer son efficacité énergétique avec, à l’arrivée, une réduction des émissions de CO2 de 5000 tonnes et une économie de 2,4 millions d’euros par an. Enfin, Schneider Electric a lancé une initiative pour mesurer et optimiser l’empreinte environnementale de ses systèmes informatiques. La réduction de l’empreinte carbone est désormais un critère clé dans la sélection des fournisseurs informatiques. Grâce à cette intégration de nouvelles données, Schneider Electric a réduit de 50% l’empreinte carbone des nouveaux ordinateurs.

Développer le partage de données avec son écosystème est le levier de performance le plus important

Il faut aller plus loin que la seule gestion des données internes de l’entreprise. Pour que la démarche de « l’intelligence net zéro » soit efficace, elle doit être envisagée pour toutes les parties prenantes qui interviennent sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Cela va permettre d’augmenter le capital social de votre organisation. Comment être sûr que votre prestataire le moins cher n’est pas celui qui génère les coûts les plus élevés en termes de service après-vente ? Seules 24% des entreprises interrogées ont déclaré être conscientes (de « moyennement » à « très » conscientes) de quels fournisseurs étaient responsables de l’essentiel de leurs émissions ; moins d’un tiers mesurent les émissions liées à l’achat de biens et de services ; et seules 27% mesurent celles liées à l’utilisation des produits vendus. Actuellement, un tiers (32%) des organisations disent participer à des initiatives de partage des données sur les émissions avec des entités de leur écosystème, telles que des ONG, des fournisseurs, des clients et même des concurrents.

D’où la nécessité de mettre en place des « écosystèmes de données », c’est-à-dire des partenariats entre plusieurs institutions et des technologies pour partager ces données. Dans un autre rapport du Capgemini Research Institute, dédié aux écosystèmes de données, les 11% des organisations qui s’engagent déjà dans des systèmes de données collaboratifs poussés affichent une amélioration de 9% de leurs revenus et un doublement de leur capitalisation boursière. Des initiatives intéressantes ont déjà vu le jour dans certains secteurs, comme Catena-X, qui se présente comme le premier écosystème collaboratif de données ouvertes pour l’industrie automobile du futur. Il compte plus de 120 membres, venant de l’ensemble de la chaîne de valeur automobile, avec un objectif commun : un échange mondial et standardisé de données. Concernant plus spécifiquement les émissions carbone, cette initiative a pour objectif de créer des indicateurs qui visent à documenter les données d’émissions et leur méthodologie afin de les rendre comparables au sein de l’industrie automobile.

Les écosystèmes de partage de données sont incontournables pour maîtriser le Scope 3 et l’ensemble de la chaîne de valeur. En vous posant ces questions, vous vous attaquez non seulement à la réduction de l’impact sur notre planète mais vous accédez dans le même temps à de nouvelles données qui vous permettent de mieux comprendre le coût global de vos produits et services, et devenir ainsi plus compétitif et performant.

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