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Pour la première fois dans l’histoire de Starbucks, les salariés créent un syndicat

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Publié le 14 décembre 2021

C’est inédit. Aux États-Unis, deux établissements Starbucks situés dans l’État de New York viennent de voter pour la création d’un syndicat, malgré le rejet du groupe. Un mouvement qui pourrait se répandre comme une traînée de poudre chez le géant du café mais aussi chez d’autres groupes réfractaires au syndicalisme comme Amazon, qui fait face à une montée en puissance du sujet depuis quelques mois.

Cela n’a l’air de rien vu de France. Et pourtant c’est une petite révolution qui vient de se jouer dans les locaux de deux cafés Starbucks dans la ville de Buffalo aux États-Unis. Les employés de la chaîne américaine ont remporté une victoire historique le 9 décembre en votant pour la création d’un syndicat dans leurs établissements. “C’est l’aboutissement d’un long chemin”, a réagi Michelle Eisen, employée depuis plus de onze ans dans le café en question, avenue Elmwood. La bataille a été tellement dure, raconte-t-elle, “avec tout ce que Starbucks nous a jeté à la figure”.

Le géant du café n’a jamais toléré de syndicat sur le sol américain. Quelques semaines après le lancement de la mobilisation syndicale, le groupe a annoncé plusieurs mesures comme le relèvement de son salaire minimum ou une meilleure prise en compte de l’ancienneté. Mais il a aussi, selon les organisateurs de la campagne, déployé les grands moyens pour tenter de convaincre les employés de voter non, envoyant notamment un bataillon de cadres dans la région.

“Cela pourrait déclencher une vague au sein de l’entreprise”

La compagnie continue d’estimer que les conditions de travail qu’elle propose ne justifient pas la création d’un intermédiaire entre les salariés et la direction. Mais “elle respecte le droit de (ses) partenaires à former un syndicat”, a indiqué une représentante de l’entreprise. Si le groupe est si inquiet c’est qu’il craint que ce mouvement ne se répande comme une traînée de poudre au sein du groupe. “Cela pourrait déclencher une vague au sein de l’entreprise”, confirme à l’AFP Cédric de Leon, professeur de sociologie à l’université Massachusetts Amherst. L’évènement est tel que les salariés ont reçu des soutiens de poids à l’aile gauche du parti démocrate tel Bernie Sanders, ancien candidat à la primaire et Alexandria Oscario-Cortez, l’étoile montante du parti.

La position de Starbucks n’est pas un cas isolé. Chez Amazon, les tentatives de syndicalisation ont été mises à rude épreuve par le géant de l’e-commerce. À tel point que le 29 novembre, l’agence américaine en charge du droit du travail (NLRB) a ordonné la tenue d’un nouveau vote dans un entrepôt d’Amazon en Alabama, estimant que le groupe avait enfreint les règles lors du scrutin qui avait eu lieu en avril dernier. Le syndicat RWSU accusait en effet Amazon de “comportement illicite”. 

Amazon sous pression

La conclusion du NLRB “confirme ce que nous disions depuis le début – que l’intimidation et l’ingérence d’Amazon ont empêché les travailleurs d’avoir leur mot à dire quant à savoir s’ils voulaient un syndicat sur leur lieu de travail”, a réagi côté Stuart Appelbaum, président du syndicat, dans un communiqué. Le groupe n’a pour l’instant pas réagi mais le vote d’avril dernier, qui s’était soldé par un échec pour les salariés désirant un syndicat, avait dans tous les cas mis à mal le groupe de Jeff Bezos et jeté une lumière crue sur les conditions de travail des employés. 

Si ces mouvements parviennent aujourd’hui à émerger, c’est que la situation a changé aux États-Unis. Un phénomène de “Grande démission”, bien à l’inverse de ce que prédisaient nombre d’experts, est en train de se jouer. Au mois d’août, 4,3 millions d’Américains, soit plus de 3 % des salariés du secteur privé ont démissionné, un record. La dynamique du marché est donc favorable aux employés. “Le pouvoir de négociation des salariés est très élevé en ce moment”, explique à l’AFP Cédric de Leon. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina avec AFP

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