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Pour une performance qui « compte »

Chroniques d’experts

Stratégie

Le 24/06/2022

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Temps de lecture : 7 minutes

Qu’est-ce qui fait qu’une entreprise affiche une performance plus élevée qu’une autre ?

Le Forum digital qui s’est tenu les 9 et 14 juin est un jalon important en vue du 14e Global Peter Drucker Forum, les 17 et 18 novembre 2022, en présentiel à la Hofburg, le Palais impérial de Vienne, en Autriche. Un fil rouge lie ces deux événements : la question de la performance qui compte (« Performance that matters », thème du Forum 2022). Aujourd’hui encore, c’est un défi que de faire décoller la performance d’une entreprise, qui plus est dans le monde de plus en plus complexe qui est le nôtre. Du temps de Peter Drucker, le mot « performance » faisait simplement référence à la performance économique. Lui-même insistait sur le fait qu’une entreprise devait réussir économiquement avant d’allouer ses ressources à d’autres objectifs. Mais il ne manquait pas de souligner autre chose : endosser la responsabilité de la gestion d’une entreprise est un engagement moral. Gonfler sa marge bénéficiaire ou bien sa valeur actionnariale ne pourrait constituer sa seule et unique raison d’être, étant donné l’impact tout à fait tangible que les organisations ont sur leurs clients, leurs salariés, leur communauté et leur environnement naturel.

Doris Drucker, amie et conseillère de choix lorsque nous avons lancé le Drucker Forum en 2009, m’a fait part d’une remarque que faisait Peter Drucker dans les dernières années de sa vie. Aussi célèbre fût-il, il savait que la mémoire du public pouvait s’estomper bien vite. « Deux ans après ma mort, disait-il, personne ne se souviendra de moi. » J’ai dit à Doris que nous ferions tout notre possible pour que cela ne se produise pas, car le monde a encore tant à apprendre de lui. En ces temps de crise et de confusion généralisée, son bon sens nous est précieux. Plutôt que d’organiser le type de discussions superficielles, politisées et généralistes que l’on peut retrouver ailleurs, nous cherchons à honorer son esprit en adoptant une perspective élargie et pondérée vis-à-vis des problèmes les plus urgents de notre époque, car ceux-ci intéressent la question du management.

Un bouleversement incommensurable qui nous guette

Les crises récentes que nous avons traversées, la pandémie, les confinements et la guerre en Ukraine, constitueront la toile de fond du Forum cette année. Et ce, bien que certains autres problèmes majeurs couvent depuis longtemps déjà : accumulation de la dette, fractures toujours plus importantes dans la société, aggravation des inégalités, réduction des libertés et du domaine de la vie privée, bureaucratisation rampante de nos vies, etc. Pendant des années nous sommes parvenus à avancer tant bien que mal. Mais aujourd’hui, la menace d’un bouleversement incommensurable nous guette. A la suite d’une crise, on entend souvent parler de « retour à la normale », mais ce qui se passe aujourd’hui est exceptionnel. Il semble qu’un nouvel ordre mondial soit en train d’émerger devant nos yeux : il est géopolitique, social et économique. Un monde très différent est en train de naître, dans un mouvement douloureux et périlleux.

Des postulats élémentaires sont en train d’être balayés : par exemple, que la mondialisation serait un bienfait immaculé, qu’il serait facile d’endiguer l’inflation, que les taux d’intérêt seraient destinés à rester éternellement bas, que les chaînes d’approvisionnement les plus efficaces et les plus robustes seraient les supply chains globales, que les économies matures seraient immunisées contre l’insécurité alimentaire et énergétique, que les soins seraient toujours plus efficaces et plus accessibles, que la pauvreté serait partout en déclin ou encore que l’escalade nucléaire n’aura jamais lieu, pour n’en citer que quelques-uns.

Suffisance et arrogance idéologique

Peter Drucker le faisait déjà remarquer, les pays qui ont vu leurs revenus et leur bien-être augmenter considérablement le doivent à l’amélioration de la performance des organisations et des institutions ; d’abord en Occident, après la révolution industrielle, puis ces dernières décennies de plus en plus dans les pays émergents. C’est grâce à cette immense innovation sociale qu’on appelle management que nous avons pu convertir les avancées scientifiques et technologiques en valeur globale. Nous avons tendance à oublier que les biens publics dont nous jouissons (qu’il s’agisse des écoles, des universités, des instituts de recherche, des hôpitaux et des entreprises qui produisent ce que les gens veulent et ce dont ils ont besoin) ne sont pas apparus par accident, ni de manière naturelle. Ce sont les produits d’approches managériales sans cesse revues et corrigées. Un nouveau vaccin contre le Covid ne peut sauver le monde que si nous sommes en mesure de le produire en masse et de le distribuer à ceux qui en ont besoin.

Après la Seconde Guerre mondiale, nous avons connu de bonnes années qui nous ont permis de bâtir des sociétés florissantes à de nombreux égards et, en Occident tout particulièrement, cela donné lieu à de la suffisance et à une arrogance idéologique. Mais comme le disait Andy Grove, alors CEO d’Intel, la suffisance nourrit l’échec, et il aurait peut-être considéré que le moment est aujourd’hui venu d’injecter une dose de paranoïa dans notre façon de penser. Ce que nous avons acquis depuis la révolution industrielle ne va pas de soi : nous devons le défendre, encore et encore, et éviter les crises majeures et leurs conséquences catastrophiques pour l’humanité.

Se focaliser sur les bonnes priorités

Le bon management consiste principalement à se focaliser sur les bonnes priorités. Nous ne pouvons plus faire des priorités d’hier les priorités d’aujourd’hui. Ce que nous pensions au sujet de l’énergie, de l’alimentation, du climat, de l’efficacité, de l’inflation, du travail et du management ne vaudra pas forcément à l’avenir. De nouveaux compromis vont peut-être devoir être trouvés : économie versus social versus environnement, court terme versus long terme ; ainsi, quand la famine se profilera à l’horizon, nous devrons peut-être, par exemple, surmonter nos peurs passées vis-à-vis des OGM. Un des effets secondaires « positifs » de cette crise colossale est peut-être qu’elle nous donne l’occasion de revenir un peu sur Terre quant à ce qui compte vraiment pour la vie humaine. Dirigeants politiques, managers, acteurs de la société civile, chacun doit revoir ses priorités. Continuer sur cette voie-là ne suffira pas. Extrapoler nos récits vers l’avenir ne fonctionnera plus, pour peu que cela ait fonctionné un jour.

Cette introspection critique s’applique également à la pratique du management. Dans quelle mesure le management du 20e siècle reste-t-il valide aujourd’hui ? Quels principes classiques du management s’appliquent encore et qu’est-ce qui devrait changer ? Si le mot de Peter Drucker, selon lequel le job du management c’est d’atteindre le bon équilibre entre continuité et changement vaut encore, comment décider de ce qui va rester et de ce qui doit disparaître ?

Une tempête géante à l’autre bout du monde

Jamie Dimon, président et CEO de JP Morgan, prédisait il y a peu qu’un ouragan économique allait se profiler après les crises consécutives que nous avons traversées et que nous traversons encore. Mais il nous mettait en garde, nous ne devons pas nous recroqueviller en attendant que la crise passe. Nous devons relever le défi de front. Les politiciens vont rapidement se heurter aux limites du renflouage des personnes dans le besoin avec de l’argent qu’ils n’ont pas. La survie, sans parler de la croissance, sera l’affaire de ceux qui sont prêts à relever le défi avec leur chair, leur sang et leur cerveau ; les entrepreneurs, les innovateurs, les managers et les fonctionnaires mus par un but commun ancré dans un sens du réel et de l’urgence, visant à bâtir un avenir pour les générations futures. L’idéologie, quelle qu’en soit la couleur, ne sera pas bonne conseillère pour préparer l’avenir.

Voilà l’énergie que nous voulons inspirer au Peter Drucker Forum. Vous vous dites peut-être que seul on ne peut pas avoir beaucoup d’influence. Mais pensez à la théorie de la complexité et à ce qu’elle nous enseigne quant au fait d’agir. Chacun le sait, le battement d’aile d’un papillon peut générer un courant d’air qui engrangera de la force et finira par se transformer en tempête géante à l’autre bout du monde. Commençons, chacun, à avancer, à pas de géants ou à petits pas, pour changer le monde en mieux.

Le prochain forum du Global Peter Drucker Forum se déroulera à Vienne, en Autriche, les 17 et18 novembre 2022 sur le thème « Performance That Matters » : https://www.druckerforum.org/home/

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