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Pourquoi les émeutes au Kazakhstan ont des répercussions planétaires

Publié le 07 janvier 2022

ENVIRONNEMENT

Alors que le président du Kazakhstan autorise la police à ouvrir le feu “sans avertissement” sur les manifestants, le mouvement de contestation prend racine dans la crise énergétique et un rejet de l’autoritarisme post-soviétique. Les émeutes dépassent les frontières de la première économie d’Asie centrale, assise sur des réserves de métaux ordinaires et précieux et notamment l’uranium.

Les émeutes meurtrières qui endeuillent les rues d’Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan, sont observées de près par la communauté internationale. Au-delà du drame humain qui secoue cette ex-république soviétique, les puissances du monde entier craignent une flambée des prix de certains métaux ordinaires et précieux. En effet, le pays aussi surnommé “l’Eldorado venu du froid” dispose de ressources parmi les plus importantes de la planète.

Ainsi, alors que les affrontements au Kazakhstan ont éclaté il y a plusieurs jours, l’uranium, le combustible des centrales nucléaires, a déjà vu son prix bondir. La livre d’uranium a progressé de près de 35% sur les 5 derniers jours et culmine à 45,50 dollars ce vendredi. Il faut dire que le pays est le premier producteur mondial avec près de 40% du marché, devant le Canada. Le Kazakhstan dispose également d’un tiers des réserves mondiales de chrome, il en est ainsi le premier producteur. Le pays détient en outre d’importants gisements de plomb, de zinc, de fer, manganèse, cuivre, tungstène, bauxite, l’étain, le charbon, le cobalt, le titane, l’or, le molybdène et d’autres métaux exotiques utiles dans les industries de haute technologie. Le Kazakhstan est aussi une place forte du “mining” de bitcoin, qui connaît une forte chute.

Mais les richesses du pays ne s’arrêtent pas là. Il est également un important producteur de gaz et de pétrole : il est le dixième exportateur mondial. Ainsi, l’économie du pays repose principalement sur ces activités d’extraction de pétrole, gaz et de minerais qui assurent un tiers de son PIB. Le Kazakhstan est donc particulièrement sensible aux évolutions des marchés de l’énergie, comme l’illustre les émeutes meurtrières qui ont éclaté dimanche dernier.

Une flambée des prix du gaz perçue comme injuste au vu des vastes ressources gazières et pétrolières du pays

En cause, une multiplication par deux du prix du gaz de pétrole liquéfié (GPL), qui sert à alimenter la plupart des véhicules du pays. Selon Les Echos, cette hausse brutale est “largement liée à la fin du système de subventionnement par les pouvoirs publics“, à la fin de l’année 2021. Cette augmentation, qui entraîne celle des produits alimentaires, est perçue par la population comme injuste au vu des vastes ressources gazières et pétrolières du pays. Pour protester contre cette hausse brutale, plusieurs centaines de manifestants sont ainsi descendus dans les rues. Le mouvement de colère a débuté dimanche en province puis il s’est étendu à la capitale économique du pays, Almaty, où il a viré à l’émeute. Les manifestants se sont emparés de bâtiments administratifs et brièvement de l’aéroport, tandis que les pillages se sont multipliés.

Le président kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, a échoué à calmer les protestations, malgré une concession sur le prix du gaz, la démission du gouvernement et l’instauration de l’état d’urgence et d’un couvre-feu nocturne dans le pays. Il faut dire que le mouvement de contestation sans précédent dans l’histoire de ce pays d’Asie centrale a rapidement dépassé la question du prix du gaz. “Dès le lendemain de la mobilisation, les manifestants avaient plusieurs revendications politiques telles que le changement de régime, l’élection des gouverneurs locaux qui sont actuellement nommés par le président, l’arrêt des arrestations et du harcèlement des militants civiques, et que le nouveau leader du pays ne soit pas issu du régime en place“, explique Sacha Koulaeva, professeure à Sciences Po Paris, dans un entretien à RFI.

Face au chaos, la Russie et ses alliés de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) ont annoncé l’envoi d’une “force collective de maintien de la paix“, à la demande du Kazakhstan. Le pays autoritaire a par ailleurs réprimé les manifestations dans le sang avec “des dizaines” de morts, plus d’un millier de blessés et des milliers d’arrestations. Le pays déplore aussi des morts et des blessés parmi les forces de l’ordre, ce qui justifie, annonce le président ce vendredi, l’autorisation donnée à la police d’ouvrir le feu “sans avertissement” sur les manifestants. Le président ajoute que les opérations de retour à l’ordre public se poursuivraient “jusqu’à la destruction totale des militants“. Les États-Unis et l’Union européenne ont quant à eux demandé de la “retenue” à toutes les parties.

Mathilde Golla @Mathgolla avec AFP

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