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Pourquoi vous ne pouvez pas rester en permanence concentrés

Chroniques d’experts

Carrière

Le 20/08/2022

concentration

© Getty Images


Temps de lecture : 6 minutes

Nous rêvons tous de pouvoir rester concentrés en continu, sans prise à la distraction. En réalité, pour être performant et créatif, il faut accepter de se laisser déconcentrer.

La capacité à se concentrer est un des principaux moteurs de l’excellence. Les techniques pour ne pas se relâcher (faire une liste des tâches à accomplir, respecter un emploi du temps, programmer des rappels d’agenda…) nous permettent de rester appliqués. Peu auraient à redire à cela, et quand bien même, il est prouvé que le fait de résister aux distractions et de rester présent à soi comporte des bénéfices : par exemple, la pratique de la pleine conscience dix minutes par jour peut améliorer l’efficacité du leadership, en vous aidant à réguler vos émotions et à comprendre des épisodes passés. Aussi utile soit-elle, la concentration telle qu’on l’envisage d’ordinaire comporte tout de même un inconvénient.

En effet, lorsque celle-ci est excessive, elle épuise les circuits de concentration de votre cerveau. Cet excès est susceptible de vous vider de votre énergie et de vous faire perdre votre sang-froid. Ce gouffre énergétique peut aussi vous rendre plus impulsif et moins serviable. Par suite, vos décisions ne sont plus mûrement réfléchies et vous collaborez moins.

Alors que faire ? Se concentrer ou se dissiper ?

Dans le droit fil de récentes études, on peut affirmer que la concentration comme la dissipation sont vitales. Le cerveau fonctionne de manière optimale lorsqu’il oscille entre concentration et dissipation. Cela permet d’être plus résilient, d’être plus créatif mais aussi de prendre de meilleures décisions.

Quand vous vous dissipez, un circuit cérébral qu’on appelle « réseau du mode par défaut » (ou « DMN » pour « Default Mode Network ») s’active. Celui-ci ne s’active que lorsque vous arrêtez de faire l’effort de vous concentrer. Pourtant, lorsqu’il se trouve « au repos », ce circuit mobilise 20% de l’énergie corporelle (à comparer aux cinq petits pour cents que requiert n’importe quel effort).

Si le DMN a besoin d’autant d’énergie, c’est parce qu’il est tout sauf en train de se reposer. Sous le radar conscient du cerveau, ce mode réactive de vieux souvenirs, fait des allers et retours entre le passé, le présent et le futur, et recombine différentes idées. Grâce à ces informations nouvelles et jusqu’alors inaccessibles, vous développez une conscience accrue de vous-même et un sentiment d’importance personnelle. De plus, cela vous permet d’imaginer des solutions créatives ou d’avoir une vision de l’avenir et donc de prendre de meilleures décisions. Le DMN vous aide aussi à être à l’écoute des opinions des autres personnes, ce qui améliore l’entente et la cohésion dans une équipe.

Il existe plusieurs manières simples et efficaces de mettre ce circuit en route au cours de la journée.

Servez-vous de la rêverie positive constructive 

La PCD (pour « Positive Constructive Daydreaming ») est un type de vagabondage mental qui diffère du simple fait de se laisser happer par une rêverie ou du fait de ressasser de manière coupable des inquiétudes. Quand vous intégrez la PCD délibérément à votre journée, celle-ci peut stimuler votre créativité, renforcer vos capacités de leadership mais aussi redynamiser votre cerveau. Pour vous lancer dans la PCD, choisissez une activité tranquille comme le tricot, le jardinage ou la lecture détendue, puis allez flâner dans les recoins de votre esprit. Mais à l’inverse de la rêverie qui vous happe ou de la rêverie dysphorique et coupable, vous allez par exemple commencer par imaginer quelque chose de gai et d’optimiste (courir dans les bois ou être allongé sur un yacht, par exemple). Ensuite, faites pivoter votre attention du monde extérieur vers l’espace intérieur de votre esprit en gardant cette image à l’esprit tout en poursuivant votre activité tranquille.

Etudiée depuis des dizaines d’années par Jérome Singer, la PCD active le DMN et, pour parler métaphoriquement, transforme les ustensiles dont votre cerveau se sert pour découvrir des informations. Tandis qu’on pourrait comparer l’attention active à une fourchette (qui saisirait vos pensées conscientes manifestes), la PCD se servirait d’ustensiles différents : d’une cuillère pour prélever un peu du délicieux mélange de saveurs formant votre identité (l’odeur de votre grand-mère, le sentiment de satisfaction procuré par la première bouchée d’une tarte aux pommes par une fraîche journée d’automne), de baguettes pour connecter les idées dispersées dans votre cerveau (pour améliorer votre capacité d’innovation), et d’une cuillère à moelle pour atteindre les recoins et les interstices de votre cerveau et ramasser les souvenirs oubliés depuis longtemps constituant une part vitale de votre identité. Dans cet état, la notion de « soi » est augmentée ; selon Warren Bennis, c’est d’ailleurs là l’essence du leadership. C’est ce que j’appelle le centre de gravité psychologique, un mécanisme d’ancrage qui fait partie de vos « abdominaux » mentaux et vous aide à être davantage agile et à gérer le changement plus efficacement également.

Faites une sieste 

En plus d’intégrer la PCD à leur routine, les leaders peuvent aussi envisager de s’autoriser des siestes. Toutes les siestes ne se valent pas. Quand votre cerveau s’avachit, votre clarté et votre créativité s’en trouvent compromises. Des études montrent qu’après une sieste de dix minutes, vous pensez de manière bien plus limpide et êtes bien plus alerte. Mais si c’est une tâche créative que vous avez devant vous, il vous faudra probablement 90 bonnes minutes de sommeil pour une revigorer votre cerveau de manière plus complète. Il a besoin de cette période plus longue pour faire davantage d’associations et faire remonter des idées qui se trouvent dans les recoins et dans les interstices de votre réseau de souvenirs.

Faites semblant d’être une autre personne 

Quand vous bloquez en plein processus créatif, la dissipation peut également vous sauver la mise si vous parvenez à incarner une personnalité complètement différente. En 2016, les psychopédagogues Denis Dumas et Kevin Dunbar ont découvert que les personnes qui essaient de résoudre des problèmes créatifs rencontrent davantage de succès si elles se comportent comme des poètes excentriques plutôt que comme des bibliothécaires rigides. Lorsqu’on leur soumet un test consistant à trouver autant d’usages que possible à un objet (par exemple, une brique), ceux qui se mettent dans la peau d’un poète excentrique ont une créativité supérieure. Ce résultat reste valable même si la même personne adopte une autre identité.

Lorsque vous vous trouvez dans une impasse créative, tentez cet exercice d’incarnation. Il y a de bonnes chances que cela vous permette de vous évader et de réfléchir en adoptant le point de vue d’une autre personne. C’est ce que j’appelle « l’halloweenisme psychologique ».

Pendant des années, la concentration a été la plus vénérée des aptitudes. Comme nous passons quasiment la moitié de nos journées à laisser notre esprit divaguer et s’éloigner des tâches que nous avons à traiter, nous rêvons d’être capables de faire en sorte que celui-ci reste en permanence concentré, à sa place. Pourtant, si nous intégrions la PCD, des siestes de 10 ou de 90 minutes, ainsi que l’halloweenisme psychologique dans nos journées, nous préserverions certainement notre concentration pour les moments où nous en avons besoin et nous mobiliserions celle-ci à meilleur escient. Plus important encore : la dissipation nous permet de mettre à jour les informations du cerveau, nous donne accès à des parties enfouies de nous-même et nous rend plus agiles, plus créatifs et plus à même de prendre de bonnes décisions.

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