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Poussés par les étudiants, les profs aussi birfurquent

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Publié le 10 août 2022

ENVIRONNEMENT

Conscients de l’urgence environnementale et sociale, certains professeurs de l’enseignement supérieur répondent aux appels des étudiants en actualisant leurs cours avec des connaissances désormais incontournables sur le changement climatique et les responsabilités qui incombent à tous. Comptabilité, finance, ingénierie… L’ensemble des disciplines entame une transformation profonde. Toute la semaine, Novethic explore les bifurcations, nouvelles voies pour un monde plus durable envisagées par de plus en plus d’étudiants.

Les profs aussi font leur bifurcation. A Polytechnique, Agro Paris Tech, dans les ENS… Des étudiants ont mis la pression pour obtenir des formations à la hauteur des enjeux de la transition écologique. Cependant, la création d’options ou de cursus spécialisés ne suffit pas, il faut aller plus loin et “préparer tous les citoyens à la Transition écologique” selon le rapport Jean Jouzel publié en février 2022. Face à ce constat, des professeurs engagés prennent les devants et revoient leur manière d’enseigner.

La première étape est de se former. Luc Paugam, professeur de finance à l’école de commerce HEC, a suivi cette année un cours proposé par le Chartered Financial Analyst Institute sur la notation extra-financière, c’est-à-dire l’évaluation des entreprises au regard de critères sociaux et environnementaux. “Ça m’a beaucoup aidé”, indique-t-il. A la prochaine rentrée, il va intégrer ces enjeux dès le début de son cours sur le reporting financier. “C’est une couche supplémentaire que tous les étudiants doivent maîtriser” explique-t-il.

“Il est urgent de faire changer les choses”

De son côté, le professeur de sciences pour l’ingénieur Dominique Barchiesi a été volontaire pour suivre une formation de deux jours destinée aux enseignants en école d’ingénieur, proposée par le groupement S.mart. Ce partenariat public-privé réunit quinze universités autour des enjeux de l’industrie du futur, dont la soutenabilité. “Il faut sensibiliser les étudiants dans toutes les unités d’enseignement, sinon ils oublient vite”, affirme l’enseignant. “Je ne savais pas comment faire“, confie-t-il alors qu’il était déjà convaincu de l’urgence de “faire changer les choses”. La formation lui a apporté ce qui lui manquait. Il inaugure à la rentrée prochaine une nouvelle version de son cours sur l’innovation.

Enseigner la transition écologique relève d’un exercice d’équilibriste. Dominique Barchiesi fait face à des étudiants réfractaires qui “pensent la technologie va résoudre tous les problèmes” ou qui “positionnent la transition écologique comme un choix politique discutable”. Pour cela, il prend garde de ne pas tomber dans certains excès comme le catastrophisme. Pour lui, “il y a une guerre, et il faut y répondre par des faits”. Les idées ne manquent pas pour relier l’écologie aux sciences de l’ingénieur : expliquer les pollutions liées aux réactions chimiques, montrer que l’augmentation des températures dégrade le fonctionnement de certaines machines…

Un changement de posture

Les professeurs doivent aussi accepter de ne pas avoir réponse à tout. “Les enseignants expriment le besoin d’être des experts alors que dans la soutenabilité, c’est impossible, il faut apprendre à fonctionner dans un monde changeant” explique Tatiana Reyes, enseignante-chercheuse à l’Université technologique de Troyes et coordinatrice du module “Industrie et société soutenable” du groupement S.mart. “Parfois, les étudiants en savent plus que les professeurs” souligne-t-elle, préconisant un changement de posture basé sur le questionnement plutôt que l’apport de réponses figées. “C’est une façon de raisonner proche de l’activité de recherche”, estime-t-elle.

Le changement est profond. Les enseignants, qui ne sont pas tous au même niveau de connaissance sur l’écologie, doivent “prendre conscience des enjeux” souligne Tatiana Reyes. “Parfois, c’est la douche froide. La première réaction est l’éco-anxiété” témoigne-t-elle. Le projet d’établissement est alors essentiel pour impulser des transformations, d’autant plus que “les enseignants ont de multiples casquettes et peu de temps disponible” rappelle Tatiana Reyes.

C’est aussi le constat de Paul Saada, étudiant de l’école d’ingénieur INSA Lyon qui a dédié son année de césure à coordonner une communauté d’enseignants chercheurs autour des compétences de l’ingénierie soutenable. Il préconise de “faire des rencontres physiques et des évènements conviviaux” pour embarquer l’ensemble du corps enseignant.

Fanny Breuneval

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