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Pouvoir d’achat : toujours pas de mesures ciblées pour les travailleurs les plus modestes

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station essence istock JBorruel

Publié le 26 juillet 2022

La remise de 18 centimes par litre de carburant va passer à 30 centimes à la rentrée. C’est le fruit d’un compromis à l’Assemblée nationale entre la majorité et le groupe les Républicains. Le gouvernement, qui souhaitait la mise en place d’une indemnité carburant plus spécifique ciblant les travailleurs modestes, a dû ronger son frein. Il a reporté cette mesure pourtant jugée indispensable par les organisations environnementales qui dénonce une nouvelle subvention aux énergies fossiles “injuste et inefficace “.

L’indemnité carburant ciblée pour les travailleurs modestes est finalement reportée. Le gouvernement souhaitait mettre fin à la remise à la pompe généralisée afin de la remplacer à l’automne par une mesure plus spécifique. Mais il a dû revoir sa copie pour trouver un compromis avec le groupe Les Républicains à l’Assemblée, qui demandait quant à lui un gel des prix du carburant à 1,50 euro le litre. La remise de 18 centimes par litre actuellement en vigueur passera à 30 centimes d’ici le 1er septembre. Elle sera ensuite abaissée à 10 centimes en novembre et en décembre. À cela s’ajoute, une remise de 20 centimes annoncée la semaine dernière par Total Energies.

“Plutôt que d’augmenter et de cibler l’aide aux carburants vers les ménages modestes et les classes moyennes qui en ont réellement besoin, le gouvernement et Les Républicains préfèrent subventionner le carburant fossile des plus riches. Il s’agit d’une double injustice, sociale et environnementale“, dénonce Pierre Leflaive, responsable Transport au Réseau Action Climat . “Sur les 20 milliards d’euros prévus pour le paquet pouvoir d’achat, près d’un quart va donc être brûlé pour une aide inefficace socialement et dommageable écologiquement”, ajoute-t-il.

Mécaniquement, les personnes les plus aisées profitent donc deux fois plus de la mesure

Selon une étude du Centre d’analyse économique (CAE), publiée le 21 juillet, c’est en effet aux ménages les plus riches que bénéficie en priorité ce coup de pouce à la pompe. “Le premier constat que l’on peut dresser sur la consommation d’essence est que ce sont les plus aisés qui consomment le plus“, explique le CAE. Les 10 % de Français aux revenus les plus élevés ont ainsi consommé plus de 200 euros d’essence en juin 2022, contre un peu plus de 100 euros pour les 10 % aux revenus les plus faibles. Mécaniquement, les personnes les plus aisées profitent donc deux fois plus de la mesure.

La subvention accordée par le gouvernement sur l’essence, qui peut aller jusqu’à 18 centimes le litre, a été d’“environ 18,5 euros” sur un mois pour les ménages les plus aisés, ceux du dernier décile, c’est-à-dire les 10 % les plus riches. À l’inverse, elle a été de 9,5 euros pour ceux du premier décile. “Ces données confortent ainsi l’intuition selon laquelle la réduction du prix de 18 centimes sur le prix à la pompe est régressive“, concluent les auteurs de l’étude.

“Scandale climatique et social”

Pour Anne Bringault, coordinatrice des Programmes au Réseau Action Climat, il s’agit là “d’un scandale climatique et social”. Elle estime qu’il faudrait au contraire mettre en place “une aide renforcée à l’achat de carburant pour les ménages aux bas revenus et utilisant beaucoup leur voiture pour leur travail, car l’impact est fort sur leur budget et qu’ils n’ont pas d’accès aux alternatives”.

Ainsi, le CAE a identifié des ménages particulièrement dépendants à l’essence (plus de 8 % de leur consommation totale) et financièrement contraints (revenus au‐dessous de la médiane), qui face à l’augmentation des prix de l’essence, ne baissent pas leur consommation mais “semblent ajuster les autres postes de consommation“. “Ce sont plus souvent des ménages ruraux, puis péri‐urbains et enfin moins souvent urbains ; des populations plus jeunes ; des actifs de catégories socio‐professionnelles et des détenteurs de revenus et de patrimoines financiers plus bas que la moyenne“, précise le document.

“Cette crise devrait nous pousser à limiter la dépendance au pétrole à court terme : faciliter le télétravail, accélérer le déploiement d’infrastructures cyclables, financer et communiquer sur le covoiturage du quotidien, les transports en commun, réduire la vitesse sur les autoroutes, encourager les véhicules électriques légers et peu coûteux“, énumère Aurélien Bigo, chercheur sur la transition énergétique des transports, qui rappelle que la priorité devrait donc être de financer les alternatives. Et de lancer : “on fait l’autruche encore combien de temps?”

Concepcion Alvarez @conce1

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