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Quand les crédits carbone mettent en danger les droits des peuples autochtones

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Publié le 28 juillet 2021

Absence de consentement, de retombées économiques ou modification de force de l’usage des terres… les populations autochtones bénéficient difficilement des retombées des crédits carbone issus des forêts qu’elles protègent. Une étude de l’ONG Rights and Resources Initiative (RRI) estime que seuls 3 pays sur 31 reconnaissent les droits des populations autochtones à ce sujet. Les projets les plus vertueux, dont REDD+ de l’ONU, sont aussi concernés par ces dérives.

L’achat de crédits carbone propose de compenser ses émissions en un temps record. Il suffit, pour une entité, d’investir dans un projet qui absorbe autant de CO2 qu’elle en émet. Les forêts tropicales, immenses puits de carbone, sont devenus des eldorados de la compensation. Au risque de bafouer les droits des populations qui y vivent. Alors que les communautés autochtones comptent parmi les gardiens les plus efficaces de ces écosystèmes, elles ne bénéficient trop souvent d’aucune retombée économique liée à la vente des crédits. Pire : elles ne sont parfois même pas averties de la monétisation de leur territoire.

Des chercheurs se sont penchés sur le cas de 31 pays en Afrique, Asie et Amérique latine dont ceux qui abritent le plus de forêts tropicales, comme le Brésil, la République Démocratique du Congo (RDC), ou l’Indonésie. Le constat est frappant : seuls trois d’entre eux, le Pérou, la RDC et l’Éthiopie reconnaissent explicitement des droits sur le carbone aux peuples autochtones, dont la nécessité d’obtenir l’accord des communautés concernées. “Cela exacerbe la myriade de défis auxquels sont déjà confrontés les peuples autochtones, les communautés locales et les descendants des peuples Africains, comme l’exclusion des décisions d’aménagement du territoire, ou l’accaparement des terres” souligne le rapport publié début juin par l’ONG Rights and Resources Initiative (RRI) et l’Université canadienne McGill.

Les projets de l’ONU pointés du doigt

Les projets les plus vertueux sur le papier ne font pas exception. En 2008, les Nations-Unies ont lancé le programme REDD+, pour Réduire les Émissions provenant de la Déforestation et de la Dégradation des forêts. L’objectif : permettre aux pays en voie de développement de bénéficier des revenus des crédits carbone pour développer des activités respectueuses de l’environnement, comme l’agroforesterie ou l’éco-tourisme. Mais “malgré plus d’une décennie d’investissements dans les projets REDD+, seuls une poignée de pays ont établit un cadre pour réguler les transactions liées aux crédits carbone“, estime l’étude.

Sur le terrain, les choses ne se passent pas toujours comme prévu. L’organisation congolaise Action pour la Promotion et Protection des Peuples et Espèces Menacées (APEM), en partenariat avec la branche britannique de Rainforest Foundation, ont étudié l’un des projets REDD+ les plus avancés au monde, situé dans la région de Mai Ndombe en République Démocratique du Congo. Le constat, publié fin 2020, est inquiétant. La plupart des projets n’ont pas obtenu le consentement des communautés. Conséquence d’une faible implication des populations, les plans de gestion n’ont pas correctement pris en compte les systèmes traditionnels d’utilisation des terres, entraînant des pénuries alimentaires dans certains villages où les femmes n’avaient plus accès à leur activité de subsistance.

Quant aux revenus financiers,  “la plupart des bénéfices promis n’avaient pas encore été reçus ou les communautés n’étaient pas satisfaites de leur distribution” observe l’étude. L’organisation RRI préconise qu’avant chaque projet, les droits du carbone et partage des avantages soient définis et garantis juridiquement aux populations locales, et qu’un suivi soit effectué. Et le temps presse. Selon l’association All4trees, le volume des transactions de crédits carbone sur le marché volontaire issus de projets forestiers a augmenté de plus de 250 % entre 2016 et 2018.

Pauline Fricot, @PaulineFricot 

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