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Que sont les “points de bascule” contre lesquels les experts du climat nous mettent en garde ?

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Publié le 19 août 2021

ENVIRONNEMENT

Les modélisations climatiques imaginent ce que pourrait ressembler la planète avec plusieurs degrés en plus. Mais il y a une chose qu’il est aujourd’hui difficile de prendre en compte : les points de bascule. Il s’agit de seuils au-delà desquels un système change rapidement d’état, et peut entraîner des réactions en chaîne irréversibles et incontrôlables à l’échelle planétaire. Le Giec évoquait ce risque, il y a déjà 20 ans. 

C’est un danger difficile à évaluer. Les “points de bascule” sont des seuils à partir desquels un changement, même minuscule, peut faire basculer un système dans un état complètement nouveau. Il s’agit du micromouvement qui fait perdre l’équilibre du funambule et le fait chuter ou le “point d’ébullition“, la température à partir de laquelle l’eau liquide se transforme en vapeur.

À l’échelle du climat, de multiples points de bascule potentiels ont été identifiés par les scientifiques, comme le ralentissement du Gulf Stream (un courant marin du Pacifique régulateur du climat), le dépérissement de la forêt amazonienne, la mort des récifs coraliens, la désintégration des calottes glaciaires de l’Antarctique et du Groenland ou encore la disparition du pergélisol (les couches de sous-sol gelés). Ces points de bascule pourraient conduire à des changements abrupts et irréversibles pour le climat, et à un effet domino. 

Par exemple, à partir d’un certain seuil de dégradation, la forêt amazonienne risque par exemple d’entrer dans un cercle d’autodestruction. La forêt amazonienne joue un rôle de premier plan dans sa propre survie. Les arbres recyclent la pluie en la pompant dans le sol et l’évacuent par l’évapotranspiration. Ce processus recharge l’atmosphère en humidité, qui entraîne à son tour des précipitations. La déforestation réduit le potentiel de transpiration, ce qui conduit à une réduction des pluies et donc à un climat plus sec qui ne permet plus d’alimenter la forêt et transformerait inéluctablement la région en savane.

Cette métamorphose conduirait à un bouleversement dans le cycle de l’eau et les régimes météorologiques du monde entier. Parallèlement, avec la disparition de la forêt tout le carbone pompé et séquestré par les arbres serait relâché dans l’atmosphère et compliquerait la lutte contre le réchauffement climatique. Il est estimé que la forêt pourrait entrer dans ce cercle vicieux quand 20 à 40 % de la forêt aura disparu. Aujourd’hui, nous en sommes à 17 % par rapport à 1970. 

Des incertitudes

Autre exemple, les signes de faiblesse du Gulf Stream. Une étude publiée dans la revue scientifique Nature en 2018 soulignait que le courant marin était à son plus faible niveau depuis 1 600 ans. D’autres travaux parus en août estimaient que celui-ci montrait les premiers signes d’un effondrement. Si c’est le cas, les températures en plusieurs endroits du globe en seraient bouleversées. Les auteurs de l’article “points de basculement climatiques – trop risqué pour parier contre” publié dans Nature, “la prise en compte des points de basculement aide à définir que nous sommes dans une urgence climatique et renforce les appels à une action climatique urgente“.

Mais il est difficile pour les scientifiques de déterminer avec certitude le seuil qui pourrait enclencher ces points de bascule. Lorsque la notion a été introduite il y a 20 ans par le Groupe d’expert intergouvernemental sur le climat (GIEC), “les “discontinuités à grande échelle” dans le système climatique n’étaient considérées comme probables que si le réchauffement climatique dépassait les 5°C au-dessus des niveaux préindustriels, soulignent des scientifiques dans un article paru dans Nature en 2019Les informations résumées dans les deux derniers rapports spéciaux du GIEC (publiés en 2018 et en septembre de cette année) suggèrent que les points de basculement pourraient être dépassés même entre 1 et 2 °C de réchauffement”. Or la planète a déjà été réchauffée d’1,1°C.

Pauline Fricot, @PaulineFricot 

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