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Rabais à la pompe, “plan de résilience” : Des mesures d'urgence mais pas de virage écologique

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station essence istock JBorruel

Publié le 18 mars 2022

Alors que la crise de l’énergie incluant le pétrole et le gaz va coûter près de 25 milliards d’euros à l’État cette année, celui-ci tente de répondre à l’urgence en multipliant les mesures court-termistes. Or ces dernières sont pointées du doigt pour plusieurs ONG car elles ne permettraient ni de sortir de notre dépendance aux énergies fossiles ni de soutenir les plus modestes, pour qui le choc est le plus dur. 

Entre 25 et 26 milliards d’euros. C’est le coût de l’ensemble des mesures prises pour faire face à la flambée des prix de l’énergie depuis l’automne dernier tel que le blocage du prix du gaz, la limitation à 4% de la hausse de l’électricité, le chèque énergie ou encore l’indemnité inflation. Cette estimation prend en compte le nouvel arsenal de mesures présenté le 16 mars par le Premier ministre Jean Castex dans “le plan de résilience économique et sociale”. Celui-ci doit permettre aux entreprises de faire face aux conséquences de la guerre en Ukraine, en allégeant à court terme leur facture énergétique, mais aussi plus largement de réduire la dépendance de l’économie française à la Russie.  

Les entreprises les plus énergivores vont être soutenues, de même que les secteurs qui sont très exposés aux importations de minerais de Russie. Du côté des particuliers, les aides pour remplacer les chauffages individuels au fuel ou au gaz par des solutions de chauffage renouvelable comme “les pompes à chaleur ou les chaudières biomasse” vont être relevées de 1 000 euros. Les bâtiments publics vont quant à eux être incités à baisser leur chauffage d’un degré. Ces mesures s’ajoutent à la remise à la pompe de 15 centimes par litre” opérationnelle à partir du 1er avril et élargie au GPL (gaz de pétrole liquéfié), au gaz naturel et au gasoil non routier.  

Des mesures qui ne ciblent pas les plus vulnérables

Cette transition vers un monde sans énergies fossiles constitue plus que jamais la voie la plus sûre et la plus efficace pour nous renforcer et garantir notre avenir et notre souveraineté énergétique” a réaffirmé Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique. Pourtant, ce plan de “résilience”, censé constituer un nouveau départ si on s’en tient à la définition du terme, ne marque pas vraiment de rupture avec le “monde d’avant” ou d’accélération dans la transition énergétique, alors que celle-ci apparaît de plus en plus nécessaire sur le plan climatique, social et de souveraineté énergétique.   

Ces annonces se contentent en premier lieu de rappeler des initiatives et objectifs existants : l’objectif de développement du biométhane n’a pas été renforcé, ni ceux sur les énergies renouvelables électriques. Concernant la rénovation énergétique, on peut regretter que l’annonce visant à augmenter les primes au changement de chaudières ne soit aucunement relié à une approche globale pour la rénovation des logements, alors que de nombreux rapports ont critiqué le fait que le dispositif public se contente de multiplier les gestes individuels de travaux”, regrette Andreas Rüdinger, chercheur associé à l’Iddri.  

Autre grief dénoncé par plusieurs observateurs, le manque de ciblage des mesures vers les ménages et les entreprises les plus vulnérables, passant dès lors à côté d’une transition juste. “Cette baisse (de 15 centimes) est valable pour tout le monde, aussi bien pour des personnes très précaires, qui en ont vraiment besoin, que pour des personnes riches qui vont utiliser aussi l’essence pour des trajets de loisirs”, réagit le chercheur Aurélien Bigo sur France Info. 

“Se tirer une balle dans le pied”

Le think tank I4CE estime qu’il faudrait 13 à 15 milliards d’euros d’investissements supplémentaires chaque année jusqu’en 2023, et environ le double jusqu’en 2028 pour atteindre les objectifs climatiques de la France. Dès lors “dépenser 25 milliards d’euros sur une année pour bloquer les prix et faire croire que cette hausse n’existe pas revient à se tirer une balle dans le pied : on réduit le signal-prix, et on n’a plus d’argent additionnel à mettre sur le financement de la transition, à l’heure où tous les ménages se préoccupent de leur consommation d’énergie. Dans un monde où les prix des énergies risquent de rester durablement élevés, cette stratégie ne sera pas soutenable“, déplore Andreas Rüdinger.  

Selon ses calculs, la crise énergétique va permettre à l’État d’engranger plus de 13 milliards d’euros de recettes additionnelles qui pourraient être mobilisées pour faire face à la crise des prix des énergies, dans une logique de transition juste. Et c’est sans compter sur une piste pour l’instant écartée par Matignon, bien que défendue par la Commission européenne ou l’Agence internationale de l’énergie (AIE) : la taxation des bénéfices exceptionnels des majors pétrolières et gazières qui sont au final les grandes gagnantes de cette crise.

Concepcion Alvarez @conce1

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