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Racisme, harcèlement… le géant Rio Tinto miné par sa culture d’entreprise

RioTinto Pilbara Australie 02

Publié le 15 février 2022

Racisme endémique, harcèlement et agressions sexuelles : le document rendu public par Rio Tinto jette une lumière crue sur sa culture d’entreprise. Une première démarche de transparence et de contrition pour commencer à restaurer l’image du groupe anglo-australien, mais qui pourrait aussi ouvrir un nouveau front dans un secteur davantage ciblé pour son bilan en matière de droits humains et d’environnement.  

Une nouvelle controverse ébranle Rio Tinto, troisième plus grande entreprise minière au monde : cette fois elle prend la forme d’une enquête menée auprès de ses salariés, commandée dans la foulée du très décrié dynamitage du site aborigène de Jukaan Gorge en 2020. L’ampleur des révélations désole plus qu’elle ne surprend dans cette industrie hyper-masculine et opaque ; cependant, elle pourrait constituer le début d’une prise de conscience.

Rio Tinto emploie 45 000 personnes (à près de 80% des hommes) à travers le globe, dont une partie dans des zones isolées, par exemple en Mongolie ou en Papouasie Nouvelle-Guinée. 20% de ses salariés auraient participé au sondage sur la culture de l’entreprise mené par un cabinet d’avocats australien mandaté par la direction, complété par des entretiens ciblés.

Harcèlement, machisme et culture du silence

Le rapport de 85 pages fait une lecture éprouvante : 30% des employées auraient subi du harcèlement sexuel au travail dans les cinq dernières années, et 21 femmes ont rapporté avoir été victimes d’agression sexuelle ou de viol. 35% des salariés d’origine aborigène se disent confronter à une discrimination raciste. Plus largement, de nombreux répondants dénoncent une culture machiste sur les sites miniers, entretenue par une pesante omerta.

Commentant la publication du document dans le Financial Times, le PDG Jakob Stausholm s’est déclaré “[…] honteux et profondément désolé d’apprendre à quel point l’intimidation, le harcèlement sexuel et le racisme sont présents chez Rio Tinto”. Il s’est engagé à mettre en œuvre en toute transparence l’ensemble des 26 recommandations préconisées par le rapport.

Faire œuvre de transparence pour combler un déficit d’image

L’idée de lever le voile volontairement sur les facettes les plus sombres de sa culture d’entreprise peut surprendre plus d’un observateur. Transparence et contrition font pourtant partie intégrante de la stratégie de Stausholm, une personnalité plutôt extérieure à l’industrie minière, nommé pour réformer après l’affaire de Jukaan Gorge.

À la faveur de ce rapport un examen de conscience plus large pourrait s’engager. L’autre géant minier australien BHP avait signalé l’an dernier à une commission d’enquête parlementaire le renvoi de près d’une cinquantaine d’employés en deux ans pour des faits de harcèlement ou d’agression sexuelle dans ses mines d’Australie Occidentale. Selon le Times, un actionnaire aurait déjà demandé à Anglo-American d’entreprendre une enquête similaire à celle de Rio Tinto.

Souvent ciblée pour son impact environnemental et ses manquements en matière de droits humains, l’industrie minière voit s’ouvrir un nouveau front sur sa culture d’entreprise alors qu’elle tente de se positionner en acteur indispensable de la transition climatique. Chez Rio Tinto l’exemplarité ne sera pas superflue pour convaincre de sa bonne foi les oppositions locales à ses projets en Serbie (lithium) ou aux États-Unis (cuivre).

Paul Kielwasser @PKielwasser

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