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Réindustrialisation : un mouvement qui avance lentement mais sûrement

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filiere textile relocalisation coronavirus

Publié le 15 avril 2022

ENVIRONNEMENT

2021 a été une année “record” en France avec un solde positif de 120 usines créées sur le territoire, selon Trendeo. La pandémie, la guerre en Ukraine et surtout la crise environnementale poussent les entreprises à relocaliser leur chaîne d’approvisionnement. L’enjeu est de réinventer des modèles économiques basés sur les circuits courts en limitant les hausses de prix. 

Le mouvement de réindustrialisation esquissé avant la pandémie s’accélère. Pénalisées par des ruptures d’approvisionnement pendant le confinement ou la guerre en Ukraine mais aussi poussées par une volonté de préserver l’environnement, les entreprises se mobilisent pour rapatrier tout ou partie de leur outil industriel. Après des décennies de disparition de l’appareil productif en France avec une industrie manufacturière passée de 14 % du PIB à 10 % en dix ans, les créations d’usines repartent à la hausse sur le territoire. L’indice spécialisé Trendeo décompte ainsi un solde positif de 120 usines créées (176 créations et 56 fermetures).

L’an dernier, les relocalisations d’entreprises, c’est-à-dire les rapatriements de production que des entreprises françaises faisaient elles-mêmes ou sous-traitent à l’étranger, ont “fortement augmenté” passant de 30 en 2020 à 87, indique par ailleurs la société de données économiques. Elle qualifie ainsi 2021 d’année “record” en France pour l’industrie.

Du made in France accessible

Le mouvement s’opère toutefois au compte-goutte, les chiffres de 120 nouvelles usines ou 87 relocalisations semblent faibles au regard des 3 millions d’entreprises implantées en France. Ce mouvement est freiné par la disparition de certains écosystèmes mais aussi car les entreprises doivent réinventer leurs modèles économiques. C’est la démarche de l’usine Fashion Cube implantée à Neuville en Ferrain dans le Nord de la France. Elle conçoit des vêtements pour les enseignes Jules, Grain de Malice, BZB, Pimkie ou Rouge Gorge Lingerie. “Ces marques se sont associées pour réinventer ensemble un modèle d’affaires avec comme mission de produire uniquement ce qui est vendu. L’objectif est de proposer du made in France accessible”, indique Christian Kinnen, directeur général de Fashion Cube Denim Center. Ces produits seront au maximum 20% plus chers que leurs équivalents asiatiques.

Des jeans “made in France” sortiront ainsi de cet atelier dès le mois d’avril et seront commercialisés dans les boutiques Jules à 59,99 euros. À ce prix, la coupe, la confection et le délavage sont réalisés en France avec des tissus venus de Turquie. À terme, l’objectif est de produire 410 000 jeans annuels avec une centaine de collaborateurs. “On ne peut pas importer le mode de production du Bengladesh donc on va chercher de l’automatisation, réduire les déchets et redonner de la valeur avec une production française”, affirme Christian Kinnen.

L’automatisation pour réduire les coûts

L’ancien responsable RSE chez Pimkie envisage de dupliquer le modèle dans d’autres régions et sur d’autres produits. Par ailleurs, l’usine, qui utilise 40 fois moins d’eau qu’un atelier classique, souhaite intégrer un maximum de matériaux recyclés, en créant par exemple des fils à partir de vêtements récupérés. C’est aussi grâce aux technologies innovantes que la société Lunii qui conçoit des boîtes à histoires pour les enfants est parvenue à relocaliser sa production sans augmenter le prix de ses produits. Le groupe a trouvé un fabricant français en mesure de concevoir l’objet de manière plus automatisée. Ce système a permis à la jeune entreprise de passer d’une soixantaine d’opérateurs en Chine à trois équipes de 5 personnes en France.

Reste que la relocalisation n’est pas toujours la solution. Dans un rapport, le FMI appelle plutôt à une diversification des approvisionnements pour faire face aux chocs. “Le démantèlement des chaînes de production mondiales n’est pas la solution – plus de diversification, et non moins, améliore la résistance”, soulignent les trois économistes à l’origine de ce rapport, Davide Malacrino, Adil Mohommad et Andrea Presbitero.

Mathilde Golla @Mathgolla

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