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Rencontre avec la bifurqueuse Cécile Thibault, devenue maraîchère après Sciences Po

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Publié le 08 août 2022

Depuis maintenant quatre ans, Cécile Thibault, diplômée de Sciences Po, a quitté le confort des bureaux. Elle a choisi de se dédier au maraîchage, un métier aussi éreintant que passionnant. Reportage au cœur de son quotidien aux Jardins de Longpré en Belgique pour en comprendre les raisons. Toute la semaine, Novethic explore les bifurcations, nouvelles voies pour un monde plus durable envisagées par de plus en plus d’étudiants.

Pas de répit en ce lundi 18 juillet caniculaire pour Cécile Thibault. Cette responsable d’exploitation maraîchère aux Jardins de Longpré en Belgique ne se laisse pas abattre malgré les 36 degrés atteints par le mercure. Ex-bordelaise, diplômée de Sciences Po et en sciences de l’environnement, elle doit gérer une opération de sauvetage des légumes fragilisés par les températures. Dès 5 heures du matin, une intense journée de travail commence pour elle et ses deux collègues sous son encadrement.

Terre sur les mains, visage bruni par le soleil… impossible de deviner qu’elle occupait auparavant les postes de responsable de projets d’innovation chez Suez, groupe spécialisé dans la gestion de l’eau et des déchets, puis de coordinatrice dans un incubateur de start-ups du numérique. Aujourd’hui, Cécile Thibault va de serres en serres. “Les basilics supporteront la chaleur, tu peux les laisser !”, lance-t-elle à sa collègue, secourant d’autres plants au bord de la brûlure.

Longpre redimensionne

La ferme de Longpré

“Je n’ai pas suivi les chemins tracés”

“Je voulais un poste opérationnel en usine, mais on ne me proposait rien qui me correspondait”, raconte la maraîchère qui s’est épanouie en quittant une situation pourtant confortable. “J’ai bifurqué dans le sens où je n’ai pas suivi les chemins tracés”, explique-t-elle. Autour d’elle, les réactions étaient plutôt positives. Sa mère était rassurée par son bagage d’études lui permettant de rebondir facilement. “Avoir fait des études procure une sécurité, c’est un vrai luxe”, reconnaît-elle. 

Elle a pris goût au maraîchage d’abord en étant volontaire en woofing, un réseau de fermes en agriculture biologique proposant le gîte et le couvert. Ensuite, la rencontre de plusieurs agriculteurs lors d’une formation de la coopérative Les champs des possibles l’a décidée d’en faire son métier. “Là, j’ai été convaincue que c’est un métier diversifié, engageant physiquement et que je ne m’ennuierai jamais”, dit-elle. C’est aujourd’hui à son tour de transmettre les ficelles de ce “métier pour hyperactif” en donnant des cours une fois par semaine à l’Institut Provincial d’Enseignement Agronomique de La Reid, une ville voisine.

“Je suis contente d’avoir un bagage scientifique solide”, commente-t-elle en préparant un “purin” pour le lendemain, savant mélange fermenté de phosphore, boutons d’ortie et miel autorisé en agriculture biologique. De nombreuses autres compétences acquises dans des postes d’encadrement en entreprise lui sont aussi utiles aujourd’hui. Logistique, marketing, commerce, recrutement… 

Sortir de carrières mortifères”

Dès ses premiers pas dans les études, Cécile Thibault a cherché à agir pour une société plus durable. Aujourd’hui dans les champs, France Culture dans les oreilles, elle suit de près les discours engagés des étudiants lors de leurs remises de diplôme. “Ce sont des appels salutaires qui montrent l’envie d’autre chose”, explique-t-elle. 

Sortir de carrières mortifères, pour reprendre leurs termes, je l’entends”, poursuit-elle défendant le boycott par l’emploi. “J’étais déçue que quelques-uns de mes collègues travaillent chez certains semenciers. Changer les choses de l’intérieur, oui, s’il y a une marge de manoeuvre, ajoute-elle. Elle nuance toutefois le passage controversé des étudiants d’Agro Paris Tech appelant à déserter : “dans mon métier, je dépends de gens qui construisent des serres, qui font des pompes intelligentes… Il faut des ingénieurs pour ça”.

Pour la suite, la maraîchère hyperactive pense lever le pied. “Je veux un enfant”, confie-t-elle au détour d’un chargement de légumes dans le pick-up. Pour réduire sa charge de travail, une solution pourrait être de se spécialiser. “La production d’œufs, pourquoi pas ?” Quoi qu’il en soit, Cécile Thibault travaillera dans un métier de production et conservera un pied dans la terre, que ce soit par des engagements associatifs et politiques ou dans la coopérative fermière où travaille son compagnon.

Fanny Breuneval

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