La COBEL Academy propose des Webinaires & Master Class

Rendez-vous raté avec l’agriculture durable : le Larzac défendait une agriculture raisonnée dès 1971

https://www.novethic.fr/fileadmin/Larzac-ok.jpg
Larzac ok

Publié le 19 juillet 2022

La Commission européenne déploie progressivement sa stratégie “de la ferme à la fourchette” pour verdir l’agriculture européenne. Une philosophie à rebours des grandes lignes de la Politique Agricole Commune (PAC) organisée pour “produire plus”. Pourtant, un autre modèle d’agriculture avait notamment été défendu depuis le plateau du Larzac dès 1971. Toute la semaine, Novethic revient sur ces rendez-vous historiques ratés avec l’écologie qui auraient pu être déterminants pour nos modes de vie.

La Commission européenne se lance dans une chasse aux pesticides chimiques. Fin juin, elle a rendu public son projet de règlement pour diminuer de moitié d’ici 2030 (par rapport au niveau de 2015) leur utilisation. Quant aux engrais, ils devraient eux être réduits de 20 %. Ces décisions concrétisent la première grande étape de la stratégie “de la ferme à la fourchette” présentée en 2021. Par ailleurs, un quart des terres cultivées devraient être consacré à l’agriculture biologique.

Ce plan porté dans le cadre du Pacte vert européen, le “Green deal”, vise à verdir l’agriculture européenne et changer de cap par rapport aux 60 dernières années de Politique Agricole Commune (PAC). Dès les années 70, pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer le modèle productiviste et proposer une alternative.

Défendre une agriculture raisonnée

Tout commence en 1971 lorsque le gouvernement Chaban-Delmas annonce vouloir multiplier par six la surface du camp militaire basé sur ces terres où paissent des brebis. L’État veut alors exproprier la centaine de paysans installés. Mais ces derniers qui se définissent alors comme “normaux, votant à droite et allant à la messe“, refusent de céder leurs terres. Ils sont rapidement rejoints par des centaines de milliers de soutiens aux idées détonantes pour cette région de France plutôt conservatrice. À rebours de la PAC et de de la libéralisation des marchés, ces bastions de militants défendent une agriculture raisonnée, distribuée en circuits courts et affranchie des filières industrielles.

Opérationnelle depuis 1962, cette politique visait à l’origine à accroître la productivité de l’agriculture mais aussi assurer un revenu décent aux exploitants tout en maintenant des prix acceptables pour la population et garantir l’autosuffisance alimentaire de la Communauté économique européenne (CEE). À cette fin, elle met en place des dispositifs de soutien aux prix agricoles par un système d’achats publics à tarif minimal garanti et la constitution de stocks régulateurs.

Mais ces outils sont démantelés et remplacés par des subventions européennes versées aux exploitants, réparties au prorata de la surface. En clair, plus un agriculteur exploite de terres, plus il reçoit de subventions. Cette transformation s’opère sous la pression de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le but est de “produire plus” : poussés à se spécialiser, les pays cultivent en priorité les aliments pour lesquels ils disposent d’avantages et importent le reste.

Symbole des luttes paysannes

Résultat, depuis trente ans, les pays européens intensifient les échanges de denrées alimentaires avec des pays du monde entier. Ce développement se fait au détriment d’une situation où chaque nation couvre ses besoins en toute autonomie et a structuré les paysages agricoles autour de grandes étendues de monocultures. Cette doctrine du “produire plus” a montré ses limites pendant la pandémie puis la guerre en Ukraine. 

Dans le Larzac, les paysans ont fini par avoir gain de cause. En 1981, le président François Mitterrand abandonne le projet. Après 10 ans de lutte, ce causse de l’Aveyron est aujourd’hui encore un symbole des luttes paysannes et les idées ont fait florès. Par exemple, en mars dernier, plus de 400 scientifiques ont publié un appel à une transformation du système alimentaire. “L’insécurité alimentaire mondiale n’est pas causée par une pénurie de nourriture. Elle est causée par une répartition inégale”, dénonce Sabine Gabrysch de PIK, l’une des autrices du rapport.

Toutefois le modèle productiviste fait de la résistance. La FNSEA, premier syndicat agricole en France, incitait encore récemment à “produire plus sur notre territoire“. 

Pour en savoir plus ou lire la suite : Source | Lien vers l'article