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Royaume-Uni : Liz Truss rappelle l’esprit thatchérien pour lutter contre une coalition anti-croissance

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Liz Truss RoyaumeUni Conservateur Oli Scarff AFP

Publié le 06 octobre 2022

Organisations environnementales, syndicalistes, partis d’opposition… La Première ministre britannique a fustigé ce qu’elle appelle une “coalition anti-croissance” dans son discours de clôture du Congrès du Parti conservateur. Liz Truss a déroulé un programme centré sur la dérégulation tous azimuts et les réductions d’impôts, avec pour but de relancer la croissance, sans véritable mention de l’environnement ou du climat. Un plan qui ne semble pas séduire les acteurs économiques et financiers, l’annonce du mini-budget ayant fait plonger les marchés.

“Croissance, croissance et croissance”, voici les trois priorités du 10 Downing Street, énoncées par Liz Truss en clôture du congrès du parti conservateur britannique le 5 octobre. “Nous n’avons pas d’alternative si nous voulons remettre notre économie en marche. Je suis prête à prendre des décisions difficiles“, déclare la Première ministre britannique en invoquant l’esprit de Margareth Thatcher et son célèbre “there is no alternative”. Sa feuille de route est claire. Elle entend miser sur la dérégulation tant du marché du travail, que des formalités administratives pour les entreprises ou celles ralentissant la construction d’infrastructures. Les réglementations héritées de l’Union européenne sont particulièrement dans sa ligne de mire, avec la volonté de s’en défaire totalement d’ici la fin de l’année.

La réduction des taxes est la deuxième pierre angulaire du programme britannique. Le mini-budget présenté fin septembre, qui prévoit 45 milliards de livres de baisse d’impôts, a créé une maxi-crise au sein de la majorité conservatrice. De nombreux députés se sont émus du fait que ces réductions d’impôts favorisaient principalement les ménages les plus riches, à un moment où l’inflation record (autour de 10 %) accentue encore les inégalités sociales du pays. Face au tollé suscité, le gouvernement a reculé, en effaçant la mesure la plus controversée consistant à baisser le taux de la tranche la plus élevée de l’impôt sur le revenu.

Une coalition anti-croissance en ligne de mire

Mais Liz Truss veut tenir bon sur son objectif de redresser la courbe de croissance du pays, qui frôle la récession, le PIB ayant reculé de 0,1 % au deux premiers trimestres de l’année. La Première ministre s’en prend vertement à ceux qui ne croient pas à son programme pour relancer la croissance du pays, en les regroupant au sein de ce qu’elle appelle “une coalition anti-croissance”. Elle y inclut pêle-mêle les autres partis politiques (Labour, LibDem), les syndicalistes et les associations environnementales, dont Extinction Rebellion et Greenpeace. Deux militantes de Greenpeace ont justement interrompu son discours en affichant une banderole “Qui a voté pour cela ?”.

Si elle déclare vouloir tenir l’engagement de neutralité carbone, le climat et l’environnement semblent bien loin des préoccupations du gouvernement. Liz Truss mise plutôt sur la théorie du ruissellement de l’économie, selon laquelle le fait de réduire l’impôt des plus riches et des entreprises permet de générer de l’investissement et de l’emploi. Un principe pourtant battu en brèche depuis quelques années. Même Joe Biden, le président des États-Unis, le critique. “J’en ai assez de l’économie du ruissellement. Cela n’a jamais marché, assène-t-il sur Twitter. Nous construisons une économie à partir du bas et du milieu.

Le monde économique et financier ne suit pas

Les milieux d’affaires non plus ne partagent pas tous non plus la philosophie de la Première ministre. À l’annonce du mini-budget prévoyant des baisses d’impôts, les marchés se sont effondrés et la Banque d’Angleterre a dû intervenir en rachetant des obligations souveraines pour éviter le krach. Après le discours de Liz Truss, la livre a de nouveau plongé face au dollar. Le Fonds monétaire international a critiqué les annonces britanniques sur ces réductions fiscales “non ciblées”. “La nature des mesures du Royaume-Uni vont probablement augmenter les inégalités“, prévient l’institution, alors que le pays connaît d’importants mouvements sociaux depuis l’été. Elle conseille à demi-mot au gouvernement britannique de revoir sa copie, notamment sur les réductions d’impôts accordées aux ménages les plus aisés.

Côté entreprises aussi, des voix dissonantes se font entendre. Un jour avant le discours de Liz Truss, Ben van Beurden, le directeur général de Shell, se prononçait au contraire en faveur d’une intervention de l’État pour réduire les inégalités. “D’une manière ou d’une autre, il faut une intervention du gouvernement qui résulte dans la protection des plus pauvres, déclarait-il à Londres, au cours d’un forum sur l’énergie. Cela signifie probablement que les gouvernements doivent taxer les gens dans cette salle (les entreprises de l’énergie, ndr) pour pouvoir le payer“.

Arnaud Dumas, @ADumas5

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