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Rubis rouge sang : Les grands noms de la joaillerie accusés de financer la junte militaire en Birmanie

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Publié le 16 décembre 2021

Alors que Noël, rendez-vous incontournable des joailliers, se rapproche, plusieurs géants du secteur sont pointés du doigt dans un nouveau rapport. L’ONG Global Witness soupçonne notamment Bulgari, propriété de LVMH ou Van Cleef and Arpels, filiale de Richemont, de s’approvisionner en rubis birman, alors que les bénéfices alimentent la junte militaire arrivée au pouvoir par un coup d’État. D’autres joailliers ont, eux, décidé de couper les ponts avec le pays.

On l’appelle le rubis “sang de pigeon” du fait de sa couleur rouge profond mâtiné d’une pointe de bleue. C’est un des joyaux les plus précieux de Birmanie, convoité à prix pharamineux sur le marché mondial. Mais ce rubis est aussi au cœur d’une polémique, accusé par les ONG d’être aussi rouge qu’il est entaché de sang du peuple birman. Dans un nouveau rapport de 70 pages, l’ONG britannique Global Witness dévoile ainsi comment l’armée birmane, qui a accédé au pouvoir par un coup d’État en février dernier, profite de sa mainmise sur le secteur pour générer de juteux profits. Or, à l’autre bout de la chaîne, ce sont les plus grands joailliers du monde qui sont pointés du doigt.

Bulgari, filiale du groupe LVMH est ainsi mise en cause, aux côtés de Van Cleef and Arpels, propriété du suisse Richemont ou encore la firme britannique Pragnell. L’ONG les soupçonne de s’approvisionner encore aujourd’hui en rubis birmans, malgré le contrôle de la junte militaire qui bafoue les droits humains. “En plus de diriger des entreprises qui exploitent de grandes mines, les groupes armés utilisent leur contrôle des zones proches de mines de rubis et des régions frontalières de Birmanie pour extorquer de l’argent aux mineurs et aux commerçants. Surtout, ils font entrer clandestinement les rubis en Thaïlande, où ils sont polis et traités, avant d’être vendus à des bijoutiers du monde entier”, décrypte l’ONG. 

Un mouvement de “boycott”

Un système tellement opaque qu’il est quasiment impossible de superviser la chaine d’approvisionnement d’un rubis birman. “Les entreprises de joaillerie doivent exiger la transparence des fournisseurs”, demande Clare Hammond, “Jusqu’à ce qu’ils sachent qu’ils sont approvisionnés de manière responsable, ils doivent cesser de vendre des rubis de Birmanie. Le fait qu’une poignée de marques aient déjà agi ne laisse aucune excuse pour ne pas emboîter le pas”, estime le chargé de campagne Global Witness.

Plusieurs joailliers ont en effet décidé de rompre leurs liens avec les pierres précieuses birmanes, que ce soient les jades, les perles ou les rubis. C’est le cas du joaillier Harry Winston, de la firme indienne Vaibhav Global ou encore de Tiffany, entreprise rachetée récemment par LVMH, qui affirme ne plus acheter de pierres précieuses birmanes depuis 2016. “Nous avons passé plus d’un an à explorer activement si nous pensions qu’il était possible de s’approvisionner de manière responsable en rubis birmans avec un éventail de parties prenantes (..). Cependant, au milieu de notre travail, la violence a éclaté en Birmanie. Compte tenu de la gravité de la crise, nous avons décidé de suspendre nos travaux dans le pays”, explique le joaillier sur son site. 

Ce “boycott” ne provient pas seulement des entreprises. Les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont imposé des sanctions économiques à la Birmanie notamment contre certains généraux mais aussi des conglomérats contrôlés par l’armée. Les Américains ont également dans leur viseur Myanmar Gems Enterprise, une compagnie en charge des licences et permis pour l’extraction de pierres précieuses. 

Au total, Global Witness estime que l’industrie des pierres précieuses en Birmanie pèserait en moyenne entre 350 et 415 millions de dollars par an, une évaluation qui pourrait être en réalité trois à quatre fois plus importante. Une manne financière importante pour l’armée qui a relancé illégalement l’exploitation des mines de rubis alors que leur licence n’avait pas été accordée par l’ancien gouvernement birman dirigé par Aung San Suu Kyi.  

Marina Fabre Soundron @fabre_marina 

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