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Serge paugam et les types de liens sociaux


Les quatre types de liens sociaux

Serge paugam et les types de liens sociaux

Serge Paugam identifie dans ses travaux, quatre type de liens sociaux qui rattachent l’individu aux autres, fondés sur des bases relationnelles différentes en termes d’intensité et de profondeur:

– les liens de filiation
– les liens de participation élective
– les liens de participation organisée
– le lien de citoyenneté

Bien que ces quatre liens soient des liens qui appartiennent à des sphères normatives différentes (famille, relations amicales et affectives, travail, citoyenneté), ils forment néanmoins un tout et ont une portée “intégratrice”, essentielle à l’individu pour pouvoir vivre et se développer dans la société. Ils ont en effet deux fondements communs: la protection (compter sur) et la reconnaissance (compter pour). Ces liens sociaux se renforcent mutuellement et sont censés favoriser l’intégration sociale de l’individu.


Le lien de filiation

Le premier type de lien social concerne le lien de filiation naturelle, c’est-à-dire celui de l’individu avec les membres de sa famille (cellule familiale), à savoir ses parents, avec sa lignée (ascendants – descendants), avec ses enfants. Il s’agit donc de relations qui relèvent de l’inné, c’est-à-dire que l’on a à sa naissance (grands-parents, parents, oncles et tantes…) ou qui dépendent de son patrimoine génétique (enfants, petits-enfants, cousins, neveux et nièces ). Dans ce type de liens, l’individu n’a pas de liberté de choix, il est dans un système contraint (faible autonomie d’action).


Le lien de participation élective

Le deuxième type de lien est le lien de participation élective. C’est le lien qui renvoie au choix que fait l’individu au niveau de sa relation à l’autre, dans le cadre de relations interpersonnelles selon leurs désirs, leurs aspirations et leurs valences émotionnelles. Il relève de la socialisation extra-familiale au cours de laquelle l’individu entre en contact avec d’autres individus qu’il apprend à connaître dans le cadre de groupes divers et d’institutions.  Il se définit  ici comme l’union entre des personnes qui se sont choisies, pour des raisons de proximité géographique, culturelle, sociale ou affective. Ce type de liens recouvre par conséquent plusieurs formes d’attachement non contraint. Ce sont donc des liens qui se construits sur une base affinitaire (amitiés entre deux personnes, relations amoureuses, relations sociales, voisinages, relations culturelles ou sportives, groupes communautaires) et qui vont évoluer avec le temps (nouvelles rencontres, délitement, ruptures, séparations…). Certains de ces liens vont donc se défaire, d’autres se créer ou se (re)constituer, en fonction des circonstances et au gré des situations. Lorsque ces liens interpersionnels s’opèrent en dehors de la cellule familiale comme “institution” (contrat),à l’instar de l’amitié ou de relations amoureuses libres, ces relations correspondent parfaitement à la définition du lien de participation élective. Elles sont perçues comme désintéressées et comme détachées des contingences sociales qui caractérisent les autres formes de sociabilité.


Le lien de participation organique

Le lien de participation organique renvoie au monde du travail autour de formes de solidarité organique au sens de Durkheim. Ces liens sont structurés autour d’échanges et de complémentarités au sein d’un mode d’organisation global du travail, structuré autour de différentes fonctions spécialisés qui obligent chaque individu à s’unir aux autres (division sociale du travail), pour accomplir sa mission et trouver un sens (apport, valeur, contribution) dans la société. Pour l’auteur, l’intégration des individus au système social passe par leur intégration – directe ou indirecte – au monde du travail et de l’emploi, ce qui leur assure d’une part, une protection (détention d’un emploi, d’une activité stablisée) mais aussi une fonction précise, interdépendante des autres, source d’utilité sociale (reconnaissance matérielle et symbolique).


Le lien de citoyenneté

Le lien de citoyenneté dans les sociétés modernes et démocratiques est le lien qui rattache à un autre univers normatif, celui des citoyens auquel on appartient (principe de l’appartenance à une nation). Dans son principe, l’Etat – nation va reconnaître à ses membres des droits et des devoirs et en fait des citoyens à part entière. En effet, l’importance de la protection est donnée aussi par le fait d’avoir des droits civils, politiques, sociaux, de pouvoir vivre dans un état de droit (sécurité) fondé sur des principes d’égalité. Le lien de citoyenneté repose par conséquent sur une conception exigeante des droits et des devoirs de l’individu.


Conclusion

Ces quatre types de liens sociaux présentés par le sociologue Serge Paugam sont à la fois différents en termes de référentiel normatifs et complémentaires en termes de protection et d’utilité sociale pour l’individu dans son rapport à la société. Ils constituent en effet le tissu social qui entoure l’individu depuis sa naissance jusque dans la conduite de l’ensemble de ses activités économiques (entreprise), sociétales (citoyenneté), sociales (écoles, associations, communautés) et affectives (couple, réseau amical). Plus précisément, en matière d’ identité, l’individu peut aussi bien faire référence bien à sa nationalité (lien de citoyenneté), à sa profession (lien de participation organique), à ses groupes d’appartenance (lien de participation élective), à ses origines familiales (lien de filiation). Dans chaque société, ces quatre types de liens constituent donc la trame sociale qui préexiste aux individus et à partir de laquelle ils sont appelés à tisser leurs appartenances au corps social par le processus de socialisation. Si l’intensité de ces liens sociaux varie d’un individu à l’autre en fonction des conditions particulières de sa socialisation, elle dépend aussi de l’importance relative que les sociétés leur accordent. Ainsi, le rôle que jouent par exemple les solidarités familiales et les attentes collectives à leur égard est variable d’une société à l’autre. De même, les formes de sociabilité qui découlent du lien de participation élective ou du lien de participation organique dépendent en grande partie de son milieu d’origine et de ses rencontres au fil du temps. Enfin, l’importance accordée au principe de citoyenneté comme fondement de la protection et de la reconnaissance est étroitement liée au mode de gouvernance des États.


Pour aller plus loin

Paugam S. (2000), Le lien social, Paris, PUF “Que sais-je ?”, 2008.
Paugam S. (2000), Le salarié de la précarité. Les nouvelles formes de l’intégration professionnelle, Paris, PUF, coll. “Le lien social”, nouvelle édition “Quadrige”, 2007.
Paugam S.(2009), La disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté , Paris, PUF, 1991, huitième édition avec une préface inédite “La disqualification sociale, vingt ans après”, coll. “Quadrige”.
Singly F.(2003), Les uns avec les autres, Paris, Armand Colin, 2003, p. 73-74.
Durkheim E. (1893), De la division du travail social, Paris, 1893, PUF, coll. “Quadrige/grands textes”, 2007.
Bourgeois L. (1998), Solidarité, (1ère édition 1896), Villeneuve d’Ascq, Presses du Septentrion.

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