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Six propositions pour compter différemment dans le monde de demain

Chroniques d’experts

Stratégie

Le 03/03/2021

©  Getty Pictures


Temps de lecture: five minutes

La crise a permis de mettre en lumière les nombreuses évolutions qui seront nécessaires à l’avenir. Un des points essentiels de la bascule du monde d’avant vers le monde d’après est le changement de langage des entreprises.

Aujourd’hui, seule la comptabilité financière sert de boussole. Demain, il faudra une comptabilité multi-capitaux (par exemple, financier, humain, intellectuel, sociétal et naturel), qui permettra d’avoir une vision à 360° sur la destruction et la création de valeur des entreprises. La Loi PACTE en France a initié cette volonté, à travers les entreprises «  à mission  », en permettant aux organisations d’intégrer concrètement les enjeux sociétaux et environnementaux au cœur de leur stratégie.

Première proposition : toutes les entreprises devront élargir leur champ de vision pour passer d’un capital financier à une dimension multi-capitaux (capital financier, capital naturel, capital social…) . Par exemple, l’entreprise Olam (spécialisée dans les matières premières agricoles) utilise désormais sept capitaux, dont le capital financier bien sûr, mais aussi six autres, parmi lesquels le capital social, humain, naturel, intangible, ou encore intellectuel, qui sont inclus dans la perspective d’une création de valeur à long terme. D’autres, comme Danone, travaillent davantage sur le capital santé . De son côté, Vivendi a initié, en 2013, un travail sur le capital culturel. Plus de 1500 entreprise s ont aujourd’hui adopté le modèle du reporting intégré , qui propose un modèle à six capitaux. De nombreux modèles de comptabilité «  multi-capitaux  » se sont développés sous l’impulsion du framework de l’ International Built-in Reporting Council , puis ensuite de la Capitals Coalition , une coalition d’organisations qui incite à intégrer plusieurs types de capitaux dans les systèmes de décision des entreprises.

Deuxième proposition : toutes les entreprises devront avoir une nouvelle boussole. Le donut de Kate Raworth (une économiste et éditorialiste britannique, auteure du livre «  La théorie du Doughnut   ») permet à la fois de prendre conscience des limites environnementales de la planète (un concept développé au Stockholm Resilience Center) et des fondations de notre société, telles que l’accès à la santé ou à l’éducation pour tous, ce qui permet aux managers de guider leur organisation dans la bonne direction. Aujourd’hui, seules 876 entreprises ont promis d’agir en suivant des objectifs liés à la science pour le climat (objectif notamment de ne pas dépasser les 2° ou 1, 5°C de réchauffement), alors que toutes devraient fonctionner en prenant cette boussole comme référence. C’est ce que fait, par exemple, Olam, qui prend en compte la limite planétaire du réchauffement climatique (cela correspond pour une entreprise à un budget carbone maximum, qui est lui-même une part du budget carbone mondial) et celle du revenu décent (limite basse du salaire décent à payer à tous ses employés, souvent supérieur au salaire minimum). D’autres, comme Alpro (agro-alimentaire), à travers leur travail avec le WWF, contribuent à créer les méthodes de calcul des limites planétaires, afin de déterminer le budget eau et biodiversité maximum de chaque organisation et ne pas aggraver l’extinction de masse de certaines espèces.

Troisième proposition : la nouvelle comptabilité devra être transformative , et orienter les entreprises vers l’avenir. Il ne s’agit plus de regarder dans le rétroviseur, mais vers l’horizon. Ainsi, les indicateurs de performance devront se réorienter vers l’action et la gouvernance nécessaire pour guider l’organisation. Les indicateurs démontrant la performance passée ne suffisent plus à comprendre si les entreprises ont pris le virage adéquat pour faire face aux enjeux d’avenir. C’est ce que demande le framework de l’IIRC depuis 2013 et celui de la Task Force on Climate-related Financial Disclosures depuis 2017, avec la nécessité de travailler sur des scénarios d’anticipation, qui incluent l’objectif de ne pas dépasser les +2°C des accords de Paris. La World Benchmarking Alliance a décidé d’agir pour transformer sept domaines clés (l’environnement urbain, l’agro-alimentaire…) en développant des indicateurs clés : elle a ainsi créé une analyse comparative du secteur poissons et fruits de mer, un secteur qui vise à se transformer grâce au projet SeaBos , piloté selon un partenariat industrie-scientifiques, notamment avec le Stockholm Resilience Centre (un centre de recherche qui est le fer de lance mondial dans la conduite de recherches interdisciplinaires sur la science de la résilience et de la durabilité).

Quatrième proposition : les directeurs financiers deviendront des  «  Chief Value Officers  », capables d’être les business partners non plus d’une seule valeur financière, mais d’une création de valeur multiple. Le Chief Value Officer s’assure de pouvoir transmettre à la direction les résultats d’une comptabilité de différents capitaux sur l’atteinte des objectifs et la stratégie à long terme. Grâce aux résultats de cette nouvelle comptabilité, il guide l’évolution du enterprize model de son organisation vers un modèle plus résilient. Ce n’est pas une utopie mais déjà une réalité au sein de plusieurs entreprises qui ont créé des modèles de comptabilité innovants, avec des équipes «  finance for sustainability  », comme Olam (matières premières agricoles), SSE (énergie) ou Orsted (énergies renouvelables). L’association Accounting for Sustainability a créé des réseaux de DAFs qui ensemble deviennent des «  Chief Value Officers  » au Royaume-Uni, au Canada et aux Etats-Unis.

Cinquième proposition : embarquer, au-delà des grandes entreprises, les PME dans la voie d’une comptabilité multi-capitaux. Aujourd’hui, les outils sont disponibles et adaptés : comme l’initiative ACT , qui accompagne les entreprises dans leur transition bas carbone, ou la transposition des science-based targets (objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à la hauteur du défi climatique) pour les PME. Les nouveaux experts-comptables, formés à la comptabilité multi-capitaux, pourront accompagner les entreprises dans ce nouveau monde.

Sixième proposition : modifier radicalement la formation aux métiers du chiffre afin de préparer les comptables, les contrôleurs de gestion, les auditeurs internes et externes au monde demain. Nous ne devons plus former à des techniques qui mettent des œillères aux futurs managers. Au contraire, nous devons les former aux compétences et aux outils qui leur permettront d’accompagner les entreprises dans le monde d’après. La première formation au monde dédiée à la transformation des équipes comptabilité, contrôle et audit ouvrira à Audencia en mars 2021.

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