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Social et green washing : La Coupe du monde de foot 2022 est récompensée pour ses pratiques responsables

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Qatar foot ouvriers

Publié le 28 juin 2022

La Coupe du monde de football organisé au Qatar en novembre prochain a obtenu la norme “ISO 20121” qui distingue les bonnes pratiques environnementales et sociales dans le domaine de l’événementiel. Alors que les organisateurs se félicitent de cette distinction, après les scandales de travailleurs migrants morts sur les chantiers du mondial, la pertinence des critères d’attribution de cette norme est questionnée. 

Elle n’a pas encore commencé mais la Coupe du Monde de football est déjà championne toutes catégories de “green” et “social” washing. Organisé au Qatar en novembre prochain, l’événement sportif international de la Fifa vient d’obtenir la certification “ISO 20121”. Cette distinction internationale récompense les “systèmes de management responsable appliqués à l’activité événementielle“. L’objectif de cette norme est d’”intégrer les principes du développement durable dans son ensemble (environnemental, social/sociétal et économique)“, précise encore le certificateur. 

Nasser Al Khater, PDG de Qatar 2022, s’est ainsi félicité de voir ses pratiques et son engagement “reconnus par un organisme indépendant (…). J’espère que les futurs organisateurs de tournois nous considéreront comme un modèle pour organiser un méga-événement“, ajoute ce dernier. Même satisfecit de José Retana, responsable développement durable de l’événement, qui se réjouit qu’une entité tierce valide ses pratiques “d’un événement inclusif, vert et axé sur l’héritage“. Accessibilité aux “fans handicapés”, réduction des déchets,  “politique d’achat durable“… les organisateurs ont souligné leurs efforts alors que la Fifa et le Qatar affirment que l’édition 2022 sera “neutre en carbone“. 

Une compétition “neutre en carbone

Mais ces gestes apparents masquent une réalité moins reluisante. Plusieurs enquêtes ont en effet alerté sur les nombreuses infractions aux droits humains les plus élémentaires sur les chantiers de construction des stades au Qatar. Au total, 6 500 travailleurs migrants seraient décédés sur ces chantiers depuis 2010, selon une enquête du “Guardian”. “Les causes de la mort de milliers de travailleurs migrants sont dissimulées par le Qatar”, souligne de son côté Amnesty international qui évoque près de 70 % de décès inexpliqués.

Par ailleurs, contrairement aux annonces des organisateurs qui affirment que la Coupe du monde est inclusive, une enquête publiée par trois médias scandinaves révèlent que les couples gay sont refusés par plusieurs hôtels recommandés par la Fifa.

La crédibilité de la norme mise en cause

Des experts indépendants mettent ainsi en cause la crédibilité de la norme ISO 20121 qui “a intérêt à revoir sa méthodologie“, indique ainsi Gilles Dufrasne, à la tête de l’ONG belge Carbon Market Watch qui publie le rapport : “Mauvais tacle : Carton jaune pour la FIFA 2022 sur sa déclaration de neutralité carbone pour la Coupe du monde”. L’association qui passe les marchés carbone à la loupe pour lutter contre le greenwashing démonte aussi les belles paroles de la Fifa sur la neutralité carbone. “La communication de la Fifa est abusive et mensongère. Ils sous-estiment les émissions globales des constructions des stades“, indique ainsi Gilles Dufrasne, alors que sur les huit stades construits pour l’évènement, sept l’ont été spécifiquement pour la compétition. D’autant que ces derniers seront climatisés durant la compétition.

Pour tenir ses engagements, le Qatar annonce également se tourner vers la compensation carbone. Ce mécanisme permet de “compenser” les émissions d’un projets émetteur de CO2 par l’achat de crédits carbone volontaire censés financer des projets qui séquestrent ou évitent des émissions. Mais “les crédits carbone de la Fifa sont de très mauvaise qualité“, précise Gilles Dufrasne. “Les crédits achetés sont adossés à des projets de construction d’éoliennes en Turquie qui auraient probablement vu le jour sans ces crédits carbone. La nuance est importante car le but des crédits carbone est de financer des projets qui n’auraient pas existé sans eux et non de s’ajouter à un financement déjà bouclé“, explique Gilles Dufrasne. D’autant que pour certifier les projets, la Coupe du monde 2022 a créé son propre programme, le Global Carbon Council. Une instance ni “crédible“, ni “indépendante” dénonce Carbon Market Watch.

Mathilde Golla @Mathgolla

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