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Stéphane Foucart, journaliste au Monde : Encore aujourd'hui, les lobbyistes “réussissent à semer le doute et ce sont eux qui gagnent”

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Stephane Foucart Le Monde

Cela a été le cas avec l’étude sur les résidus de pesticides qui pourraient annuler le bénéfice sanitaire des fruits et légumes les plus contaminés que nous avons relayée. Une part des critiques qui nous ont été adressées n’est pas complètement absurde. Toutes choses égales par ailleurs, il vaut mieux consommer des fruits et légumes, même s’ils ne sont pas bio, plutôt que de la charcuterie ! Nous n’avons d’ailleurs jamais écrit le contraire. L’idée n’est pas de nourrir la défiance sur ce point. Cette étude n’a d’ailleurs rien fait d’autre que conforter le Programme national nutrition santé (PNNS) qui recommande de manger des fruits et légumes et d’”aller vers plus de bio”.

De plus, l’étude seule n’est pas centrale – nous n’y avons d’ailleurs consacré qu’un petit article de pied de page. Mais il faut la considérer dans le cadre d’une suite de travaux qui ont exploré cette question. La recherche est un puzzle et quand les pièces s’accumulent, il faut relever les signaux d’alerte.

Pourquoi cette publication a créé une telle controverse* ? 

La polémique est malhonnête. C’est cette manufacture du doute où l’on occulte certains résultats, où l’on donne la parole à des gens dont ce n’est pas la spécialité, par exemple un nutritionniste retraité spécialiste de la viande, qui n’a jamais travaillé sur la question.

Un même mécanisme a été à l’œuvre sur le climat. Des journalistes ont pendant longtemps tendu le micro à des scientifiques dont ce n’est pas la spécialité, présentant leur parole comme autorisée alors qu’elle ne l’est pas. C’est comme cela que le climato-scepticisme s’est implanté dans la société à partir de la fin des années 2000. C’est beaucoup moins le cas aujourd’hui.

Certains lobbyistes ne se cachent plus, à l’image du patron de Syngenta qui affirme que des “produits bio tuent”… 

Oui, c’est vrai. Si on avait prévenu il y a 50 ans que 75 % de la biomasse d’insectes volants allait disparaître, personne n’aurait signé pour investir dans une agriculture ultra-dépendante aux pesticides. Si on avait dit à ceux qui les manipulent que ces produits allaient provoquer chez eux une hausse des maladies de Parkinson, de certains cancers, etc., ils n’auraient pas souhaité leur développement. 

Or aujourd’hui la recherche est en train de démontrer tout cela. Des résultats absolument majeurs confirment les liens de causalité entre, par exemple, l’utilisation des pesticides par les agriculteurs et l’apparition de cancers, en particulier de lymphomes… et d’autres maladies chroniques. Les critiques se multiplient à mesure que les résultats convergent. Cela crée un point de crispation très fort. Au lieu d’en prendre note et de changer, des industriels tentent de discréditer ces éléments de preuves. Ils réussissent à semer le doute et, d’une certaine manière, ce sont eux qui gagnent.

Mais comment réagissez-vous face à toutes ces attaques ? 

Cela me donne encore plus envie de suivre les sujets pour montrer que l’on a eu raison ! À l’image de ce que mes collègues du Monde ont vécu sur le Bisphénol A, dont plus personne ne nie aujourd’hui les effets délétères. Dès le milieu des années 2000, ils avaient multiplié les alertes pour alerter des effets nocifs de ce produit. Mais ils ont été, comme d’autres journalistes, accusés d’obscurantisme, de “vendre de la peur”, etc. Des critiques comparables à celles d’aujourd’hui sur les pesticides leur étaient adressées, sur un même registre rhétorique.

Les réflexes sont aussi identiques : d’abord on tente de protéger la production de richesses à court terme, la santé et l’environnement viennent après. Les journalistes avaient sonné l’alerte : c’est notre rôle social. Ce n’est pas de relayer la communication des grandes entreprises.

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