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“Sur la question des nanomatériaux, nous devons questionner leur utilité au regard des risques pour la santé” – Eclairage avec Aurélie Niaudet

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Actualité du 19/05/2021

 

« Sur la question des nanomatériaux, il faut être pragmatique : connaître les expositions, identifier les usages et questionner leur utilité au regard des risques pour la santé ».

Aurélie Niaudet, en charge de l’évaluation des risques liés aux agents physiques, nous explique les enjeux pour évaluer les nanomatériaux.

Quelles sont les particularités des nanomatériaux ?

Leur très petite taille leur confère des propriétés inédites comme la résistance, la conductivité ou la capacité à véhiculer d’autres substances. Ces propriétés des nanomatériaux sont très recherchées et de plus en plus exploitées, mais elles peuvent aussi induire des comportements particuliers lorsqu’ils entrent en interaction avec l’être humain ou l’environnement. Par exemple, nous savons qu’ils ont la capacité de passer les barrières physiologiques comme la peau ou le tractus respiratoire et certains d’entre eux présentent également une toxicité spécifique. Une fois le corps humain exposé se pose ensuite la question de la répartition de ces nanomateriaux dans les différents organes et leur capacité à s’y accumuler.

Quelles difficultés rencontrez-vous pour évaluer les effets des nanomatériaux ?

En fonction de leurs formes et caractéristiques, les nanomatériaux vont interagir différemment avec le vivant. Une grande variété de paramètres peut ainsi influencer leur toxicité : leur nature chimique, par exemple la silice, le titane, ou encore l’argent, mais aussi leur taille, leur forme, leur surface, leur enrobage ou encore la spécificité de leur revêtement, lorsqu’il existe. De manière générale, pour pouvoir évaluer les risques liés aux nanomatériaux, trois étapes sont nécessaires : s’accorder sur des critères pour les définir, décrire les principales expositions et comprendre leurs comportements et leurs effets.  En effet, aujourd’hui, il n’existe pas de définition claire et unique des nanomatériaux. Au-delà de la taille, peu de paramètres physico-chimiques sont pris en compte dans la définition actuellement proposée par la commission européenne. Pour protéger les populations, il faut être pragmatique et avant tout connaître ceux auxquels nous sommes les plus exposés.

Sur quoi portent les travaux de l’Anses concernant les nanomatériaux?

Á l’Anses, nous travaillons depuis longtemps sur cette thématique. Nous évaluons les risques que représentent les nanomatériaux, que ce soit pour la population générale, les travailleurs qui manipulent ces substances, par exemple lors de la fabrication de produits, ou encore pour l’environnement.
Parmi nos travaux, on peut citer ceux sur le dioxyde de titane, employé notamment en tant qu’additif alimentaire, mais aussi sur le nano argent utilisé pour ses propriétés antibactériennes. Nous avons également développé des travaux méthodologiques pour proposer des alternatives aux méthodes d’évaluation classiquement utilisées, et mieux intégrer les différents comportements de ces composés. Nous avons récemment publié un état des lieux de la présence de nanomatériaux manufacturés dans l’alimentation et proposé une méthode adaptée permettant d’évaluer les risques sanitaires que représentent de tels matériaux lorsqu’ils sont présents dans les aliments.

L’Anses gère par ailleurs le registre de déclaration « R-Nano » : un dispositif de déclaration obligatoire des substances mis en place en 2013 pour améliorer la traçabilité des substances à l’état nanoparticulaire produites, importées, et distribuées en France. En 2020, une analyse du dispositif a mis en avant la mauvaise qualité des données déclarées et a conduit l’Anses à émettre des recommandations à l’attention des déclarants et des ministères pour consolider ce registre et renforcer son utilité.

Enfin, grâce au Programme national de recherche Environnement-Santé-Travail, piloté par l’Agence, nous finançons également des projets de recherche sur leurs effets, leur devenir dans l’environnement mais aussi sur le suivi de l’exposition des populations, etc.

Pour conclure, que recommandez-vous pour protéger les populations ?

Vous aurez compris que les zones d’ombre sont donc encore nombreuses sur les expositions des populations aux nanomatériaux et leurs impacts potentiels sur la santé et l’environnement. Au-delà du renforcement de l’encadrement règlementaire, il s’agit, par précaution, de limiter les expositions des populations et de l’environnement en privilégiant les produits sûrs et équivalents en matière d’efficacité et dépourvus de nanomatériaux. De plus, face aux inconnues qui demeurent sur les nanomatériaux, certains usages paraissent artificiels et l’Agence réitère sa recommandation de restreindre le recours aux produits contenant des nanomatériaux dont l’utilité pour la population est faible.

Pour en savoir plus ou lire la suite : Source | Lien vers l'article

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