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Thierry Colombié : “Le polar vert est une arme de sensibilisation massive contre les criminels climatiques”

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Thierry colombie

Publié le 29 juillet 2022

ENVIRONNEMENT

Ce sont des crimes écologiques qui devraient passionner adolescents et adultes. Après s’être attaqué aux algues vertes et au trafic de civelles, l’expert en criminalité organisé Thierry Colombié va publier une saison deux de sa série de polar vert sur l’ours et la forêt. Entretien avec un écrivain qui veut créer un “laboratoire de l’imaginaire collectif des nouvelles générations”. 

Vous avez publié un polar vert à destination des jeunes, sur le trafic des civelles et les algues vertes. Quel a été l’élément déclencheur ? 

Je m’intéresse depuis longtemps à la criminalité organisée. Or je me suis aperçu qu’il y avait un grand déficit de connaissances sur ce sujet. La première fois que j’ai personnellement rencontré cette criminalité environnementale c’était en 1994 en Colombie, mon premier terrain d’études pour l’Observatoire géopolitique des drogues. C’était juste après la mort d’Escobar, j’ai étudié les cartels colombiens de cocaïne et de cannabis. Déforestation, pollution chimique… C’est un symbole de la criminalité environnementale. Je suis ensuite partie à Madagascar où j’ai découvert le trafic de lémuriens. 

Pourquoi avoir choisi la fiction pour évoquer la criminalité environnementale ? 

La criminalité organisée, qui plus est environnementale, est le parent pauvre de la recherche. Aucun chercheur en France ne travaille sur la criminalité organisée. Si, en tant que journaliste, vous cherchez un interlocuteur ni juge ni parti pour vous donner des informations sur la mafia russe en France par exemple, vous n’en trouverez pas. Partant de ce constat, je me suis dit que la fiction était un très bon outil, une arme de sensibilisation massive de lutte contre tous les criminels, à commencer par ceux qui ont déréglé le climat. En tant que père et chercheur, j’ai une obligation morale de rendre compte de la préservation de la biodiversité, des délits et crimes contre la nature. En m’adressant à la jeunesse, j’espère faire de Polar Vert un laboratoire de l’imaginaire collectif des nouvelles générations. 

Pourquoi avoir choisi les algues vertes et le trafic des civelles pour la cette première série ? 

En 2009, je passe mes vacances à côté de Saint-Michel-en-Grève, là où un incident majeur va déclencher mon intérêt : un cheval est retrouvé mort sur la plage, et son cavalier tombe dans le coma. En tant que fils de paysan, j’avais déjà connaissance des impacts de l’agriculture intensive sur les cultures et sur la santé, en tout cas en Bretagne à partir des usines à cochon, des usines à viande. Ça m’a alerté. L’arrivée du Premier ministre de l’époque sur les lieux, qui déclare “s’occuper” des algues vertes m’a alerté. J’ai commencé à m’interroger sur ce phénomène.

Quelle est l’intrigue de cette première série ? 

Le personnage principal, Klervi, découvre son frère, inanimé sur la plage du Palandrin à Penestin avec son cheval. Il a été intoxiqué par les algues vertes en décomposition et ses rejets d’hydrogène sulfuré. Elle tente de lui porter secours et tombe elle aussi dans le coma alors qu’en toile de fond, son petit ami, Lucas, issu d’une famille de notable, est impliqué dans un trafic de civelles. La jeune fille se retrouve à jouer les espionnes malgré elle. 

Qu’est-ce que vous générez chez le lecteur ? Une prise de conscience ? 

D’abord prendre plaisir à lire, en essayant de pouvoir amener du suspens. Comme c’est un polar il faut une maîtrise du suspens implacable. Mais aussi une prise de conscience de toutes les atteintes qui sont liées à l’environnement et à la santé publique. La question des algues vertes c’est une question de santé publique. Quand il y a des plages sur lesquelles on ne peut plus se baigner, quand on ne peut plus randonner à côté de certaines baies parce qu’il y a une odeur pestilentielle qui peut causer des troubles…. Ça doit alerter. Si j’y parviens, c’est déjà beaucoup. 

Propos recueillis par Marina Fabre Soundron @fabre_marina 

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