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Total est accusé de financer la dictature en Birmanie via des montages financiers opaques

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Publié le 04 mai 2021

GOUVERNANCE D’ENTREPRISE

Alors que plusieurs entreprises ont décidé de quitter la Birmanie depuis le coup d’État de la junte militaire, Total reste. Le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, assure qu’il s’agit de continuer à fournir l’électricité de millions d’habitants sur place mais une nouvelle enquête du journal Le Monde jette le doute sur la situation. Total est accusé d’avoir monté un système financier avantageux pour une entreprise contrôlée par les militaires. 

C’était le 1er février dernier. La junte militaire s’empare du pouvoir en Birmanie et procède à une vague d’interpellations dont celle de la dirigeante du pays, Aung San Suu Kyi, considérée comme beaucoup de Birmans comme une icône de la démocratie. Plusieurs milliers d’habitants défilent alors dans les rues contre ce coup d’Etat. La répression est sanglante : plus de 570 civils sont tués. C’est dans ce contexte de crise que plusieurs entreprises, dont Voltalia et EDF, décident de quitter le pays. L’électricien français suspend ainsi le développement de son projet hydroélectrique en Birmanie évoquant le “respect des droits humains”.

Total décide de rester, malgré les protestations de plusieurs ONG dont Justice for Myanmar ou Extinction Rebellion qui organise des manifestations en France. Patrick Pouyanné, le PDG de Total, argue que l’activité de production offshore en Birmanie fournit la moitié de l’électricité des cinq millions d’habitants de la ville de Rangoun. “Une entreprise comme Total peut-elle décider de couper l’électricité de millions de personnes avec les conséquences que cela implique”, s’interroge-t-il. Mais une nouvelle information pourrait changer la donne. 

Un système opaque 

Dans une enquête publiée le 4 mai, le journal Le Monde accuse le groupe d’avoir mis en place un système de montage financier autour du gazoduc sous-marin de 346 kilomètres qui relie le gisement de Yadana à la Thaïlande. “Ce tuyau ne se contente pas de transporter du gaz : il est le cœur d’un système où des centaines de millions de dollars provenant des ventes de gaz sont détournées des caisses de l’Etat birman vers la Myanmar Oil and Gaz Entreprise (MOGE), une entreprise publique à la gestion opaque, contrôlée par les militaires”, dévoile le journal.

Nos confrères, qui ont eu accès à plus de 120 000 documents officiels qui ont fuité de l’administration birmane, révèlent deux informations pour le moins surprenantes. D’abord, l’entreprise propriétaire du pipeline, MGTC, dont Total est le premier actionnaire, réalise 98 % de bénéfice net avant impôt. “Un chiffre surréaliste, voire anormal”, note Le Monde. “Plusieurs experts du secteur rapportent que cette pratique est le signe d’un montage fiscal particulier”, poursuit le journal. Ensuite, les propriétaires du tuyau et de l’exploitation du gisement sont les mêmes : Total, Chevron, le thaïlandais PTTEP et l’entreprise publique birmane MOGE.

Un projet controversé depuis les années 90

“Pourquoi une entreprise facturerait-elle ses services à un prix jugé exorbitant par certains à son double, détenu par les mêmes actionnaires ?”, s’interroge Le Monde. Ce système permettrait en réalité de payer très peu d’impôts à l’État Birman tout en versant de généreux dividendes à ses actionnaires. “Résultat : les bénéfices colossaux des opérations gazières ne transitent plus par les caisses de l’État birman, mais sont massivement récupérés par une entreprise totalement sous contrôle des militaires“, décrypte Le Monde.

Le pétrolier lui, assure qu’il s’agit d’un “schéma classique”. Mais depuis les années quatre-vingt-dix le groupe s’enlise dans ce projet déjà considéré comme controversé. En 1991, trois ans après une répression sanglante contre La ligue nationale pour la démocratie de Aung Sann Suu Kyi, plusieurs cadres du pétrolier proposaient “à la junte birmane de construire un gazoduc pour relier un gisement off-shore à la Thaïlande”, écrivait Libération en 1996 qui titrait ainsi son article : “Accusé de cautionner la junte au pouvoir, le groupe pétrolier pourrait subir un boycott international”. L’histoire se répète. 

Marina Fabre, @fabre_marina

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