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Total, Renault, Auchan… les entreprises priées de se doter d’une “politique étrangère”

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Auchan AFP Russie

Publié le 30 mars 2022

GOUVERNANCE D’ENTREPRISE

Après des jours ou même des semaines de silence, ces trois entreprises ont finalement pris la parole pour expliquer leur choix de quitter ou de se maintenir en Russie. Le président Ukrainien, des ONG, des citoyens ou même des salariés les avaient sommés de “choisir leur camp”. En effet, les entreprises sont désormais considérées comme des entités politiques dotées de valeurs qui doivent préciser leurs positions. Les outils de RSE peuvent les aider à instruire leur “politique étrangère”.

Les valeurs valent plus que les bénéfices“, a lancé Volodomyr Zelensky devant les députés et sénateurs français. “Renault, Auchan (groupe Mulliez), Leroy Merlin et autres doivent cesser d’être les sponsors de la machine de guerre de la Russie“, a ajouté le président Ukrainien. Peu après cette déclaration, Decathlon, une enseigne de la galaxie Mulliez avec Auchan et Leroy-Merlin, a décidé de suspendre ses activités en Russie, en raison de problèmes d’approvisionnement.

Decathlon est amené à suspendre l’exploitation de ses magasins”, affirme le groupe. À l’inverse, le PDG d’Auchan Retail International, Yves Claude, a défendu le maintien de ses activités en Russie. Le géant de l’agroalimentaire qui réalise 10% de ses ventes mondiales dans le pays présidé par Vladimir Poutine, “a un positionnement de discounter et nous pensons contribuer en période de forte inflation à protéger le pouvoir d’achat des habitants“, se défend Yves Claude dans le JDD. 

Un argument que n’entend pas le gouvernement Ukrainien qui a appelé, dimanche 27 mars, à boycotter les magasins Auchan mais aussi Leroy-Merlin et Decathlon, tous détenus par le groupe Mulliez.

Les outils de RSE pour gérer ces risques

Des citoyens, des ONG, des salariés ou encore des syndicats avaient également appelé au boycott de grands groupes qui poursuivent leurs activités sur le sol russe. TotalEnergies et Renault en ont ainsi fait les frais. Des militants ont perturbé une table-ronde de TotalEnergies à laquelle participait son PDG tandis que deux ONG ont mis en demeure le groupe de cesser ses activités sur place. Ces pressions ont poussé Renault à annoncer la suspension de la production de ses usines en Russie, pourtant deuxième plus gros marché du géant français.

Ces questions “ne se posaient pas il y a 20 ans“, affirme Daniel Lebègue qui a dirigé l’Observatoire de la RSE (ORSE) et présidé l’Institut français des administrateurs (IFA). “On a changé de monde“, ajoute-t-il. La guerre en Ukraine accélère les mutations des entreprises et, plus que jamais, “l’anticipation, la prévention et la gestion des risques devient un volet essentiel dans le domaine de la RSE“, explique-t-il. Les entreprises sont ainsi outillées pour gérer ces risques et se positionner. “Une entreprise peut s’appuyer sur le comité des sages pour prendre une décision“, argumente Alexandre Menais, secrétaire général d’Atos, première entreprise du CAC 40 à avoir ancré sa raison d’être dans ses statuts.

La RSE “comporte une dimension géopolitique”

Le dirigeant affirme ainsi que “la RSE a fait progresser les organisations et offre un cadre et des règles pour permettre d’apporter des réponses aux nouveaux défis : aux questions des inégalités, de la destruction des ressources naturelles, à la restriction des libertés, des valeurs… Là où le capitalisme n’apporte pas toujours de réponses“, martèle le responsable qui estime que la raison d’être d’une entreprise peut aussi guider sa prise de décision. Une boussole utile notamment quand les incitations sont fortes pour partir à la conquête de nouveaux marchés émergents, comme cela fut le cas pour la Russie ces dernières années.

Un point de vue partagé par le commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, qui confie au micro de France Inter avoir demandé aux entreprises installées en Russie de dépasser le seul intérêt de leurs actionnaires et de s’appuyer sur leur “raison d’être” pour décider si elles devaient rester ou partir de Russie. “La raison d’être devrait inviter le plus souvent à partir. Car celle-ci engage l’entreprise à servir des enjeux sociaux et environnementaux ou à respecter les droits humains fondamentaux“, défend Armand Hatchuel, Professeur en sciences de gestion, dans une tribune publiée dans le Monde.

Le principe pourrait aussi “les conduire à rester, notamment si celles-ci fournissent des services vitaux ou sont engagées à protéger des écosystèmes vulnérables“, nuance-t-il. “En tout cas , il est de plus en plus clair que la responsabilité sociétale de l’entreprise comporte une dimension géopolitique à prendre en charge“, souligne Patrick D’Humière, expert en Management Durable, dans une tribune. Une chose est sûre, les entreprises ne peuvent se passer d’une politique étrangère claire. 

Mathilde Golla @Mathgolla

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